La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 : critique palmée

Sandy Gillet | 14 mai 2013
Sandy Gillet | 14 mai 2013

Une Palme d'or historique pour Abdellatif KechicheAdèle Exarchopoulos et Léa Seydoux.

Adèle a 15 ans. Elle mange des spaghettis à la bolognaise avec ses parents devant Questions pour un champion. Peu ou pas de dialogues sinon un « C'est bon ! » ou « Tu en veux encore ? ». Une scène de la vie de tous les jours au sein d'une famille ordinaire. En fait non. Les plans sont courts, la séquence s'étire, la caméra est à hauteur de visages, les cadrages sont serrés, très serrés même quand il s'agit de montrer la bouche pleine de sauce tomate d'Adèle. Déjà une invitation à autre chose et une déclaration d'amour à son actrice.

On retrouve Adèle en classe de français. Elle étudie La vie de Marianne de Marivaux qui retrace les déboires amoureux d'une jeune orpheline déterminée et pleine de courage dans la France du XVIIIe siècle. Un dédoublement narratif que Kechiche va reprendre pour sa Vie d'Adèle qui s'inscrit d'ailleurs comme une constance dans sa filmo, lui qui utilisait déjà la pièce Le Jeu de l'amour et du hasard du même Marivaux comme fil rouge de L'Esquive. Adèle est encore étrangère aux choses de l'amour mais n'envisage pas de sortir autrement qu'avec un garçon jusqu'au jour où elle rencontre la fille aux cheveux bleus.

 

 

En adaptant la bande dessinée Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh parue en 2010 qui raconte l'histoire d'amour absolu entre deux femmes dont l'une devient institutrice, Kechiche se donne la possibilité de revenir en partie sur un scénario original qui n'a jamais abouti et qui a germé au moment du tournage de L'Esquive. Le récit d'une enseignante qui accomplissait son travail passionnément avec la volonté de transmettre son savoir chevillée au corps malgré une vie privée faite de joies, d'amours et de ruptures. C'est d'ailleurs lors des nombreuses scènes de classe où Adèle est entourée d'enfants dissipés ou attentionnés que le film prend toute sa résonnance et sa profondeur. On y voit passer tour à tour les sentiments et les ressentis d'une femme finalement seule avec son besoin amoureux dévorant.

 

 

Car Kechiche a beau filmer des scènes de sexe très explicites où le charnel se dispute à la réelle excitation, les corps ne sont au final que physiquement imbriqués et soudés. La jouissance restant une affaire de jardin secret. En fait, c'est quand il filme ces mêmes corps repus par tant d'orgasmes que la magie opère à plein impliquant de fait et totalement le spectateur. La beauté est alors véritablement sans tabous, douloureusement magnifique à l'image de cette mise en image immersive, toujours étouffante, organique et particulièrement destructive.

 

 

De cette éducation sentimentale à la Choderlos de Laclos aux accents rohmériens pour ses nombreux dialogues en apparence perchés mais qui dans le système Kechiche prennent une dimension au-delà du réel, les deux actrices s'y fondent avec un naturel apparent confondant. À tel point que rien ne semble « joué ». Tout est magnifié par ce que l'on ne peut plus appeler ici une direction d'acteurs mais un travail en profondeur, au plus près des affects respectifs, propre à mettre en avant ce qu'il y a de plus intime. Se mettre à nu n'aura donc jamais été aussi vrai qu'ici. 

L'ingénue Adèle Exarchopoulos, plus encore que Léa Seydoux, y déploie un talent qui semble inné et qui bouleverse. Elle fait d'Adèle (le film et son personnage) un morceau de cinéma magistral et élégiaque qui va chercher au plus profond de nous un sentiment de bonheur immédiat et sans réserves.

 

 

Résumé

Un morceau de cinéma magistral et élégiaque qui va chercher au plus profond de nous un sentiment de bonheur immédiat et sans réserves.

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