Zero Dark Thirty : critique

Laurent Pécha | 23 janvier 2013 - MAJ : 07/06/2020 17:23
Laurent Pécha | 23 janvier 2013 - MAJ : 07/06/2020 17:23

« It's only a movie » (c'est seulement un film). Avec ses polémiques - sur les tortures, la véracité des faits relatés, les aides ou non de la CIA,...- qui se multiplient depuis des semaines, on aurait bien tort de ne pas juger avant tout Zero dark thirty pour ce qu'il est, à savoir un sacré bout de pelloche, une démonstration puissance 100 que l'Oscar de la meilleure réalisatrice gagnée par Kathryn Bigelow pour Démineurs était amplement mérité.

En évacuant dans ces lignes la portée politique du film, laissant à chacun, selon ses opinions et sa sensibilité intellectuelle, se faire sa propre idée, on peut se consacrer sur l'incroyable odyssée émotionnel qu'a su (re)créer l'auteur de Point break. En raison des aléas de l'Histoire, et donc des réécritures inhérentes à son évolution (le projet, à la base, devait raconter la veine traque de Ben Laden), l'impact de Zero dark thirty a considérablement changé et le film d'être devenu, à nos yeux, outre un thriller de guerre à la tension fulgurante, notamment dans sa saisissante dernière demi-heure, un captivant témoignage de la toute puissance féminine, dans des lieux pourtant bien loin en apparence de son pouvoir d'action.

 

photo, Jessica Chastain

 

Le choix comme « héroïne » d'une jeune agente de la CIA  interprétée par la (sans doute) future Oscar de la meilleure actrice, Jessica Chastain (géniale de bout en bout), est tout sauf innoncent de la part de Bigelow. Si le récit n'est pas vu totalement de son point de vue, ce sont bien ses agissements, son ressenti, ses décisions qui en dictent les étonnants rebondissements. Véritable personnage shakespearien avec ses croyances, ses doutes, ses obsessions, Maya permet à la cinéaste de dresser un portrait saisissant de la supériorité féminine dans un monde où la testostérone règne en maître.

 

photo, Jason Clarke

 

Contrairement à son ex-mari, un certain James Cameron qui aime à proposer des héroïnes qui ont perdu une grande part de leurs attributs féminins (et pas seulement via leur apparence) pour imposer leurs lois, la Maya de Bigelow reste de bout en bout fidèle à son sexe, à l'image de cette saisissante séquence où elle échappe, par miracle, à un terrible attentat. Que ce soit son évolution émotionnelle, ses pertes de repères, son flair ou encore ses prises de risque gonflées, elle ne perd jamais son statut de figure féminine. Et ce même lorsqu'elle balance, avec un regard d'une rare dureté, cette punchline que n'aurait renié aucun des action hero du passé, présent et futur (« Je vais retrouver ce qui ont fait ça et je vais les buter. Et après, je vais tuer Ben Laden »).

 

Affiche française

Résumé

Au-delà des fascinantes séquences recréant un événement phare de la décennie écoulée, Zero Dark Thirty, par le prisme de sa réalisatrice, s'impose ainsi, au final, comme un étonnant et authentique film féministe. Qu'il soit signé de la femme-artiste ayant actuellement le plus de pouvoirs (ou du moins d'influence) à Hollywood, est tout sauf un hasard.    

Lecteurs

(4.0)

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