Critique : Jamais plus jamais

Patrick Antona | 16 octobre 2012
Patrick Antona | 16 octobre 2012

En 1983, l'actualité cinématographique rayon divertissement fut celle de la sortie du  Retour du Jedi, mais aussi celle de "la Guerre des Bond". D'un côté il y avait la série officielle du tandem Saltzman/Broccoli qui en était à sa sixième collaboration avec Roger Moore avec Octopussy, et de l'autre Jack Schwartzman (alors beau-frère de Coppola) avec le remake de Opération Tonnerre titré Jamais plus Jamais

À l'origine un script co-écrit par Ian Fleming, Kevin McClory et Jack Whittingham pour en faire ce qui aurait été le premier film cinéma de la saga 007, James Bond, Secret Agent, le scénario était tombé dans l'escarcelle de Kevin McClory après un procès initié suite à la sortie d'Opération Tonnerre en 1965. Dix-huit ans après, il était temps de remettre les pendules à l'heure, de revenir à une essence du personnage qui semblait avoir été mise de côté depuis l'arrivée de Roger Moore dans le costume. Et rien de mieux que Sean Connery pour redorer le blason de 007, même si la satire n'est pas absente de l'entreprise, le titre même en étant un symbole, faisant référence à une sentence assénée par l'interprète lorsqu'il décida de quitter le rôle en 1971.

Partant de l'intrigue générique, à base de complot du SPECTRE menaçant l'équilibre mondial via un chantage nucléaire, le réalisateur Irvin Kershner (L'Empire contre-attaque) ajoute son talent d'actioner de grand talent avec une séquence d'ouverture remuante, une poursuite auto-moto trépidante rythmée par un tempo jazzy de Michel Legrand et des scènes de combats sous-marins de toute beauté. Mais plus important, Bond renoue avec des personnages aux caractères plus trempés que dans les Roger Moore, avec Klaus Maria Brandauer impeccable en agent du SPECTRE tout en suavité menaçante, mais surtout deux des James Bond Girls les plus marquantes de la saga. Avec d'un côté la mondaine Domino/Kim Basinger et son désir de revanche et de l'autre Fatima Blush/Barbara Carrera, nymphomane criminelle dont la fin explosive demeure anthologique, Sean Connery joue aisément de sa séduction de vieux loup que l'on veut pousser à la retraite et qui en a encore dans le smoking. D'ailleurs le commentaire ironique est assumé dès le début avec cette remarque de Q: "Maintenant que vous êtes de retour, j'espère que nous allons avoir un peu de sexe et de violence gratuite!". Film des années 80, Jamais plus Jamais verse sa dîme aux vogues de l'époque, avec l'aérobic et sa castagne aux milieu des appareils de musculation et à l'émergence des jeux vidéo, avec son duel d'arcade entre Bond et Largo, préfigurant bizarrement les consoles Wii et Kinect de notre époque. Mais il se montre aussi révolutionnaire en proposant en Felix Leiter un afro-américain (Bernie Casey), évacuant les derniers relents du racisme "discret" de Ian Fleming, et assume totalement son côté populaire en s'assurant le connivence du public, avec ce clin d'oeil final de Sean Connery qui clôt avec humour sa carrière en tant que James Bond.

Divertissement classieux qui n'eût malheureusement pas toutes les grâces du public au moment de sa sortie (Octopussy fût financièrement le gagnant de la lutte), Jamais plus Jamais est depuis devenu avec le temps un des épisodes les plus appréciés de la saga. Jouant habilement avec la comédie et l'ironie , à la différence de la parodie lourdingue de Casino Royale (1967), le film d'Irvin Kershner est une célébration du cinéma d'action hollywoodien, un peu old-fashion sous certains aspects mais qui prouve que l'agent 007 a sa place définitive en tant que personnage principal et ne  peut être relégué au rayon de simple gadget.

Résumé

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires
Aucun commentaire.
votre commentaire