Looper : critique dédoublée

Créé : 22 mars 2015 - Melissa Blanco

S'il est précédé d'une écrasante réputation, Looper inscrit pourtant son réalisateur Rian Johnson dans la mouvance de ses confrères Duncan Jones (Moon, Source Code) et Neil Blomkamp (District 9). Soit un film de science fiction faisant abstraction de son budget confortable mais modeste pour ce genre d'entreprise. En 2042, Joe (Joseph Gordon-Levitt) est un looper, un tueur à gage chargé d'éliminer des témoins gênants envoyés du futur dans le présent. Jusqu'au jour où il se retrouve face à son double plus âgé (Bruce Willis), avec l'ordre de boucler la boucle, de mettre fin à sa propre ligne de vie...

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Dans la lignée des Fils de l'homme d'Alfonso Cuaron, Rian Johnson pose son intrigue dans un futur proche du nôtre, peu éloigné de notre réalité contemporaine. Dans les rues dévastées d'une Amérique en ruines, les voitures fonctionnent désormais à l'énergie solaire et la drogue s'injecte directement dans les yeux. La population vit parquée dans des taudis tandis que les plus riches se pavanent au grand air dans leurs engins de luxe. Trois plaques de métal par ci et quelques fils par là, il n'en faut pas plus au réalisateur pour instaurer à son univers futuriste une quotidienne étrangeté. Comme si nous étions face à une réalité légèrement alternée.

 

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Looper, de l'anglais loop, "la boucle", explore un sujet familier des aficionados du genre : le voyage dans le temps et la question des dimensions parallèles. Le film propose ainsi de rejouer rien de moins que l'intrigue principale de Terminator, avec une note dissonante. Si Kyle Reese revenait dans le passé afin d'empêcher le robot Schwarzy de tuer le futur sauveur de l'humanité, Joe lui y revient dans l'espoir d'éliminer celui qui en causera la perte. Sauf qu'à l'inverse de Retour vers le futur ou de Fringe, Looper part du principe que notre ligne de temps n'est pas linéaire mais cyclique : la vie d'un homme fait une boucle et il est bien difficile de savoir qui des deux Joe est l'oeuf ou la poule. Le film adopte ainsi intelligemment à la fois le point de vue de Joe jeune et de Joe âgé, donnant deux faces d'une même personalité. Tandis que le premier souhaite profiter d'une vie où tout reste à écrire, le second cherche à préserver, quoi qu'il advienne, les souvenirs d'une existence bien remplie. La force de Looper résidant dans la richesse de ses personnages, principaux comme secondaires.

 

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"Les films de votre époque sont des copies des précédents" dit Abe (Jeff Daniels) à Joe. Conscient du terrain balisé sur lequel il pénètre, Rian Johnson semble créer au coeur de son long-métrage une étrange mise en abyme: une boucle cinématographique. Comme si, de nos jours, les films étaient condamnés à se répéter - voir la valse des remakes -, les jeunes acteurs à imiter les anciens - Joseph Gordon-Levitt, le visage transformé, impressionne dans sa copie de Bruce Willis - et les anciens à jouer perpétuellement les mêmes rôles - Bruce Willis, de nouveau face à son double après Sale Môme, coincé dans la boucle du temps de L'Armée des 12 singes.

 

Affiche définitive française

 

Résumé

Parce qu'il aime bousculer les genres - son épatant premier long-métrage Brick n'est autre qu'un film noir à l'ancienne dans l'enceinte d'un lycée -, Rian Johnson ne va jamais vraiment là où on l'attend. Looper n'est ni vraiment un blockbuster, ni un véritable film d'action mais plutôt une oeuvre hybride et mélancolique, puisant comme L'armée des 12 singes avant lui dans les souvenirs de La jetée de Chris Marker. S'il souffre d'un léger manque de surprises et d'un côté petit malin, Looper n'en est pas moins une jolie réussite. Rian Johnson a tout d'un futur grand.

commentaires

Alan Smithee 23/03/2018 à 09:38

Un excellent film où Rian Johnson nous enseigne que non le destin n'est pas écrit et que nous n'avons pas à devenir ce que les prédicateurs veulent de nous et que ce qui définit un héros n'est pas ses origines mais ses choix et ses actions en bref tout ce qu'il a fait dans Star Wars 8 (excellent film au passage et j'emmerde les haters).

Number6 23/03/2018 à 07:24

Un des derniers film où Willis se sent un peu concerné par ce qu'il fait.

Flash 22/03/2018 à 23:30

Excellent film de SF à l'ancienne !

Gage 22/03/2018 à 22:55

Et par ce c... de R. Johnson en plus...

corleone 22/03/2018 à 22:41

Gros bon gloubiboulga surestimé. Rien de plus.

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