Magic Mike : Critique

La Rédaction | 15 août 2012
La Rédaction | 15 août 2012

POUR :

Oui, Magic Mike est le plaisir coupable de l'année 2012. Channing Tatum - récemment élu homme le plus sexy du monde - offre le spectacle de son corps trémoussant pendant presque 2 heures, se dandinant tel un Apollon électrisé. Mais une fois l'argument esthétique posé, Magic Mike ne se réduit pas à sa seule capacité d'éveiller les fantasmes refoulés d'une gent féminine désabusée. Steven Soderbergh en a un peu plus sous le capot. Le cinéaste, qui s'inspire de la vraie vie de Channing Tatum, offre le chaînon manquant entre Coyote Girls et Boogie Nights. Une description acerbe du monde de la nuit flanquée de scènes de danse d'une redoutable efficacité.

 

 

Adam, un post-pubère égaré, est introduit par Mike dans un univers en strass où le sexe et la fête sont les mots d'ordre. Où la morale n'est plus qu'une lointaine notion. Et où la danse est reine. Rapidement jeté dans la gueule des louves, Adam devient le « Kid », un danseur prometteur grisé par un monde plus amer que prévu. Si Magic Mike ne révolutionne pas le genre avec sa figure de l'outsider qui gratte sous la peinture immaculée, il exécute parfaitement l'exercice. Adam officie en élément perturbateur, le jeune zélé qui brûle les autres en se brûlant les ailes. Et c'est bien toute la force du film : laisser subrepticement transparaître la moisissure sous les dorures craquelées.

La romance entre Mike et la sœur d'Adam est anecdotique, mais Brooke, garante des valeurs pudibondes américaines, agit en révélateur. Elle conforte les envies de changements de Mike, soulignant l'ineptie de son mode de vie. Son personnage projette l'image d'un quotidien ordinaire et ennuyeux. Le versant romantique est insipide en raison de la fadeur de son interprète, mais l'erreur de casting n'enlève rien à la mise en scène et à l'extraordinaire direction d'acteurs. Car Magic Mike signe aussi le retour en grâce d'un Matthew McConaughey version Dazed and Confused, hilarant dans le rôle de la mère maquerelle chauffeuse de salles. Sur les pas d'un Boogie Nights, Magic Mike dessine des personnages contrastés, piégés dans une réalité visqueuse et étouffante. Aussi jouissif que désespéré. (3,5/5)

Laure Beaudonnet

 

 

 

CONTRE :

Quoi que notre bienaimé rédacteur en chef jure ses grands dieux qu'il n'appartient pas à cette catégorie, la plupart des spectateurs qui s'intéressent à Channing Tatum sont plus intéressés par les contractions de ses deltoïdes que par l'infinie profondeur de son jeu d'acteur. Qu'ils se ravissent, Magic Mike est fait pour eux et devrait leur procurer moult réjouissance. Ceux qui espèrent encore que la carrière de Steven Soderbergh cessera d'osciller entre l'heureux accident et le je-m'en-foutisme prétentieux en seront pour leur frais, tant le cinéaste alterne avec une régularité irritante entre état de grâce et paresse.

C'est donc sur le récit partiellement autobiographique des jeunes années de Channing Tatum que s'est basé le prolifique cinéaste dans ce nouveau long-métrage, le troisième à sortir en moins d'un an chez nous, après le malade Contagion et l'envoûtant Piégée. Et l'on serait d'abord tenté de croire en ce récit qui se veut à la fois cruel et iconoclaste, tant les séquences mettant en scène les personnages masculins font un temps illusion. Les premiers contacts, et de la découverte par The Kid de son futur mentor Magic Mike, des shows, des répétitions sont au service d'une mise en scène sophistiquée, qui conserve systématiquement l'âpreté du réel. Les corps, leurs mouvements, leur mécanisation, leur avenir de machine passionne visiblement le réalisateur. Ce dernier parvient à multiplier les enjeux et émotions avec un mélange de sobriété et d'humour à froid, qui fait d'une séance d'entraînement un monument de cynisme emmené par le phénoménal Matthew McConaughey.

 

 

 

Hélas, l'inversion des rôles, la transformation de ces mâles en purs objets sexuels se voit relégué au second plan par une intrigue à la platitude invraisemblable, dont le puritanisme et le manichéisme finissent par nous faire oublier la liberté de ton et l'acuité des relations entre les personnages. Magic Mike est amoureux, on le comprend bien vite, et celle qu'il le convoite, Brooke, sœur du fameux Kid plutôt bien joué par Pettyfer, ne peut pas sentir les strip-teaseurs. Peu aidée par le jeu mono-expressif de Cody Horn, cette sous intrigue souffre clairement d'un défaut d'écriture, et ne vient que pour faire avancer le récit par à coups aussi sauvages qu'artificiels. La nonchalance qui caractérise le metteur en scène repointe alors très vite le bout de son nez, et le spectateur de s'ennuyer poliment devant une flopée de plans d'ensembles uniquement descriptifs, ripolinés d'une photographie jaunâtre qui manque de caractère. On est plus surpris de voir Soderbergh verser dans le conformisme pudibond, forçant chacun de ses personnages à rentrer dans le rang, voire faire amende honorable, tant le geste généreux de Magic Mike à l'égard d'un personnage dans le dernier tiers du film évoque un acte de contrition.

 

Magic Mike se révèle donc un film bicéphale, empesé des pires défauts de son auteur, dont on sent ici clairement qu'il se contrefout d'une bonne moitié de son récit. Malgré d'évidentes fulgurances, il se dégage du long-métrage un flagrant manque d'envie, à tel point que l'on doute souvent de l'intérêt de son réalisateur pour l'histoire qu'il raconte. On se le figurerait presque sur le point de rejoindre Channing Tatum, au cours de l'interminable séquence de fête ensablée par exemple, arrêter la caméra et se jeter un petit Mojito avec les copains. Bientôt la retraite Steven ?(2,5/5)

 

Simon Riaux 

 

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