Critique : Mains armées

Sandy Gillet | 11 juillet 2012
Sandy Gillet | 11 juillet 2012

Le malaise n'est pas perceptible de suite. Ce n'est qu'au bout de quinze minutes que le nouveau Jolivet, présenté et catégorisé dans la case film policier, part doucement en vrille allant chercher du côté de la filiation si j'y suis. De celle qui réclame une quête et un retour sur soi. Celle d'un père commissaire de police dans le sud qui tente de renouer le contact avec une fille inspectrice de police à Paris. Pourquoi pas. Pierre Jolivet connait d'ailleurs assez bien cette thématique puisque déjà traitée dans Strictement personnel, son premier long, à la différence toutefois que la volonté d'un fils policier de retrouver le père disparu ne servait pas de béquille empathique mais constituait bien le nœud gordien d'une intrigue que rien ne déviait de sa puissante logique narrative.

Ici, la police n'est qu'un décor et l'enquête qui réunit le père et la fille un prétexte finalement assez facile pour s'éviter de par trop approfondir la psychologie des personnages. C'est dommage car les deux univers auraient pu se nourrir et apporter au récit une réelle tension dramatique. Au lieu de cela on a droit pour la partie enquête à des archétypes de situations apportant leur lot de séquences respectant les codes du genre mais aux motivations diluées ou à peine exposées. Alors que du côté des relations père fille, on nous inflige la sempiternelle partition façon montagnes russes émotionnelles du « je t'aime moi non plus » dont l'originalité n'est plus à démontrer. Pourtant, au sein de ce marasme surnage le personnage de flic ripou interprété par un formidable Marc Lavoine. Peut-être parce qu'il synthétise à lui tout seul ce que le film aurait du/pu être. Quelque chose d'un peu gris virant au noir, toujours ambivalent et aux intentions inavouables.

C'est donc peu de dire que le spectateur lâche l'affaire assez rapidement, brinqueballé par une mise en scène sans envergure et une histoire rectiligne sans affects ni repères. Comme si Pierre Jolivet était tombé dans le panneau de la « polarimania » ambiante du moment façon Olivier Marchal sans que pour autant il ait voulu renoncer à ses introspections humaines et études sociales qui ont entérinées le pedigree de ses meilleurs films. Il est des « mauvaises » habitudes de cinéma qui gagneraient ici à ne pas être galvaudées ou mises au rencart au risque de perdre totalement son identité. Allez, un petit Force majeur 2 et tout est pardonné Pierre !

Résumé

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