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Millenium – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : critique d’Amérique

Par Simon Riaux
2 décembre 2017
MAJ : 8 décembre 2020

Sur le papier, une adaptation de Millenium par David Fincher ne peut qu’attirer l’attention. Son choix d’adapter l’un des romans les plus populaires de ces dernières années fait monter une sauce déjà bien relevée par la présence de Steve Zaillan au scénario, de Trent Reznor à la musique et de Jeff Cronenweth à la photographie. Après une première transposition insignifiante, on espérait que le metteur en scène ne s’encombrerait pas trop de la trame convenue du texte original. Et s’il paraît évident que ce n’est pas le récit qui a retenu l’attention de David Fincher, l’artiste a par conséquent bien du mal à conserver la nôtre avec son Millenium – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes.

Millenium - Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : Photo

LE SITE QUI PRÉFÈRE FINCHER

Le spectateur est pourtant instantanément projeté au cœur du film, par un générique dont seul le réalisateur de Fight Club a le secret. Vénéneuse, noire et envoûtante, l’introduction de ce Millenium – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes a toutes les chances de vous laisser groggy et désarçonné, un sentiment que l’on retrouvera, décuplé, dès la première apparition d’un des deux personnages principaux, la déjà célèbre Lisbeth Salander. Que vous soyez ou non familier des écrits de Larsson, vous n’avez probablement pas pu passer à côté de ce petit bout de femme, rebelle et belliqueuse, qui prend ici et pour la première fois toute sa dimension.

La caméra est littéralement fascinée par le personnage, à laquelle une Rooney Mara transfigurée offre son corps et sa voix. La métamorphose de la comédienne est totale, la jeune femme délicate s’efface pour se muer en une redoutable valkyrie, tour à tour victime et vengeresse, condamnée et bourreau implacable. Le moindre de ses gestes, attitudes, regards est décortiqué par David Fincher, qui leur offre un écrin sublime, et convoque tout son talent pour incarner ce personnage incandescent, multiple, à la rage salutaire.

 

photo, Rooney MaraRooney Mara

 

L’ADAPTATION QUI RESTE INÉGALE

On pouvait se demander ce que ferait le réalisateur du roman et de son récit balisé, ainsi que de Mikael Blomkvist, héros un peu terne de cette enquête suédoise. Le problème, et la grande déception du film, c’est justement qu’il n’en fait rien. Non pas que son immense talent s’évapore brutalement, mais sa science du découpage et du montage tournent à vide, malgré leur maestria, dès lors qu’il reprend les sentiers rebattus de l’intrigue, dont on devine les tenants et aboutissants après une trentaine de minutes. D’où une lassitude que le jeu roublard de Stellan Skarsgård et de ses acolytes ne vient que renforcer.

Le spectateur alterne ainsi devant l’ennui poli face à une investigation extrêmement classique (recherche-interrogatoire-découverte-menaces-recherche-interrogatoire…), et la fièvre glaciale qui s’empare de l’image dès lors qu’intervient Lisbeth. L’énergie brute dégagée par une agression dans le métro, la violence implacable d’une revanche tatouée déclenchent des pics d’adrénaline surpuissants, bientôt tempérés par la mine renfrognée de Daniel Craig.

 

photo, Daniel CraigDaniel Craig

 

On n’est pas au supplice pour autant, loin de là. Il suffit de constater comment David Fincher parvient à rendre excitantes, voire véritablement angoissantes des séquences de recoupement d’indices, qui chez n’importe quel autre faiseur prendraient des airs de torture filmique, pour réaliser tout le talent du maître. Hélas, il semble ici s’être trompé de monture, et avoir parié sur un cheval bien incapable d’offrir à son cinéma une selle à sa mesure.

La stupéfiante dernière bobine du film est à ce titre exemplaire, tant elle consacre la force dramatique de Lisbeth, capable en moins de cinq minutes de ringardiser Ethan Hunt, de nous bouleverser par une humanité insoupçonnable jusqu’alors, et d’accrocher le regard de David Fincher, dont la virtuosité renaît dès qu’il pose l’objectif sur elle.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Malgré tout son talent, David Fincher n'arrive pas à transcender un matériau de base assez peu prenant. Mais il arrive à en faire un film plus que correct et intéressant à plus d'un titre, et, même si c'est un peu frustrant, c'est déjà très bien.

Autres avis
  • Geoffrey Crété

    Même dans le cadre rigide du polar, David Fincher installe son univers, impose son rythme, et compose un long et fiévreux cauchemar glacé. Sa mise en scène est éblouissante, et Rooney Mara est renversante.

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Commentaires
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nico

Superbe générique mais un vrai massacre concernant Immigrant Song , une horreur cette reprise.Et puis bien d’accord: Noomi Rapace est bien meilleure que Rooney Mara

Marc

Du grand Fincher et le générique Noir en 3D magnifique .

Stridy

Bordel quel film.

Birdy

Ce film me fascine, et je ne sais pas pourquoi. L’ambiance, les paysages, la froideur mortifère de ce polar m’embarque à tous les coups. Et le perso féminin de Lysbeth évidemment apporte une vraie originalité.

KibuK

Criquite qui impute au film de Fincher les faiblesses du roman. Le film de Fincher sublime pourtant son intrigue convenue et brouillonne. A l’instar de Frank Darabont qui adapta avec brio Stephen King, les choix d’adaptation de Fincher sont judicieux.

Dirty Harry

Bon polar, belle interprétation et excellent découpage/rythme.
Même un Fincher mineur reste un bon film c’est tout de même inouï avec ce réalisateur !

Matt

L’un des plus beaux générique d’ouverture des films de Fincher qui résume pas mal de thématique du cinéaste.

Hank Hulé

Rooney Mara : naze. Je peux pas l encadrer.

Sylvain

Rooney Mara n’arrive vraiment pas à la cheville de la géniale Noami Rapace, seule actrice capable d’incarner Lisbeth Salander. Ce film est de tous points de vue une énorme déception.

annatar

Largement sous-estimé, cette version us ecrase littéralement la version suédoise que l’on pourrait qualifiée d’originale. D’une noirceur absolue , millenium n’est pas , à l’instar d’une Lisbeth salander ( mara époustouflante), un film qui s’apprivoise facilement. Mais, pour celles et ceux qui accepteront de jouer le jeu , un grand moment de cinéma les attendra, et ce dès le début du film , son générique étant monumental.