Critique : Twilight - chapitre 4 : Révélation (1ère partie)

Simon Riaux | 14 novembre 2011
Simon Riaux | 14 novembre 2011
Quiconque a visionné les trois précédents épisodes de la franchise Twilight a assisté médusé à la progressive et inexorable détérioration de ce qui fut une bluette convenue et parfaitement calibrée. Ce Jules et Jim mormon nous revient donc pour une dernière aventure scindée en deux (box-office oblige), qui entend clore et renouveler les enjeux développés dans les opus précédents. Une démarche qui ne révolutionnera pas la saga, mais aboutit à un résultat inédit, proprement hybride, dont on ne sait trop s'il faut rire ou pleurer.

Le cahier des charges de cette suite est double : dilater l'histoire au maximum pour justifier l'existence d'un dernier film à venir, et régurgiter à l'écran les aspirations et fantasmes supposés d'un public majoritairement féminin et adolescent. Deux objectifs qui ont pour effet de générer une œuvre d'un genre nouveau : le film sans enjeux ! En effet, pendant une bonne heure, le spectateur devra souffrir les préparatifs du mariage idéal, la noce en question, et la lune de miel de nos valeureux puceaux, décidés à se débarrasser de leur vertu comme mon grand-père de sa prostate. Que les narcoleptiques se rassurent, il ne se passe absolument rien pendant ces soixante premières minutes, aucune menace, pas l'ombre d'une tension, même Jacob le Shetland-Garou (qui a oublié la séquence très Brokeback Mountain du film précédent) laisse son rival faire la bête à deux dos avec la femme de sa vie. Mais ce néant narratif cède finalement la place à un dilemme de taille, véritablement problématique pour le coup. On a souvent taxé Twilight de conservateur (voire bien pire) pour sa mise en avant de l'abstinence, des reproches plutôt ridicules et exagérés, au vu de ce que réserve le quatrième épisode. Car Bella se retrouvera menacée par l'existence même du bébé qu'elle porte, et refusera obstinément d'envisager autre chose que de mener sa grossesse à terme. Et le film de se transformer en manifeste pro-vie particulièrement racoleur et odieux, sans jamais laisser naître la controverse ou la réflexion.

Heureusement, Bill Condon nous réserve quelques grands moments de n'importe quoi, comme seule la série en a le secret.Vous découvrirez la recette du milk-shake au sang, ou encore une sélection de prénoms pas piquée des vers (si votre petit-fils est androgyne, anémique, et s'appelle Renesmée, ne venez pas vous plaindre), et la naissance d'un amour qui ferait passer Hugh Hefner pour un gérontophile. Heureusement, le scénario n'oublie pas d'éduquer les foules, et si nous n'avions pas attendu Stéphanie Meyer pour savoir que les vampires étaient des séducteurs, on ignorait tout de leur fâcheuse habitude de faire du petit bois des lits conjugaux. De même, on se régalera de découvrir que les suceurs de sang, tout morts qu'ils soient, sont encore méchamment fertiles, puisqu'il leur suffit d'une saillie sauvage pour vous faire don d'un glouton polichinelle dans le tiroir. Mais le plus étrange vient sans doute du traitement plus graphique qu'à l'accoutumée de la violence, Révélation devenant alors un improbable mélange de teen movie, de tract républicain malodorant, et de délire Cronenberguien pour pré-pubères.

Sans surprise, ce quatrième chapitre ne brille pas par quoi que ce soit de cinématographique. Mais il n'est pas interdit d'y voir un objet inclassable et assez fascinant, sorte d'instantané des aspirations (conscientes ou non) d'une génération aux pulsions totalisantes et irrépressibles, qui accepte sans ciller que lui soit asséné une morale discutable et culpabilisante.

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