Critique : Red state

Sandy Gillet | 24 janvier 2011
Sandy Gillet | 24 janvier 2011

À quarante ans Kevin Smith semble enfin retrouver un peu d'allant et une sorte de second souffle juvénile avec ce Red state écrit sous influence (c'est lui qui le dit) et réalisé en quatre mois tout compris. Le film en est l'exact reflet. Un mélange entre spontanéité naïve façon Clerks, maturité filmique façon Chasing Amy (son meilleur film à date) et morceaux de bravoure en forme de diarrhées verbales façon l'ensemble de sa filmo. Si l'on ajoute à tout cela un mélange des genres un peu fourre-tout entre la comédie d'ado et le film d'horreur teinté du bon gros thriller qui tâche, on aura la sensation, à juste titre, que le bonhomme tente un « coming back » saignant hors des sentiers battus de ses dernières expériences cinématographiques.

Plus qu'un film en fait, c'est d'un pamphlet qu'il s'agit ici. De celui qui déclare la guerre (une nouvelle fois) à l'obscurantisme et le fondamentalisme religieux américain ouvertement inspiré par l'un de ses leaders, le révérend Fred Phelps, militant notoire anti gay du Kansas. Et à la différence de Dogma qui avait pour lui une certaine décontraction dans la dénonciation (pour le coup peu efficiente), on découvre ici un Kevin Smith sérieux et comme investi d'une croisade qu'il veut efficace. L'action se situe dans un petit bled du sud des Etats-Unis. Trois potes se font brancher sur internet pour une partie à quatre. Ni une ni deux, les voici à bord de la voiture d'un des paternels parcourant de nuit les kilomètres les séparant de cette orgie festive. Pendant ce temps là le révérend « star » du coin fait la une des journaux télévisés du jour pour avoir manifesté avec ses ouailles à l'enterrement d'un jeune gay lui promettant les foudres de l'éternel (on peut lire sur une des pancartes : « anal sex = eternal damnation »).

La suite, on s'en doute un peu. La confrontation ne peut qu'avoir lieu et donnera donc l'occasion à Smith de mettre en boîte une déferlante de scènes chocs entrecoupées de dialogues à rallonge comme le bonhomme aime à les écrire (on a ainsi droit à une séquence de plus de vingt minutes de sermon qui permet au demeurant à Michael Parks - visage que l'on connaît sans arriver à donner un nom - de s'illustrer magistralement). Ce qui est rafraichissant c'est que le réalisateur étonne encore, ce qui l'est moins c'est sa propension à toujours avoir du mal à tenir la distance. Le scénar est pour parti en cause, les sautes de rythme aussi. On est par contre bluffé par le final dantesque où vient y faire un tour un John Goodman amaigri aux dialogues affutés.   

Red State, c'est de l'humour noir comme on l'aime avec Smith, doublé d'une volonté féroce de dénoncer les dérives d'une société américaine prise entre le feu d'un terrorisme tous azimuts (externe et interne) et d'une démocratie qui n'en a plus que l'appellation. C'est très gonflé, encore maladroit mais, pour peu que l'on n'y regarde pas de trop près, d'une rare franchise désespérée. Alléluia !

 

Ps : lors de sa première projection mondiale au Festival de Sundance, Kevin Smith a annoncé que Red State sortirait aux Etats-Unis le 19 octobre 2011 (non sans avoir été précédé par une tournée nationale en vue de montrer le film sans plus passer par le process marketing habituel), soit très exactement 17 ans après celle de Clerks. Nous, on y voit comme une confirmation !

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(3.5)

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