The American : Critique

Sandy Gillet | 27 octobre 2010
Sandy Gillet | 27 octobre 2010

Que peut bien faire un tueur à gage pour « tuer » le temps quand il se planque au fin fond de la campagne italienne ? Et bien il boit des cafés (quand le personnage est interprété par Monsieur Nespresso, c'est tout de même assez savoureux), se tape des putes (en fait une seule pour laquelle il va bien entendu craquer), apprécie le paysage et la vue, roule en Fiat Tempra bleue et accessoirement fabrique de toute pièce un « gun » pour son prochain contrat. À noter que cette partie développée avec minutie et force de détails serait du goût de notre estimé collègue Francis Moury pour qui, faut-il le rappeler, les armes à feu n'ont aucun secret.

Tout ça pour dire qu'en gros il ne se passe pas grand-chose dans le film Anton Corbijn qui nous revient après Control, biopic sur Ian Curtis, leader mythique du groupe de Rock Joy Division. On sent que le bonhomme avait besoin de prendre l'air, de s'éloigner de ce premier film remarqué mais qui pouvait aussi très bien l'enfermer dans quelque chose d'inextricable. En s'évadant dans les Abruzzes à la demande de son acteur (puisque aussi producteur), il nous livre un film agoraphobe et tendu du slip de bout en bout, et ce même si l'on devine la fin dès la première minute. La réalisation, à l'instar de son héro, ne laisse rien au hasard, anticipe seconde après seconde toutes les conséquences visibles ou non du moindre geste. Le montage à l'avenant (ultra posé) donne une respiration lourde de sens à l'ensemble qui va vers son destin d'un pas assuré et ferme.

 

 

Mais cette grammaire chirurgicale s'enraye au milieu pour laisser la place à une romance. Le film (et son personnage) se perd alors quelque peu mais gagne en chaleur et en couleur. On a d'ailleurs eu droit entre-temps à une course poursuite aussi courte que sèchement mise en image (pas de fioritures pour une belle efficacité visuelle) et quelques digressions verbales avec le curé du coin qui lui aussi semble avoir flirté avec certains interdits érigés en dogme par sa profession de foi. Tout ceci aura pour but de ne pas perdre définitivement la spectatrice venue mater les pecs du Clooney mais affaiblira paradoxalement le propos.

 

 

Si ce n'était cette compromission somme toute logique pour un film qui reste une production « mainstream », The American avait tout de la création biologiquement parfaite se nourrissant aux mamelles d'une cinématographie illustre. On pense à Siegel et son À bout portant non pour son univers certes connexe mais bien pour la connivence réelle dans cette mise en scène épurée qui ne sacrifie pas son histoire pour autant. La comparaison est certes flatteuse mais elle jauge un film qui s'il ne va pas au bout de ses intentions avait toutes les cartes en main pour marquer de la même façon son époque. C'est rageant mais nullement rédhibitoire !

 

 

 

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