Critique : Le Monde sur le fil

Nicolas Thys | 5 octobre 2010
Nicolas Thys | 5 octobre 2010

Le Monde sur le fil, adaptation d'un ouvrage de Daniel F. Galouye, semble à première vue être un OVNI dans la carrière de Fassbinder. Mais à y regarder de plus près, il s'intègre parfaitement dans sa filmographie. Alors bien sûr, le cinéaste allemand n'est pas connu pour être le plus grand amateur de science fiction. En dehors de cette expérience il n'y a jamais touché et il n'y touchera plus. Les univers parallèles ou virtuels, l'informatique ou les préoccupations inhérentes à des films comme Matrix, eXistenZ ou Avalon ne sont pas ses préoccupations immédiates.

Pourtant, on retrouve dans ce téléfilm en deux parties un double enjeu esthétique qui hante son œuvre. D'une part, la recherche d'un réalisme cru en accord avec sa manière de penser le cinéma. En effet, les effets spéciaux sont minimaux. Ils s'intègrent bien souvent aux décors foisonnants, bariolés jusqu'à paraître faux, ou réalisés de manière artisanale, ils indiquent l'illusion du monde dans lequel errent les protagonistes comme ce premier plan trouble et vaporeux réalisé à l'aide d'un bec benzène disposé sous la caméra. A côté de ces effets, tout est ancré dans un monde qui ressemble au notre, un monde où peut se déployer sans choquer une histoire qui fait la part belle à la critique politique et sociale, aux problèmes de manipulation du gouvernement par des industries privées, etc.

D'autre part, on reconnait dans ce récit gigogne, la capacité qu'a le cinéaste dans un certains nombre de ses films, à inventer des mondes, à en créer de nouveaux aux contours parfois imprécis et qui sortent des frontières de la réalité. Que l'on pense au baroque et flamboyant Querelle ou aux multiples et étincelants éclats lumineux d'un Lili Marleen dont on entend ici aussi le thème musical dans une séance de Cabaret. Signe que notre réalité n'est nulle part, et que l'univers est friable, malléable et que tout est une question de perception à laquelle nous adhérons (ou pas), métaphore géante du cinéma et du spectacle dans son ensemble.

Mais l'intérêt du film de Fassbinder réside également dans ses détails foisonnants et dans les multiples interprétations qu'on peut tirer d'une histoire à la fois simple et complexe de laquelle sourd plusieurs éléments secondaires qui pourront étonner. La présence d'un véhicule de « l'Assistance publique », dans une France où tout le monde parle allemand. L'arrivée dans une courte scène aussi inutile que fascinante d'Eddie Constantine, le Lemmy Caution de l'Alphaville de Jean-Luc Godard, son seul film de science fiction. Et tant d'autres petites choses qui nous font nous demander à chaque instant quel est cet univers à la fois réel et artificiel dans lequel le réalisateur nous fait pénétrer.

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