Scott Pilgrim : Critique

Mise à jour : 21/11/2017 17:56 - Créé : 30 septembre 2010 - François Provost

Ceux qui se sont plongés dans l'œuvre de Bryan Lee O'Malley le savent, la saga Scott Pilgrim est d'une originalité folle, semblant ne pas se limiter au simple support papier soutenant le bouquin. Parler de simple comic-book est presque insuffisant tant les différents volumes de l'histoire (arrivée à terme dans le volume 6 en juillet dernier) jonglent entre manga, jeu vidéo, musique, pop-culture et références geeks, synthétisant une chronique de fin d'adolescence joyeusement organisée entre ses multiples et riches personnages. A vrai dire, on peut être troublé à la lecture de Scott Pilgrim tant le mélange a priori hétérogène finit par s'avérer d'une évidence touchante.

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Bonne nouvelle : Edgar Wright, très à l’aise avec le ton décalé et over-the-top de l’ensemble, ne cède jamais au réel de prétentions trop sérieuses, et réalise un film à la déférence évidente au graphic novel dont il s’inspire, fonctionnant de façon autonome sur pellicule. 

Ayant déjà démontré par deux fois sa capacité à s’adapter à un genre pour le dynamiter de l’intérieur, Edgar Wright construit son film en un patchwork inspiré du comics et du manga, ajoutant à l’excès des effets de styles issus de la bande-dessinée, quand il ne puise pas dans le bouquin original pour reprendre tous les tics du jeu vidéo rétro avec lequel beaucoup d’entre nous avons grandi. Cela donne un film inédit, tout-à-fait BD dans ses séquences plus intimes grâce à un découpage en cases, quand les tournois musclés en un contre un parsemant le film rappellent avec délectation ces innombrables heures penché sur la console.

 

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Le film est certes un peu fatigant dans sa volonté constante de souligner l’évident (la faute à un rythme enlevé), mais il en résulte une bonne humeur communicative indéniable et ultra fédératrice, sertie de clins d’œil bien sentis à son public (le film ravira les gamers et s’affirme au passage comme l’adaptation rêvée d’un jeu vidéo avec ses levels, boss, bonus et points de sauvegardes).

Quand le tout propose en plus une histoire d’amour originale, loufoque et moins passive que la moyenne où les duels se passent dans l’arène et à coups de bons mots de la part des protagonistes principaux ou secondaires (Kieran Culkin, superbe), il est impossible de bouder son plaisir et l’on se surprend à glisser petit à petit dans la douce folie générée et à accepter rapidement les nouvelles règles (physiques et poétiques)  pour profiter pleinement du voyage, souvent très drôle.

 

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Alors qu’on pouvait légitimement se demander si Michael Cera arriverait à jouer un autre rôle que celui de geek timide, Scott Pilgrim tombe à point nommé pour redorer le blason de l’acteur et lui donner l’occasion d’une mise à jour bienvenue dans le domaine. Son Scott est certes moins riche que la version papier mais demeure  drôle et touchant dans ses questionnements, et surtout empathique à souhait face au challenge s’offrant à lui. Mary Elizabeth Winstead prend enfin l’envergure qu’on attendait d’elle après quelques films (cheerleader négligée dans Boulevard de la mort, fille à papa dans Die hard 4) et s’avère être un choix original pour incarner la mystérieuse Ramona Flowers, américaine fraîchement débarquée à Toronto. Et c’est tout un hommage à la ville qui suit (dont Bryan Lee O’Malley est originaire), évitant le côté carte postale, invitant dans son étrange ballet des acteurs au second degré bien senti (Chris Evans, Brandon Routh, Jason Schwartzman en boss final, ainsi que Thomas Jane dans un caméo improbable).

 

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Résumé

Le film est évidemment moins riche que le matériel original, éminemment plus subtil et sympathique, mais Scott Pilgrim vs. the world est une excellente mise-en-bouche au bouquin et un film à l’originalité certes recyclée, mais parfaitement agencée. Sous ses dehors de jeu vidéo criard, il parvient aussi à nous remettre naïvement en tête un sentiment merveilleux : celui de tomber amoureux, tout simplement.  

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