Critique : Le Jour où Dieu est parti en voyage

Par Thomas Messias
27 octobre 2009
MAJ : 29 mai 2024
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Même s'il se déroule au Rwanda en 1994, Le jour où Dieu est parti en voyage n'est pas un film sur le génocide. La tragédie n'est que l'arrière-plan, forcément très présent, du drame humain beaucoup plus intime qui se joue dans une forêt. Seule au monde après le massacre de ses enfants par les Utus, Jacqueline est une jeune Tutsi prête à en finir, qui ne doit son salut provisoire (?) qu'à une rencontre fortuite avec un homme affaibli par une blessure atroce, pour lequel elle va mettre entre parenthèses sa funeste entreprise. Le premier film du belge Philippe van Leeuw (chef op chez Dumont, Achard et quelques autres) relate l'opération de survie qui relie ces deux personnages dont le seul point commun est sans doute leur appartenance à une même ethnie.

Lui est animé par une envie de survivre qui lui procure une énergie hors du commun ; elle semble se considérer en simple sursis, plus rien ne la raccrochant à la vie. Très souvent seuls à l'écran, les deux personnages s'observent, s'opposent, tentent de donner le change afin de rassurer l'autre. Retranchés dans un univers végétal qui les protège de façon éphémère des agressions extérieures, ils extériorisent leur animalité et semblent revenir aux origines de l'humanité. Van Leeuw filme cette situation avec une simplicité salvatrice et un amour profond pour ses héros. Si Le jour où Dieu est parti en voyage respire autant la sincérité, c'est parce qu'il ne donne jamais la désagréable impression d'avoir été tourné par un non-africain venu se repaître de tout ce malheur. Le cinéaste est dans la compassion, jamais dans l'exploitation : le résultat obtenu est juste admirable.

Il aurait pu n'être que la simple radiographie de deux solitudes, mais le film va plus loin, ne considérant pas ses protagonistes comme de pures victimes absolument parfaites. Il y a notamment chez l'homme une certaine étrangeté, en tout cas du point de vue de Jacqueline, qui le rend aussi inquiétant qu'imprévisible. Façon pour Philippe van Leeuw de montrer que toute impression de sécurité ne peut être qu'illusoire dans ce genre de situation. Film pessimiste ? Probablement. Mais il y a pourtant dans Le jour où Dieu est parti en voyage des instants de pure beauté, comme ces séquences magnifiques où la jeune femme joue les infirmières de fortune et fait avec les moyens du bord. La simplicité qui émane de tels instants est d'une beauté renversante. Le reste aussi. Il faut à tout prix découvrir ce petit bijou modeste mais précieux, révélation immédiate d'un réalisateur dont on attend impatiemment des nouvelles.

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