The Reader : Critique

Flavien Bellevue | 26 janvier 2009
Flavien Bellevue | 26 janvier 2009

Avec The reader, le cinéma américain confirme une fois de plus son envie de revisiter l'histoire de la seconde Guerre Mondiale après Les insurgés, Walkyrie et bientôt The Boy in the Striped Pyjamas, le documentaire Blessed is the match, et le prochain Quentin Tarantino, Inglourious basterds. Contrairement aux oeuvres déjà sorties, le film de Stephen Daldry ne parle pas d'actes de résistance ou de complots, mais de l'opposition de la jeune génération allemande d'après-guerre face aux crimes de la génération précédente ; et lorsque cette confrontation mêle une histoire d'amour improbable au plaisir de la littérature contée, The reader a tous les atouts pour donner vie à un grand film.

Avant les mots, il y a une histoire, celle de l'adolescent Michael Berg qui grandit dans l'Allemagne de l'Ouest d'après-guerre ; alors qu'il rentre chez lui, malade, il fait la connaissance d'Hanna, une contrôleuse de tramway, qui lui propose son aide en l'amenant chez elle. Ce n'est qu'en revenant chez Hanna pour la remercier que le jeune Michael s'embarque dans une relation amoureuse avec une femme plus âgée que lui de 21 ans. Leur relation charnelle prend une autre direction lorsque Hanna demande à son amant de lui lire un passage d'un roman avant chacun de leurs ébats ; Michael se découvre être un étonnant conteur et prend donc plaisir à lui faire la lecture. Avec le temps, leur relation se dégrade et il faudra huit ans pour que les deux ex-amants se retrouvent d'un coté et de l'autre de la barre d'une cour de justice, pour un procès que Michael, alors étudiant en droit, ne pouvait imaginer.

 

 

Comme pour son précédent film, The hours, le réalisateur Stephen Daldry s'attaque à une histoire longue, s'étalant cette fois sur plus de quarante ans, bien que le roman de Bernhard Schlink dont il est tiré soit bref. Et pour cause, le scénario s'arrête à des moments clés de chaque étape/époque de la vie de Michael ; c'est d'ailleurs la première force du film, car le scénario est basé sur une structure déjà efficace. L'histoire ne renferme pas d'ailleurs qu'une romance taboue, mais également un regard d'une génération sur les crimes de ses ainés et toute la notion de justice qui l'entoure. Entre secrets et mensonges, le personnage de Michael devra donc affronter la honte à travers la culpabilité et la responsabilité au regard de l'Histoire. Quant aux amoureux de littérature en tout genres, ils prendront plaisir à reconnaître les extraits d'œuvres de T.S Eliot, Mark Twain, Charles Dickens, Hergé et son célèbre reporter aventurier ou encore Anton Tchekhov.

 

 

Outre un scénario chargé en émotions et en rebondissements, The reader prend toute sa force dans ses interprètes. A commencer par le jeune et quasi inconnu acteur allemand David Kross qui incarne Michael face à une Kate Winslet en sublime et bouleversante Hanna, dont le maquillage complète à merveille son jeu unique. Malgré leur présence en seconds rôles, Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara (déjà réunis dans La Chute), Lena Olin et Ralph Fiennes complètent un casting solide où chacun joue avec justesse, sans tomber dans l'excès. Ajoutez à cela une lumière sobre et bien travaillée par les célèbres chefs opérateurs Roger Deakins et Chris Menges, une musique mélancolique signée par le jeune compositeur de Joshua, Nico Muhly, le tout sur la supervision, entre autres, des regrettés producteurs Sidney Pollack et Anthony Minghella.

 

Résumé

Si la mise en scène de Stephen Daldry est discrète et efficace, The reader a la qualité de ne pas en faire trop. Le film ne peut laisser indifférent par les thèmes profonds qu'il aborde, par le jeu de ses acteurs, ses ambiguités et par cette volonté de confronter les enfants d'après-guerre à leurs « parents », pour enfin se poser la question de la transmission aux générations futures. Poignant.

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