Critique : Ugly Betty

Maud Desmet | 15 avril 2008
Maud Desmet | 15 avril 2008

A priori, l'idée de regarder Ugly Betty, la version latino-américaine de la mièvre et insupportable série allemande Le Destin de Lisa n'avait rien de réjouissant. Et pour cause, puisque la pauvreté du concept de départ de la série a de quoi rebuter : Betty, gentille fille au physique ingrat est engagée par le père de Daniel Meade, fils à papa et accessoirement nouveau rédacteur en chef du très huppé magazine Mode. Bradford Meade a engagé Betty pour être sûr que Daniel ne mêle pas travail et plaisir et cache, quant à lui, des secrets peu reluisants qu'il a de plus en plus de mal à dissimuler. Surtout depuis qu'une mystérieuse jeune femme, dont le visage est caché sous les bandelettes d'une opération esthétique, a décidé de tout mettre en oeuvre pour briser la carrière du puissant directeur de Mode.

 

   


 

On pouvait craindre le pire de cette histoire de cendrillon moderne, qui cache derrière sa disgrâce une grande beauté intérieur. Ce discours, qui n'aurait été, à coup sûr, pas du tout du goût des féministes, nous est pourtant épargné. Oui Betty est une chouette fille, mais elle ne le cache pas derrière ses lunettes. Elle est loin d'être la niaise effarouchée et secrètement amoureuse de son patron qu'on s'attendait à trouver là, et que dépeint avec acharnement la série homologue allemande Le destin de Lisa. Betty n'est peut-être pas une beauté, mais elle est loin d'être effacée, et la toute première réjouissance de la série est sans doute de la voir se battre sans vergogne pour se faire sa place chez les requins branchés de Mode.

 

 


 

 

Loin de verser dans la guimauve, les créateurs de cette série, qui sentait le mauvais soap à plein nez, ont eu la bonne idée de tout miser sur le potentiel comique de la situation et de leur personnage principal, la gaffeuse mais efficace Betty. Le monde de la mode, la série le décrit avec un humour piquant, parfois un brin cruel, montrant toute son arrogance, toute son excentricité mais aussi, ce qui va de paire, toute sa démesure ridicule. Ugly Betty dépeint à merveille, sans jamais quitter le second degré, cet univers hypocrite et superficiel, notamment en suivant les manigences de la machiavélique directrice artistique Wihlemina,  accompagnée de très près par son assistant, le doux-dingue efféminé Mark. La bonne idée de la série est bien de ne jamais trop se prendre au sérieux et, dans les meilleurs moments de la saison 1, elle sait tirer tout le parti de la satire du monde de la mode, rappelant le récent film à succès Le diable s'habille en Prada.

 

 

 

 

Mais là où la série gagne le plus en originalité et se démarque de son modèle cinématographique, c'est en choisissant de s'intéresser principalement, non pas au fascinant milieu de la mode, mais à la vie de tous les jours de Betty, plutôt loin du glamour. La série décrit avec une certaine justesse la banalité du quotidien de Betty qui, depuis toujours, habite dans le Queens avec son père, sa soeur et le fils de celle-ci. Cette famille mexicaine moyenne, à la fois atypique et traditionnelle pimentent avec bonheur les intrigues, grâce à des personnages drôles et attachants, notamment le neveu de Betty, franchement plus intéressé par la mode et les paillettes que par les voitures et les jeux vidéos. En mêlant l'univers froid et branché de la mode à celui, terre à terre et chaleureux de Betty, la série s'apparente au final à un joyeux foutoir où s'animent un défilé de personnages gentiment cinglés et où cohabitent parfaitement situations cocasses et bons sentiments.

 

 


 

 

Reste à voir si les personnages, tous très caricaturaux, et l'intrigue, relativement mince, peuvent s'épanouir et évoluer, deux conditions sinequanone pour ne pas lasser un public de téléspectateur, à présent friand de séries bien plus ambitieuse, où personnages, ligne narrative et intrigues ont une réelle épaisseur et de la complexité.

Le coup de théatre, en pleine saison 1, qui voit le frère de Daniel Meade, présumé mort, réapparaître sous les traits d'une magnifique jeune femme et prendre le contrôle de Mode en evinçant son propre père, confirme la volonté des scénaristes de creuser la veine du subversif et de l'irrévérencieux. Pour être tout à fait intéressante, il faudra, à coup sûr, que la série continue à user et abuser des masques, des faux-semblants, jouant toujours plus, et, espèrons-le, de façon plus audacieuce et provocatrice, sur la réversibilité des identités.

 

 


 

 Retrouvez le portrait du personnage de Betty Suarez en cliquant ci-dessus.

 

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