Blade Runner : Critique

Thomas Douineau | 22 novembre 2007
Thomas Douineau | 22 novembre 2007

Concédons que Blade runner, près de 25 ans après sa sortie, n'a pas pris une ride. Mieux, il va au-delà du simple film de science-fiction puisque l'adjectif qui revient le plus souvent pour le qualifier est "visionnaire". En effet, plus que de l'anticipation, il démontre que, par beaucoup de ses aspects et de ses thèmes, la fiction a rejoint la réalité. Ce qui vaudra d'ailleurs à Ridley Scott d'affirmer en 1992 (lors de la sortie de cette director's cut) : « Nous avions décoré des rues entières de Los Angeles pour les besoins du tournage, j'y suis repassé il n'y pas longtemps : elles sont devenues exactement comme dépeintes dans le film. »

 

Photo Sean Young


Blade runner est une oeuvre riche et complexe, à multiples niveaux de lecture, qui synthétise tout ce que le cinéma américain naissant au sein d'un studio pouvait offrir à son public. Aussi bien dans son fond qui aborde des thèmes et des angoisses majeures du XXe (et XXIe siècle !) et prend à chaque visionnage une autre dimension, que dans sa forme, souvent poétique, parfois noire et dépressive, et dont la puissance évocatrice et l'efficacité des images choisies pour l'illustrer sont entrés en raisonnance avec l'explosion de la télévision par câble, (MTV et consorts), inspirant ensuite des générations de clippeurs (pour le meilleur : Fincher…) et pour le pire (impossible de les citer tous…).

 

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Un monument sur pellicule qui, par son histoire et ses coulisses, est aussi riche d'enseignements sur l'industrie cinématographique, la création artistique et la manière de fabriquer des films à Hollywood. Il fascine encore les trentenaires cinéphiles, un peu mutants, que sont devenus les jeunes ados qui l'ont découvert au cinéma. Pour beaucoup, Ridley Scott et Blade runner leur ont impressionné les rétines et fait aimer le cinéma. Les autres, grâce à l'avènement de la vidéocassette, l'ont fait passer du statut de bide commercial à sa sortie, à celui de film culte.

Qu'en reste-t-il alors aujourd'hui à l'heure du tout numérique ? Sans doute autant qu'il y a 10, 15 ou 25 ans : philosophiquement, un film qui n'a pas cessé d'exister dans l'inconscient collectif lorsqu'il s'agit d'envisager notre avenir proche sur cette bonne vieille Terre. Artistiquement : une oeuvre qui continue d'inspirer de nombreux artistes tous domaines confondus, et enfin cinématographiquement : un métrage qui change encore de forme aujourd'hui.

 

Harrison ford

 

Blade runner dans son montage original étant désormais introuvable, cette « fausse » director's cut (puisque faite quelque peu dans le dos de son réalisateur), bien qu'elle gomme certains défauts des précédentes éditions (avec néanmoins un gros point noir), annonce surtout pour 2007 la vraie version du film induite par le réalisateur. Si l'aspect pécuniaire ne peut être écarté par les temps qui courent (bien que la logique soit très éloignée de celle d'un George Lucas - il y a les pro-Star wars et les pro-Blade runner, souvent dans deux camps différents maintenant), cette ressortie, pour peu qu'elle ne dénature pas le film, offrira un bon moyen de savoir si son histoire « cinématographique » va se perpétuer auprès des plus jeunes générations, habituées maintenant à être abreuvées d'images plus syncopées les unes que les autres et dont Blade runner en expose les dangers. Et pour en savoir un peu plus sur le film, nous vous conseillons bien évidemment la lecture de notre dossier.

 

Résumé

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