Critique : Gantz

Jean-Noël Nicolau | 20 mars 2006
Jean-Noël Nicolau | 20 mars 2006

Production événementielle du studio Gonzo (auquel on doit des séries de grande qualité telles que Last Exile ou le Comte de Monte-Christo), Gantz se présente comme une œuvre visuellement ambitieuse mais surtout sortant de l'ordinaire, et relativement fière de sa réputation sulfureuse. Quand on sait que c'est le réalisateur Ichiro Itano, déjà célèbre pour ses méfaits sur les ultra-violents Angel Cop et surtout Violence Jack, on ne s'attend définitivement pas à un spectacle des plus raffinés. Mais on n'en demeure pas moins désarçonné (pour ne pas dire désolé) devant les premiers épisodes de Gantz qui s'affirme à la vision de ce premier volume en DVD comme une pure série « d'exploitation », se complaisant grassement dans toutes les facilités visuelles et surtout thématiques.


Après un générique d'ouverture bruyant, qui expose déjà le mélange très douteux entre 2D et 3D primitive du graphisme, Gantz annonce directement la couleur en dépeignant son personnage principal, Kei, comme un insupportable ado, tête à claques et aigri, et dont le trait de caractère essentiel est une obsession sexuelle décrite de manière plus vulgaire que crue. Ce premier épisode nous entraîne dans un univers partagé entre le clinquant visuel de l'animation, et la lâcheté et la mesquinerie des personnages décrits (dont les voix intérieures redondantes sont censées égratigner les apparences). Sur le quai d'un métro, Kei croise son ancien ami d'enfance, Kâto, qui semble être son contraire en tous points (altruiste, ultra-sensible, courageux…), la série insistant tant sur ce contraste que l'on finit par se demander s'il faut le prendre au premier ou au second degré (Kâto étant un niais toujours prêt à fondre en larmes). Par un concours de circonstances, les deux jeunes gens vont connaître une mort atroce qui annonce aussi les penchants gratuitement gores de Gantz.


Ils se retrouvent alors, semble-t-il bien vivants, dans une pièce avec d'autres personnes diverses et (a)variées, auprès d'une boule noire géante, le fameux Gantz, qui va bientôt leur assigner des missions aussi stupides que décrites en temps réel (24h Chrono est passé par là…). Mais on comprend aussi bien vite que la série se traîne à un rythme désolant. Le seul moyen de retenir l'attention du spectateur avant le début de la première mission, et outre la situation pittoresque qui ferait un peu penser à un Lost « trash », c'est l'arrivée de l'héroïne, sans doute le personnage féminin le plus consternant aperçu depuis longtemps dans un animé. Malgré son passé trouble (elle s'est suicidée), c'est avant tout une nunuche dotée d'une poitrine digne d'un Russ Meyer et qui n'est jamais présentée que nue ou filmée au niveau du décolleté ou de la culotte. C'est d'ailleurs ainsi que la perçoivent tous ceux qui l'entourent et en particulier le « héros », qui la considère comme un simple fantasme de magazines X. Image que la série se garde bien de modifier, comme le montre l'incroyable épisode 6 où le suspens tourne intégralement autour d'un « va-t-il se la faire ou pas ? » entre guimauve caricaturale et obsessions à peine pubères.


Tout cela pourrait être divertissant, avec un minimum de rythme et surtout d'humour, ingrédients indispensables quasi totalement absents de Gantz. Les gags se situant au degré zéro du genre, avec par exemple les érections publiques de Kei ou le chien lubrique qui se précipite toujours pour lécher l'entrejambe de l'héroïne. Niveau action, Gantz ne tient pas non plus ses promesses, la chasse à l'extra-terrestre virant dans le grotesque total, dont on ne sait pas toujours s'il faut le considérer comme une parodie pataude du genre ou une volonté de sortir des sentiers battus en insistant tant et plus sur des concepts ridicules (« l'homme-poireau » qui occupe cette première mission étant amusant durant environ 30 secondes avant de consterner pendant les 60 minutes suivantes). Et il ne suffit pas de faire courir les personnages pendant 20 minutes (l'interminable épisode 4) pour créer l'illusion qu'il se passe quelque chose. Et il ne suffit pas non plus de radoter des questionnements existentiels clichés (« est-ce mal de tuer ? qu'est-ce qui est bien ? qui suis-je si je suis mort ? », etc…) pour donner de l'épaisseur à ses héros. Si on ajoute à cela un aspect (déjà) répétitif et cette complaisance qui ne provoque que rarement le sourire, on pourra difficilement accorder à Gantz le bénéfice du doute, mais on prendra la peine de jeter un œil à la suite, un changement radical de ton pourrait offrir une nouvelle perspective à ces prémisses bien peu enthousiasmantes. On conseillera donc pour le moment de s'en tenir à la lecture du manga d'origine.

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