Batman : critique joker

Julien Foussereau | 23 mars 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Julien Foussereau | 23 mars 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

1989 fut une année inoubliable pour Warner Bros. Grâce à une campagne marketing savamment orchestrée, Batman de Tim Burton, avec Michael KeatonJack Nicholson et Kim Basinger, fut un des succès commerciaux les plus impressionnants de l'histoire du cinéma. 

Sur le plan critique, à sa sortie, on lui avait reproché un certain manichéisme et quelques effets de mode plutôt déplacés comme les chansons de Prince. Dix-sept ans après, il est désormais évident que les incursions musicales du « Kid de Minneapolis » dans le récit ont assez mal vieilli. Parallèlement, on pourrait tout autant ergoter sur les combats assez sommaires et les effets spéciaux obsolètes. Malgré cela, Batman reste une indéniable réussite car l'intérêt de ce film réside moins dans ces aspects que dans le croisement entre le sombre retour aux sources initié par Neil Adams ou Frank Miller et l'étrangeté de l'univers Burtonien.

 

Photo Michael Keaton

Batman créa donc la surprise avec sa vision décadente de Gotham City, enfer urbain à l'ambiance mortuaire où la lumière du jour peine à traverser l'atmosphère grisâtre d'une mégapole rongée par le crime. Pour matérialiser cette incroyable décorum, Burton s'est inspiré de deux des plus belles périodes du cinéma occidental: au milieu de ces ruelles crasseuses et de ces immeubles démesurés, l'expressionnisme allemand renaît et se mélange aux codes vestimentaires et langagiers des films noirs des années 40. Seule la violence anarchique du Joker est contemporaine, directement inspirée par le mémorable comic book Dark Knight returns de Frank Miller et dont Burton reprend également la critique sociale. Moins franche que celle de Miller, cette dernière n'en reste pas moins virulente puisqu'elle présente des objets de consommation courante, tel que les produits de beauté ou les jouets comme des armes de destruction insidieuses. Le Joker est le moteur de l'intrigue, celui qui dirige ce bal anarchique.

 

Photo Kim Basinger, Jack Nicholson

On a longtemps reproché au film de délaisser Bruce Wayne/Batman au profit de Jack Napier/ le Joker. Pourtant, il est évident que Burton s'est réapproprié Bruce Wayne pour en faire un personnage plus mystérieux et attachant par son ambivalence : si Bruce Wayne cache Batman, l'inverse est tout aussi vrai ! Le masque du Dark Knight dissimule un homme absent de sa vie, affecté et meurtri dans son âme, pivot d'une réflexion sur le masque et la dualité. Incapable de concilier ses deux visages, Bruce/Batman semble condamné à traquer son « créateur ». Comme tous les mythiques bad guys de la franchise, le Joker est le reflet plus ou moins déformant et maléfique du justicier (en ce sens, Batman begins souffre constamment de l'absence d'un méchant charismatique). Ici, le Joker et Batman se détestent mais sont à la fois antagoniques et complémentaires : chacun doit son origine à l'autre, chacun est figé dans un comportement ou un rictus. Quand, à la fin, Joker est vaincu, rien n'est résolu. Face à ce happy end de façade, Batman demeure seul dans l'ombre, condamné viscéralement à combattre le crime, à tenter vainement de vaincre un trauma insurmontable.

 

Photo Michael Keaton

Au final, Batman est un film tiraillé entre ses obligations commerciales et ses ambitions artistiques. Ainsi le scénario parfois incohérent (les hommes de main du Joker qui surgissent d'on ne sait où dans Gotham Cathedral) et les chansons de Prince plus que discutables répondent aux inspirations gothiques et à la profondeur de sa thématique. Batman fait figure de grande répétition générale avant Batman, le défi, chef d'œuvre malade et désespéré enfin débarrassé des figures imposées du premier volet.

 

Résumé

Tiraillé entre ses obligations commerciales et les ambitions de Tim Burton, Batman fait figure de répétition générale avant Batman, le défi.

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commentaires
Flo
26/02/2020 à 14:39

Un choc à sa sortie au cinéma en 89. Si on n’y connaissait que la série tv et quelques comics, on pouvait avoir l’impression d’y voir un film d’épouvante gothique. Impressionnant et plein de l’énergie folle de Burton et de Nicholson.
Ce film est à l’instar du "Superman" de Donner une sorte d’opéra grandiose mais plus dans un style sombre et « Wagnerien ». L’héroïsme au milieu de la noirceur.
Des années après il est toujours très bon (dans le contexte de l’époque) et a pavé la voie à la version, plus complète, de Nolan.

-Conseil cinéma pour mieux apprécier le film: Voir les films expressionnistes à la Murneau ou Fritz Lang, "Beetlejuice" (pour le joker) et le premier "Superman" pour le coté opératique des super héros.
-conseil comics: les comics Batman des 40’s, plus polardeux.

Vento
26/03/2018 à 14:03

On pourrait critiquer le film sur une faiblesse dans le scénario, mais la réalisation était pour moi réussie, une sombre créativité qui venait cloturer les années 80 à merveille! Je me souviens encore de tout l'engouement qu'il y avait autour du film, les t-shirts au logo Batman un peu partout et un état d'esprit entre le rétro et enfin la découverte de nouvelles créativités, notamment le costume complètement relooké de Batman! Nicholson était correcte dans son rôle sans que cela puisse dépasser ses prestations passées. Puis vient la suite , beaucoup plus intéressante selon moi mais ça c'est ine autre histoire...

Flash
24/03/2018 à 11:17

Marrant, moi je n'ai jamais vraiment accroché sur ce film, Nicholson est insupportable dans le rôle du Joker.

Dirty Harry
24/03/2018 à 01:40

C'est plus un film sur le Joker (et sur Jack Nicholson) que sur Batman. Une bonne première approche où l'atmosphère commence à monter (la scène de la batmobile entrant dans la batcave est particulièrement lyrique) mais joue en effet sur plusieurs tableaux comme l'explique bien l'article.
Pourquoi ont ils foutu Prince là dedans ?

corleone
24/03/2018 à 00:16

Effectivement un chef d'oeuvre, seul bémol Michael Keaton(aussi bon acteur soit-il) dans la peau de Bruce Wayne, je l'ai jamais digéré.

Faurefrc
23/03/2018 à 23:12

Malgré ses défauts, ce film m’a tellement marqué étant gosse qu’il reste ma madeleine de Proust super héroïque. Le film qui m’a fait rêver... et en soi, il en devient assez difficilement critiquable.
Heath Ledger a certes composé un Joker bien plus flippant et credible que celui de Nicholson... Mais ça ne m’emp Pas d’adorer la partition de mad Jack.
« Bob... Flingue ! »

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