Monstres & Cie : critique venue des rêves

Stéphane Argentin | 15 avril 2015
Stéphane Argentin | 15 avril 2015

Vers l'excellence et au-delà !


1995. Disney sort timidement en salles un « petit » film d'animation réalisé par un studio presque inconnu. Pas de campagne promotionnelle « disneyenne », pas de produits dérivés à gogo. De toute évidence, la confiance dans le potentiel de ce nouveau projet est toute relative. Après tout, qui ira voir le premier film de l'histoire entièrement en images de synthèse, et mettant en scène des jouets d'enfants qui parlent et s'animent une fois que leurs propriétaires ont le dos tourné ?

Quelques millions de dollars au box-office (près de 200 rien que pour les USA), de rires du public et de louanges des médias plus tard, la machine Pixar est lancée. Ce studio n'est pourtant pas né d'hier : Tin toy, Luxor Jr. , Geri's game..., autant de courts métrages connus et reconnus (leurs récompenses ne se comptent plus) conçus au cours des années précédentes. Quoi qu'il en soit, une suite à ce Toy story est aussitôt envisagée (surtout du côté de chez Disney). Mais leurs concepteurs sont déjà à pied d'œuvre sur une relecture de la fable de la cigale et la fourmi : 1001 pattes. Et, bien avant le succès (public et critique) de ces insectes 3D, la suite tant attendue des jouets qui parlent est finalement mise en chantier. C'est alors que Disney, contrairement à la politique maison, décide de sortir Toy story 2 non plus directement en vidéo, mais sur grand écran. Grand bien leur en a pris (une fois encore pour le public, mais aussi pour les caisses enregistreuses) et, phénomène encore plus incroyable, cette suite dépasse en tout point l'original.

 

À ce moment précis et après trois succès effrontés consécutifs, le doute n'est plus permis : ces Pixariens sont des génies. Mais qui sont-ils ? De quelle planète viennent-ils ? Comment font-ils ? À quoi se shootent-ils ? Autant de mystères, élucidés le jour où le maître des lieux en personne, John Lasseter, ouvre les portes du studio aux yeux de la presse et du public. C'est alors la stupéfaction. Se dévoilent, non pas des « ordi-accros » rivés derrière un écran quinze heures par jour dans un bocal à poissons, mais des adultes-enfants en chemise hawaïenne s'amusant comme des p'tits fous sur leurs machines, au milieu de locaux en forme de parc d'attraction. Impossible ! Incroyable ! Inimaginable ! Toutes ces brillantes réussites ne peuvent être l'œuvre de ces adultes à peine (jamais ?) sortis de l'enfance ! Et pourtant, si ! Mais quel est donc leur secret ? Tout bonnement le plus simple qui soit : une histoire qui tienne la route.

En 2002, leur petit dernier, Monstres & cie, est l'apogée de cette consistance scénaristique. La comparaison entre le script original (disponible sur le DVD) et la réalisation finale est la preuve flagrante de cette recherche de cohérence. Le scénario est revu, différentes scènes sont coupées, allongées, modifiées, ajoutées inlassablement jusqu'à l'obtention d'un tout homogène. C'est bien beau tout ça, mais avec un projet exclusivement en images de synthèse se pose alors très vite la question des contraintes technologiques. « Que nenni ! », répondent alors nos petits Pixariens. À l'époque où le petit George se demandait ce que les ordinateurs lui permettraient d'inclure dans son scénario fantôme, la matière grise de nos petits génies en herbe était en pleine ébullition afin de relever leur dernier défi en date : la fourrure du personnage principal de Monstres & cie, Sulli. (Pour rappel, bien que sortie deux ans après, cette nouvelle folie Pixar débuta en 1996, soit à peu de choses près à la même époque que les nouvelles « guerres de l'étoile ».)

 

 

À l'arrivée, Monstres & cie est l'essence même du génie Pixar. Plus drôle, plus rythmé, plus émouvant, plus technique, plus, plus, plus, toujours plus, telle est la devise Pixar. Monstres & cie, c'est quatre-vingt-dix minutes sans temps morts, quatre-vingt-dix minutes de bonheur, de rires, d'émotions, mais aussi... de larmes. Car c'est bien là le nouveau pas franchi (en plus de l'avancée technologique). Comment ne pas fondre devant cette immense boule de poils qui se prend d'amitié pour cette petite bouille d'amour qui tient dans le creux de sa main ? Comment ne pas verser une larme au moment de leurs adieux déchirants à la fin du film ? Impossible ! Et comme impossible n'est pas Pixar, ils y sont parvenus, parvenus à nous faire passer du rire aux larmes en moins de quatre-vingt-dix minutes, aidés en cela par une BO toujours appropriée, tantôt comique et enjouée (le générique du début), tantôt émouvante. Impossible également de ne pas évoquer le formidable travail de doublage qui achève définitivement d'insuffler vie à ces personnages de synthèse, Monstres & cie s'offrant au passage le luxe d'un casting quatre étoiles (Billy Crystal, John Goodman, Steve Buscemi, James Coburn, Jennifer Tilly).


Et au-delà du simple divertissement, un second niveau de lecture des créations Pixar laisse également apparaître des sujets plus sérieux : l'aspect éphémère de toute chose et du temps qui passe (Toy story 1 & 2), travailler et se battre pour protéger ses biens, en l'occurrence la nourriture (1001 pattes), la peur de l'inconnu et des idées préconçues : « Cette chose est une machine à tuer ! », s'écrie Bob à propos d'une petite fille de 2 ans à peine (Monstres & cie). C'est aussi cela, dans une moindre mesure, l'animation façon Pixar : des films à thèmes, pour ne pas dire porteurs de messages.

Alors, les films d'animation 3D, nouveaux blockbusters du XXIe siècle ? Rien n'est moins sûr vu la quantité de films sortis ou à sortir (Shrek 2, Gang de requins, Robots, Cars...). En attendant ce jour hypothétique, Monstres & cie impose définitivement Pixar comme une valeur sûre du cinéma d'animation tout public, divertissant et non débilitant (ce qui n'est pas la moindre des gageures).

Résumé

Monstres & cie : un film monstrueusement génial.

commentaires

Slaine
15/04/2018 à 21:49

Article au poil..et chef d oeuvre pixarien indiscutable..

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