Critique : Django

Fabien Braule | 31 août 2007
Fabien Braule | 31 août 2007

Sergio Leone réalise, en 1964, avec Pour une poignée de dollars l'un des chefs-d'œoeuvres du western spaghetti, et définit par la même occasion les codes d'un genre emprunté au western classique hollywoodien alors en plein déclin. Certains cinéastes, tels que Sergio Sollima, Sergio Corbucci ou encore Antonio Margheriti, y voient un moyen d'expression formel et de renouvellement sans précédent au sein d'un système de production de plus en plus fébrile face à l'avènement de la télévision.

Malgré l'influence évidente de Leone dans le caractère et le physique du personnage de Django, c'est dans sa mise en scène que Corbucci s'écarte des codes instaurés par ce dernier, très proche, pour le coup, d'une esthétique de bande dessinée. Portant la marque propre au cinéaste, le film traduit le désir de mettre en avant un univers nihiliste et violent, tout comme l'avait fait Samuel Fuller avec Quarante tueurs en 1958. Figure fantomatique à l'allure mortifère, Django n'a pour ainsi dire rien du héros classique. Accompagné d'un cercueil, vêtu de son uniforme nordiste, le personnage semble revenir d'outre-tombe : en témoignent les nombreuses récurrences symboliques et religieuses qui scandent son chemin de croix. Au fur et à mesure que progresse le récit, les morts se succèdent par dizaines, le sang coule à flot, et Django, plus emblématique que jamais, accomplit sa vengeance sans retenue et sans remords. Dès lors, il donne à la ballade du générique tout son sens, celui d'une figure mythique et éternelle. Jusqu'à ces séquences où le cinéaste distille des instants d'une rare beauté où objets, décors et figures féminines servent de contrepoint à une violence de plus en plus démesurée, culminant lors du finale. Corbucci ramène son personnage à ses origines, un cimetière au cadre barré de croix, point d'orgue pictural de l'œuvre.

Symbole de tout un pan du western italien, celui de la série B ultra violente, Django fait, aujourd'hui encore, office de pièce maîtresse dans la carrière du cinéaste, et dépasse à bien des égards le modèle leonien. Boueux, austère, et baroque à la fois, le film de Corbucci est à l'image de son héros : excessif et jubilatoire.

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