Critique : Molière

Par Erwan Desbois
16 janvier 2007
MAJ : 29 mai 2024
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Il est toujours intrigant de voir ce qu’un réalisateur ayant œuvré dans une certaine catégorie peut tirer d’un projet complètement différent en termes de genre et d’ampleur. On ne s’attaque pas en effet à Molière de la même manière que l’on trousse une sympathique comédie contemporaine comme Mensonges et trahisons ou que l’on participe au scénario de Prête-moi ta main – les deux références de la carrière de Laurent Tirard jusqu’à présent. Le film né de cette rencontre souffre du changement d’échelle, tout en ayant malgré tout quelques arguments à faire valoir.

Le principe d’emprunter aux pièces de Molière sans réellement les adapter place le récit quelque part entre Shakespeare in love (pour l’introduction légère et oblique à l’œuvre d’un auteur classique), et Harry dans tous ses états pour la mise en abyme de l’écrivain se basant sur des rencontres réelles pour créer ses personnages. La recette utilisée par Tirard est donc éculée, mais elle conserve une efficacité certaine grâce à la qualité des dialogues (empruntés à Molière ou non) ainsi qu’à l’enthousiasme mis par les acteurs à jouer leurs rôles. Même si cela n’est pas une surprise, Luchini en bourgeois gentilhomme, Sagnier en femme savante, Baer en noble désargenté et beau parleur sont tous très bons dans le registre comique et ont chacun leur instant de gloire dont ils savent tirer le maximum.

Romain Duris maîtrise lui aussi son sujet, bien qu’il doive sans cesse jongler entre deux personnages – Molière l’auteur qui découvre son style grâce à la belle et sensible Elmire (Laura Morante), et Molière l’acteur interprétant un faux dévot à la Tartuffe pour échapper à la prison. Le film dans son ensemble ressemble lui aussi à un numéro d’équilibriste – pas toujours convaincant. Saturé en protagonistes d’égale importance, en intrigues parallèles entre lesquelles il ne parvient pas à choisir et en influences diverses et opposées, il brille et ennuie tour à tour. Faute d’une place centrale dans le récit, l’histoire d’amour entre Molière et Elmire peine à convaincre ; et après deux heures de péripéties comiques, la tonalité tragique donnée au dénouement laisse plus un goût d’inachevé que d’approfondissement du héros.

Il y a cependant une autre façon d’appréhender ce long-métrage : comme une œuvre pédagogique. En proposant une mise en situation de plusieurs pièces sur un mode ludique, limpide et présentant des noms connus au générique, Molière brise la – relative – austérité du théâtre et en apporte le contenu au public d’un autre support visuel. Certains pourront trouver cela facile et dénué d’intérêt, mais pour d’autres, jeunes (et moins jeunes) réfractaires au théâtre, cela peut constituer une initiation en douceur à cet auteur.

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