Romain Duris, le gendre idéal du cinéma français

Erwan Desbois | 29 janvier 2007
Erwan Desbois | 29 janvier 2007

Année après année (on pourrait presque dire mois après mois, vu le rythme auquel il enchaîne les films), la success story de Romain Duris au sein du cinéma français se poursuit sans fausse note. La dernière étape en date de celle-ci est le Molière de Laurent Tirard, qui ne restera sûrement pas dans les annales mais où Duris prouve une nouvelle fois que son talent d'acteur possède bien plus de facettes que celles mises en avant au cours des premières années.

 

 

Depuis deux ans et l'enchaînement de rôles à fleur de peau dans De battre mon coeur s'est arrêté (petit gangster macho et violent) et Dans Paris (grand frère dépressif après la rupture d'une longue relation amoureuse), l'image du Romain Duris adolescent tardif et bon copain tendance glandeur-charmeur s'estompe en effet à la vitesse grand V. Bien sûr, il y a eu Les poupées russes entre ces deux films pour montrer que cette période n'est pas complètement révolue, mais le changement n'en est pas moins radical. Il le fut d'ailleurs apparemment un peu trop pour les votants des Césars, qui refusèrent de le couronner meilleur acteur pour De battre mon coeur s'est arrêté - où il est dans chaque plan - tout en donnant par ailleurs huit statuettes au film. En même temps, on peut les comprendre les votants : difficile de donner une telle récompense à un acteur dont les principales références étaient avant cela le Xavier de L'auberge espagnole et le Tomasi du Péril jeune - sans compter une utilisation très peu conventionnelle d'un exemplaire des Cahiers du cinéma dans Dobermann.

 

Entré par hasard dans le métier d'acteur avec Le péril jeune et un casting sauvage dans la rue, Romain Duris a longtemps été bloqué dans des personnages comparables - le temps peut-être de mûrir lui-même, lui qui a toujours eu l'âge de ses rôles et ne s'était pas imaginé acteur avant de le devenir. Pourtant, dès ces premières armes transparaît une sorte de « flair » du cinéma, qui pousse Duris non seulement à collaborer avec des metteurs en scène talentueux mais aussi à leur rester fidèle. On a tous en tête les cinq films faits avec le complice des débuts Cédric Klapisch, mais Duris a également tourné trois fois avec Tony Gatlif et Olivier Dahan et deux fois avec Christophe Honoré et Raphaël Fetjö. Ces amitiés, il les a conservées même après l'énorme succès de L'auberge espagnole qui a fait de lui un acteur éminemment bankable, venant apporter son nom et son talent à des oeuvres fragiles comme Osmose de Fetjö ou Dans Paris de Honoré.

 

Arrivé au sommet via un parcours maîtrisé jusque dans ses prises de risques, Romain Duris jongle dorénavant avec aisance entre les différentes familles du cinéma français, qu'il fait toutes également briller. On chercherait un accroc qu'on n'en trouverait pas, tant l'homme est aussi à l'aise dans les grosses productions dont seul le clinquant reste dans les esprits (Arsène Lupin), les films d'auteur (Being light, de Jean-Marc Barr) ou encore les oeuvres à chemin entre les deux, où il se plie volontiers à l'exercice du second rôle (Adolphe de Benoît Jacquot, avec Isabelle Adjani). Cette tendance extrêmement favorable s'inversera peut-être un jour, mais a priori pas en 2007 où l'acteur a trois projets en cours, aussi variés qu'alléchants. Dans la catégorie « films d'auteur fauchés », le nouveau Fetjö, Âge d'homme ; comme grosse production, le nouveau Klapisch Paris et son casting all-stars (Dupontel, Binoche, Cluzet, Viard, Luchini…) ; et pour apporter une petite touche d'exotisme et de danger à l'ensemble, le polar Trois jours ailleurs, premier long-métrage du duo de scénaristes français de Hong Kong Julien Carbon et Laurent Courtiaud. Boulimique, Romain Duris ? Sûrement, mais pour l'instant on ne va pas s'en plaindre car il sait aussi se montrer fin gastronome.

 

 

               Cliquez ci-dessous et lisez notre entretien avec Romain Duris en 2005 :


 

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