Critique : El lobo

Par Louisa Amara
24 avril 2006
MAJ : 21 mai 2024
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Après Romanzo Criminale, qui explorait les heures sombres de l’Italie des années 70, El Lobo nous plonge dans l’Espagne de Franco, où les assassinats et attentats de l’ETA faisaient rage.
En gardant pour fil conducteur le destin d’un homme seul, El Lobo, le réalisateur Miguel Courtois rappelle tout le contexte historique, indispensable à la compréhension de ce mouvement : une économie vacillante sous le régime strict de Franco, souvent brimés les basques ne sont pas reconnus et subissent en silence les agressions policières. Certains se révoltent et créent bientôt Euskadi Ta Askatasuna, l’ETA, mouvement de libération, qui signifie pays basque et liberté. Bientôt les attentats se multiplient mettant en échec les autorités. Les services secrets tentent alors d’infiltrer l’organisation pour découvrir enfin l’identité des chefs et les éliminer. Il trouve le candidat parfait, nom de code : El Lobo (le loup).

Comme l’admet volontiers le producteur, Melchor Mirales : « Quand j’ai entendu cette histoire pour la première fois, et comme tous ceux qui connaissent la vie de « El lobo » en détail, j’ai pensé que cette histoire était un film en puissance. J’ai également souhaité produire El Lobo pour sa vitalité, l’histoire de cette vie et tous les éléments qui font, selon moi, un bon film, si l’on entend le cinéma comme un vrai spectacle ». Si le spectacle, à savoir l’action, le suspense, la tension, les manipulations sont bien évidemment le moteur du film et les ingrédients d’un film efficace, le réalisateur ne cache pas son ambition : faire d’El Lobo un « film populaire ayant la vocation de faire réfléchir ou d’éclairer certains aspects de l’histoire de l’Europe récente ». Il y réussit grâce à une réalisation énergique et très marquée seventies. Miguel Courtois s’inspire en effet directement de ces films cultes tels que Les 3 jours du condor, Les hommes du président, Bonnie and Clyde, ou ceux de Costa Gavras comme Z, L’aveu et État de siège.

Par les décors, les costumes, un véritable travail de recherches historiques, et par la volonté du réalisateur, lui même basque d’origine, le film devient crédible et prenant, à mesure que le héros monte dans la hiérarchie du groupe terroriste. Ce héros tourmenté, pris entre sa loyauté naturelle et son pacte avec le (les ?) Diable, ne doit compter que sur lui-même. Eduardo Noriega, acteur charismatique et physique donne toute sa puissance à ce rôle complexe. Entourés d’acteurs espagnols confirmés, il porte le film.

L’arrivée de Patrick Bruel après presque une heure, est savamment mise en scène. Sa voix reconnaissable entre toutes, même en espagnol, réussit à retranscrire le charme ambigu du leader basque, séduisant par ses paroles guerrières des militants pourtant pacifistes pour la plupart. À noter la belle présence de Mélanie Doutey, féline et manipulatrice, figure féministe n’hésitant pas à user et abuser de ses charmes pour servir sa cause.
Véritable succès en Espagne lors de sa sortie et récompensé par 5 nominations et 2 prix aux Goyas, El Lobo n’est pas exempt de défauts. Il aurait pu être allégé d’un bon quart d’heure. Mais il a le mérite de faire la lumière sur une période trouble tout en divertissant par un scénario intelligent et des acteurs au diapason.

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