L'Exorcisme d'Emily Rose : Critique

Louisa Amara | 5 décembre 2005
Louisa Amara | 5 décembre 2005

Très bonne surprise du box-office américain (30 millions de dollars dès le premier week-end) L'exorcisme d'Emily Rose a été confié aux bons soins d'un jeune scénariste, Scott Derrickson, plutôt spécialisé jusque là dans l'horreur série B (Urband legend 2, Dracula 2001). 

Il se fait remarquer pour son travail sur le scénario de Land of plenty de Wim Wenders, succès critique aux États-Unis et dans le monde. Pour sa première réalisation d'importance, (20 millions de dollars de budget) Derrickson a su s'entourer de professionnels fiables : des acteurs chevronnés, Tom Stern, le directeur photo attitré de Clint Eastwood depuis 2002, auréolé du succès de Million Dollar Baby, un compositeur spécialiste dans le genre, Christopher Young (Hellraiser, La Mutante). Mais non content d'avoir une solide équipe à ses côtés, le jeune réalisateur a su surtout apporter un traitement original à cette énième histoire d'exorcisme.

 

 

Depuis quelques années en effet, pas un mois ne passe sans que l'on ne ressorte des tiroirs, un film à succès pour en faire un remake. Si en plus les producteurs peuvent y ajouter la mention « inspirée d'une histoire vraie », ils pensent, à tort, assurer une crédibilité indéniable au film. Ici aussi le réalisateur use et abuse de ce stratagème en nous précisant plusieurs fois (dès le début et longuement à la fin) la réalité des faits qu'il entend retranscrire. Mais il est rassurant de voir qu'artistiquement, il a également été inspiré. C'est donc moins à un film d'horreur qu'à un thriller sous forme de film de procès auquel on assiste.

 

 

Grâce aux flash-backs et à l'histoire racontée par le père Moore, véritable fil conducteur du film (Tom Wilkinson, impeccable, comme d'habitude), la tension est maintenue deux heures durant. Le parti-pris étant de montrer avec objectivité et recul tous les points de vue, celui rationnel mais ouvert de l'agnostique avocate de la défense, le point de vue religieux du père Moore, médical des experts appelés à la barre, etc. Cette honnêteté vis à vis du spectateur est suffisamment rare pour être soulignée et saluée. Mais à mesure que la révélation finale approche, le réalisateur change brusquement de point de vue pour adopter une vision beaucoup moins objective qui confine à la propagande chrétienne. Une petite déception qui est compensée par la réussite des scènes les plus attendues du film : l'exorcisme d'Emily Rose. Rythmées, bien éclairées, effrayantes aussi (on n'atteint pas le niveau d'angoisse du film de Friedkin, mais ce n'était pas le but), elles justifient (avec le procès) la vision du film. On regrettera un peu les artifices habituels : musique inquiétante, grincements de portes, utilisés pour nous faire croire à l'omniprésence des forces obscures dans l'appartement de Laura Linney. Mais dans l'ensemble le film atteint ses objectifs haut la main.

 

 

L'exorcisme d'Emily Rose est porté par des acteurs habitués aux interprétations secondaires et ayant pour une fois des rôles déterminants, ce qui leur donne une énergie communicative : Laura Linney en tête, Campbell Scott, acteur de théâtre, que sa voix de stentor destinait aux plus beaux rôles d'orateur, parfait donc en procureur acharné. La jeune et nouvelle venue, Jennifer Carpenter qui interprète Emily Rose, est juste et impressionnante. Elle est l'un des atouts majeurs d'un film qui réussit un de ses paris : faire oublier les catastrophiques suites de L'Exorciste sorties récemment (version Harlin et Schrader). Rien que pour ça, merci !

 

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