X-Men 2 : critique remutée

Stéphane Argentin | 15 août 2005 - MAJ : 11/06/2019 01:35
Stéphane Argentin | 15 août 2005 - MAJ : 11/06/2019 01:35

« La mutation. C'est la clé de l'évolution ». Comics devenu culte (encore une création Stan Lee !), cette phrase qui ouvrait l'adaptation cinématographique du succès (critique et public) surprise X-Men en 2000 remit également au goût du jour la frénésie de transposition à l'écran des BD Marvel. La clé (entre autres) de cette réussite : un jeune cinéaste (sur)doué repéré dès son second long-métrage, le désormais célébrissime Usual suspects et confirmé avec Un élève doué (un titre prémonitoire pour son réalisateur). Le nom du coupable : Bryan Singer. Le délit : un immense respect du matériau d'origine associé à quelques menus mises à jour bienvenues (les combinaisons jaunes). Devant une telle réussite (surtout au niveau des caisses enregistreuses), un deuxième volet fut très rapidement mis en chantier avec la même équipe devant et derrière la caméra. Trois ans plus tard débarque donc sur les écrans cette suite tant attendue. Singer a-t-il tenu ses promesses : « Plus grand, meilleur, plus fort » ?

Environnement bio-cellulaire à la 3D bleu-métallisée , voix off, pas de doute, dès les premières images, l'univers de X-Men est bel et bien là, tout du moins tel que porté à l'écran trois ans auparavant. Prolongement de l'histoire, évolution, révolution ou bien retour au point de départ ? Les 130 minutes qui vont suivre le diront. Après ce prologue « organiquement » synthétique, la raison de (sur)vivre des mutants dans un futur indéterminé trouvait dans le premier chapitre un ancrage historique annonciateur des orientations résolument noires du film et par dessus tout des motivations du « Bad-mutant » de l'histoire : Magneto, victime dans son enfance de la déportation et des ghettos de la seconde guerre mondiale.

L'ouverture du deuxième volet se veut nettement plus démonstrative avec une scène de cache-cache dans un mélange ultra-détonnant de cascades, 3D et montage cut qui met d'entrée les points sur les « i » : en plus de les mettre dans la tronche du spectateur et des malheureux humains sur la route d'un petit nouveau dans la troupe. Cette entrée en matière (ou plutôt en absence de matière) est néanmoins faussement annonciatrice de ce qui nous attend, à savoir non pas bêtement une simple succession de scènes d'actions surenchérissant le premier X-Men.

 

photo, Hugh Jackman, Halle Berry, Patrick Stewart

 

Avec X-Men 2, point de cette facilité d'exploitation d'une franchise solidement amorcée. Bien au contraire. Cette suite pourrait même (à la rigueur) être comparée à une autre réussite en la matière : Batman et sa séquelle Batman, le défi où l'approfondissement des personnages accompagné d'une montée en puissance de la noirceur du film constituait la cheville ouvrière du récit (avec comble de tout, le personnage du pingouin plus développé que celui du héros). Une montée par ailleurs obligatoire (?) puisque traitant de personnages différents donc torturés (moralement et/ou physiquement) et en proie aux doutes.

 

photo, Hugh Jackman

 

Les personnages, en l'occurrence les mutants, vont donc incontestablement occuper le devant de la scène dans X-Men 2. Petit souci, avec une telle prolifération de mutants à l'horizon, tous n'auront pas droit à la même ration. Entre les anciens : le Professeur Xavier (Patrick Stewart), Wolverine (Hugh Jackman), Magneto (Ian McKellen), Tornade (Halle Berry), Jean Grey (Famke Janssen), Cyclope (James Marsden), Mystique (Rebecca Romijn-Stamos), Malicia (Anna Paquin), Iceberg (Shawn Ashmore) et les nouveaux : Diablo (Alan Cumming), Deathstrike (Kelly Hu), Pyro (Aaron Stanford), Colossus (Daniel Cudmore), Syrin (Shauna Kain), Kitty Pride (Katie Stuart), Jones (Connor Widdows) sans oublier bien sûr l'humain de l'histoire : le colonel Stryker (Brian Cox), ce ne sont pas moins de 17 personnages en tout dont 7 nouveaux mutants qu'il va falloir caser, soit un véritable casse-tête scénaristique pour donner un petit bout de place à chacun. Autant le dire tout de suite, certains d'entre eux n'en ressortiront pas indemnes et sont même carrément à la limite du caméo : c'est ainsi qu'on ne découvrira rien de plus que ce que les bandes-annonces nous en avaient dévoilé à propos de Colossus (qui porte bien son nom par la mutation de sa chair en acier organique), Syrin (briseuse de tympans par ses cris stridents), Kitty Pride (une passe-murailles) et Jones (plus besoin de télécommande pour changer les chaînes de télévision).

 

photo, Rebecca Romijn, Ian McKellen, Halle Berry, Hugh Jackman

 

Le « non-génétiquement modifié », i.e. l'humain de l'histoire soit le colonel Stryker (Brian Cox convaincant dans son rôle revanchard), se voit affublé de rancoeurs particulièrement motivées et compréhensibles à l'encontre des X-Men et directement liées de cause à effet au Professeur Xavier et à Wolverine. Un Professeur et son alter-ego Magneto par ailleurs en retrait alors qu'ils occupent (occupaient) pourtant les rôles de leader au sein des mutants. Magneto fera néanmoins un (petit) effort en nous offrant une évasion d'une grandeur (inventive et visuelle) rarement atteinte au cinéma. En revanche, l'homme aux griffes d'Adamantium se voit incontestablement attribué le 1er rôle de l'histoire. Le voile de ses origines est à présent entièrement levé (même si des indices dans le 1er volet permettaient de les deviner) et X-Men 2 profite de cette nouvelle donnée pour assumer totalement la part de brutalité du personnage lors du « tailladage » des forces spéciales partant à l'assaut du manoir ou bien encore la férocité de l'affrontement avec Deathstrike, pendent féminin de Wolverine.

 

Photo Famke Janssen

 

Les deux autres petits nouveaux de l'histoire, Deathstrike (une très mystérieuse et bien obéissante Kelly Hu) et Diablo (Alan Cumming très humble dans un rôle de miséreux), sont sans l'ombre d'un doute la plus grande frustration de X-Men 2 tant le potentiel exploitable derrière les apparences semble gâché : le regard bleu perçant (bonjour les lentilles de contact !) de Deathstrike mais surtout le look démoniaque de Diablo rappelant inévitablement un certain Darth Maul. Un Diablo qui sert par ailleurs de prétexte à l'introduction d'une nouvelle composante dans l'univers des X-Men : la religion. Le paradoxe peut surprendre mais c'est pourtant bel et bien par l'intermédiaire de ce personnage à l'apparence diabolique que les notions de foi, de croyance et de repenti font leur apparition dans X-Men 2, notions dont la représentation visuelle culminera au cours d'un final très « Moïsien ».

 

Photo

 

Les autres composantes primaires déjà entraperçues en filigranes dans X-Men auxquels vient s'ajouter cette nouvelle « couche » sont à présent clairement affichées : rejet, acceptation de soit et de la différence d'autrui avec comme parallèle assumé, l'Holocauste et le génocide juif de la seconde guerre mondiale, une période de l'Histoire décidément très marquante et marquée chez Singer qui, en 1998, s'y aventurait déjà avec le très dérangeant mais néanmoins très réussi Un élève doué (avec déjà Ian McKellen mais de l'autre côté du grillage cette fois). Qu'elles soient métaphoriques ou transposées à notre époque (génocide à l'échelle planétaire, famille dénonçant sa propre chaire), ou plus maladroitement exprimées (« As-tu essayé de ne pas être un mutant ? » déclare une mère à son fils désireux de se voir accepter tel qu'il est par sa propre famille), de telles allusions émaillent constamment le fil du récit, chargeant davantage en sens ce X-Men 2 au- delà de simples apparences blockbusteriennes.

 

Photo Hugh Jackman

 

De tels obstacles et de tels choix, chacun y sera confronté à un moment ou à un autre. Mais, pour en revenir aux autres précisément, si la frustration n'est pas aussi grande que pour Deathstrike et Diablo, force est de constater des présences scéniques par trop restreintes. Jouant les filles de l'air, Tornade (Halle Berry forcément à l'étroit dans un rôle bien loin de la richesse de celui qui lui valut son Oscar dans À l'ombre de la haine) part faire un petit tour en X-Jet et a tout juste le (mauvais) temps de nous gratifier d'une mémorable bien que trop brève séquence de « Firefox rencontre Twister ». Cyclope voit rouge alors que Wolverine continue de tourner autour de sa « meuf » et en profite pour exploser non plus une gare ferroviaire mais rien moins qu'un barrage hydroélectrique. Côté « feux de l'amour » justement et pour en revenir aux petits jeunots de l'histoire : Pyro attiré par le côté obscure de la force nous fait sa petite crise d'ado à coup d'explosion de voitures de police (c'est Magneto qui va pas être content si on lui pique sa scène du premier X-Men !) tandis que dans le même temps, les roucoulades de Malicia et Iceberg sont (jeunesse oblige ?) empruntes d'une certaine naïveté. Seule Jean Grey, troisième sommet du triangle amoureux composé par Cyclope et Wolverine, se voit offrir un lourd fardeau sur les épaules et un choix (sentimental mais aussi décisif) bien délicat.

 

Photo Shawn Ashmore

 

Dans les rangs des « moins gentils » devenu « plus gentils » (par la force des choses) et étant donné la disparition de Dents-de-Sabre et de Crapaud, seule Mystique répond présente à l'appel. Son personnage caméléonesque se voit à son tour attribuer quelques scènes clés. C'est ainsi que ses dons de polymorphisme intrusif donneront l'avantage aux X-Men à deux reprises tandis que le réalisateur ne se privera pas d'exploiter les nombreux atouts physiques de la somptueuse Rebecca Romijn-Stamos dans un mémorable plan en contre-plongée de croisement / décroisement de jambes digne de Basic instinct. La belle comblera par ailleurs tous les fantasmes masculins au cours d'une non moins mémorable scène de tente : blonde, brune, rousse… ? Cette séquence, plaisante au demeurant, se verra toutefois contre-balancée quelques minutes plus tard par une autre à la gravité diamétralement opposée entre cette même Mystique et Diablo où ce dernier lui demande pourquoi elle ne reste pas en permanence sous une apparence humaine et non mutante puisqu'elle peut se transformer à loisir. La réponse sera tout aussi sèche et chargée de sens que la question.

 

Photo Famke Janssen

 

Cette alternance gravité / légèreté, Singer l'exploite par ailleurs dans un savant dosage, soulageant ça et là le récit de son lourd fardeau sur l'intolérance et la différence en utilisant les dons surnaturels des mutants à bon escient. En effet, que serait un véritable X-Men sans ses super-pouvoirs ? Et si la belle caméléonne nous délestera d'un agréable sourire au cours des deux séquences précitées avec au passage un bien joli clin d'oeil à Terminator-Schwarzy lors de sa conversation avec Diablo, de telles scènes, les scénaristes en ont finement saupoudré tout le film en en attribuant à chacun.

 Dans un esprit plus beauf (mais néanmoins toujours au service de l'histoire), les séquences plus visuelles sont également de la partie avec des affrontements minutieusement chorégraphiés (Brian Smrz comme directeur de seconde équipe, déjà à l'oeuvre dernièrement sur les cascades de Minority Report) ou synthétisés (en 3D). Un petit reproche toutefois à propos de ces actions qui se révèlent plus découpées que pour le premier X-Men (exit les plans ultra-léchés et posés tel celui de Wolverine effectuant un 360° au sommet de la Statue de la Liberté). Un montage (scénaristique et pas forcément technique) qui a par ailleurs quelques difficultés à relier par endroits toutes les histoires parallèles. En effet, afin de mieux (tenter de) traiter individuellement le parcours (initiatique) de chacun, le récit fait le choix (certes louable et compréhensible mais également risqué) de disperser géographiquement les individus. Le lien de l'un à l'autre devient alors d'autant plus hasardeux qu'il y a d'itinéraires parallèles, même si, dans l'ensemble, les transitions ont lieu plutôt naturellement, parfois grâce au talent du monteur attitré de Singer : John Ottman (cf. la transition avec la porte marquée d'un « X »).

 

Photo Rebecca Romijn

 

 « X-Men était tout juste… une bande-annonce de X-Men 2 » déclarait Bryan Singer à l'issu du tournage du second volet. Une fois le dernier plan ombrageux et mystérieux du film achevé, une chose est sûre : le mutant de l'histoire c'est lui, Bryan Singer (le réalisateur ne connaissait rien ou presque des comics avant de s'attaquer à leur adaptation). Son X2 étoffe et intensifie les concepts de son prédécesseur : acceptation de soit et des autres, choix personnels… le tout dans un prolongement naturel (que certains qualifieront de vulgaire redite) pas toujours infaillible (certaines longueurs et maladresses, notamment narratives) mais assurément réussi et dans tous les cas conforme à l'esprit du matériau d'origine. Plus fort encore, Singer réussit l'osmose (presque) parfaite entre gravité, petites touches humoristiques et super pouvoirs des X-Men (effets spéciaux au service de l'histoire et non l'inverse). La multiplication des personnages occasionne nécessairement des choix de traitement qui ne seront pas forcément du goût de tous. Qu'importe, les laissés pour compte ce sera pour X3… dans 3 ans.

 

Image 112476

 

Résumé

Autre avis Geoffrey Crété
Le premier X-Men n'était une répétition pour ce X-Men 2, grande aventure profondément ancrée dans l'humanité des héros aux multiples visages. Et si le spectacle est loin d'être aussi fou et sensationnel que d'autres super-héros, le film se rattrape avec les enjeux très maîtrisés.

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire