Kingdom of heaven : critique

Vincent Julé | 21 avril 2005 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Vincent Julé | 21 avril 2005 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Kingdom of Heaven est une déception, sans pour autant être une frustration. Depuis l'adoubement de Gladiator du même Ridley Scott en l'an 2000 (près de 5 millions d'entrées en France), le péplum avait de grandes espérances. Non pas que le genre redevenait à la mode, mais plutôt qu'il s'était modernisé en intégrant et digérant les recettes de « l'entertainment » hollywoodien : une figure centrale héroïque mais humaine, une histoire d'amour impossible, une reconstitution grandeur nature et surtout des batailles à couper le souffle.

Troie de Wolfang Petersen resservit la recette, mais sans saveur, surtout qu'avec la trilogie du Seigneur des anneaux, l'épique venait de trouver un nouveau souffle. Le cas Alexandre (bien que singulier), et son échec commercial retentissant, semblait marquer un coup d'arrêt. Quelques mois plus tard, le retour de Ridley Scott à la fresque historique se fait donc plus discret. Le désintérêt prend lentement le dessus sur l'appréhension et le doute. Un tel projet sur les croisades avait pourtant de quoi en faire saliver plus d'un, surtout ceux (qui a dit Laurent Pécha ?) qui rêvent encore la nuit d'une version mise en scène par Paul Verhoeven avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle titre.

 

photo, Orlando Bloom

 

Ils devront pour l'instant se contenter d'un Orlando Bloom. Choix à priori curieux, voire casse-gueule, sauf qu'il se révèle judicieux et en accord avec le propos du réalisateur. Point de corps à corps, de batailles rangées (non, ne partez pas !) ou autre débauche visuelle. Ridley Scott s'est donné pour objectif de dépeindre le chemin de croix intérieur d'un simple forgeron ayant perdu la foi. Les croisades en elles-mêmes ne sont qu'un prétexte remis au goût du jour – aucune vérité historique à tirer de ce côté-là. Et force est de constater que le lisse Orlando Bloom reste la plupart du temps juste ce qu'il faut de crédible dans son rôle de non-croyant (en la religion, en la guerre), si toutefois il veut bien ne pas parler. Car dès qu'il prend la parole pour motiver ses troupes, il rappelle plus volontiers la chiffe molle qu'il campait dans Troie, qu'un Colin Farrell possédé par Alexandre le Grand.

 

photo, Eva Green

 

La faute aussi à des dialogues théâtraux, pesants et parfois nébuleux. Les personnages secondaires s'expriment constamment par apocryphes, et peinent ainsi à revêtir une réelle consistance. C'est d'autant plus dommageable qu'avec la présence de Liam Neeson, Jeremy Irons, Brendan Gleeson (déjà dans Troie) et le méconnu mais terrible Marton Csokas (xXx, La Mort dans la peau, Le Seigneur des anneaux) au générique, le film livre une sacré galerie de portraits. Malgré ses 2h25, il manque bien une demi-heure pour développer et emmêler toutes ses destinées (la version longue déjà annoncée pour la sortie DVD comblera on l'espère ces lacunes). La première à en pâtir est Eva Green (Innocents, Arsène Lupin), qui est réduite à faire de longues œillades une fois qu'elle a vu Orlando Bloom tout nu (attention mesdemoiselles, vous ne verrez qu'un torse nu, et qu'une seule fois).

 

photo

 

Ses réels défauts ne peuvent pourtant complètement gâcher le sens inné de Ridley Scott pour la narration et le rythme. L'ennui ne pointe que rarement le bout de son nez, et ce bien qu'il ne se passe presque quasiment rien à l'écran. À la fois un paradoxe et un tour de force. Par exemple, alors que les Croisés et les Sarrasins se préparent pour ce que tout désigne comme le premier morceau de bravoure, le réalisateur fait une courte pause en revenant sur le fort encerclé, qui se révèle être au final une merveilleuse ellipse, puisque tous les Croisés sont morts au plan suivant. Une sacrée surprise, osée, qui s'avère logique tant le récit garde sa fluidité. Le pari aurait été réussi, si le discours sous-jacent sur la religion et ses extrémismes était moins faisandé. Il a le mérite de replacer l'homme au centre des débats et des combats, et surtout d'exister dans un film de cette envergure, dans la situation géopolitique que l'on connaît. Mais le porteur de ce message agit parfois avec une intégrité si ferme qu'il en devient douteux à son tour.

 

Affiche

Résumé

La conséquence directe – et c'est triste à dire – est que malgré tout le savoir-faire de son auteur, ainsi qu'une superbe photographie et des incrustations numériques bluffantes, ce Kingdom of Heaven se révèle tout simplement anecdotique.

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