Films

Firestarter : critique dracofion

Par Simon Riaux
21 janvier 2023
MAJ : 24 janvier 2023

Firestarterla nouvelle adaptation de Charlie, roman à succès de Stephen King, surpassera-t-elle le modeste incendie engendré par la précédente version ? Rien n’est moins sûr, à en juger par son gadin américain au box-office, qui conclut des années de production chaotique malgré la présence de Jason Blum à la production, Keith Thomas à la réalisation et Zac Efron au casting.

Firestarter : Affiche officielle

ALLUMER LE VIEUX

Si la génération qui l’a découvert au cinéma ou en VHS nourrit parfois une tendresse véritable pour la précédente version, datant de 1984, le Firestarter nouvelle génération bénéficiait d’un boulevard pour réimaginer le roman de King. L’importance accordée par l’Américain aux conséquences d’essais pharmaceutiques douteux, la dissimulation de la vérité par des institutions loin d’être bien intentionnées ou tout simplement la grammaire mythologique des super-héros sont autant d’éléments féconds qui traversent la culture populaire contemporaine.

Autant dire que l’annonce du projet, qui remonte à 2017, était loin d’être absurde, tandis que la crise sanitaire n’a fait que renforcer la pertinence de plusieurs de ses thématiques.

 

Firestarter : photoUn affront pour Zac

 

Mais si le film arrive à l’heure, le malheureux n’est pas cuit à point. Franchement carbonisé, le résultat a tout du projet laissé bien trop longtemps au four pour ne pas s’être transformé en vieille semelle aux antipodes de ses intentions originelles. Et pour cause, annoncé en 2017, il devait être initialement réalisé par Akiva Goldsman, avant que le projet ne soit réécrit pour Fatih Akin par Scott Teems. Las, le duo ne parviendra pas à ses fins, et le projet est revenu finalement à Keith Thomas, remarqué, à juste titre pour son premier long-métrage intitulé The Vigil. Une pandémie et une quasi-paralysie de l’industrie plus tard, et ce départ de feu ne pourra entamer son tournage qu’au printemps 2021.

Les divers essorages du scénario auront-ils eu raison de la cohérence du tout ? Les changements successifs de capitaine ont-ils été synonymes d’absence de cap, ou la production économiquement serrée de Jason Blum, chef d’orchestre de Blumhouse, ici associé à Universal, aura-t-elle privé Firestarter d’un budget à la hauteur de ses ambitions ? Le cinéaste aux commandes fut-il dépassé par un projet au-dessus de ses capacités ou dont il n’obtint jamais vraiment les clefs ? Nul ne le sait, et peut-être les failles originelles de cette crémation radicale relèvent-elles de tous ces facteurs, mais une chose est sûre, ce bûcher vaniteux ne devrait pas rester dans les mémoires.

 

Firestarter : photo, Ryan Kiera ArmstrongComme un ouragan

 

FLAMME DES ANNÉES 80

Avec 94 minutes au compteur, générique compris, l’intrigue n’a tout bonnement jamais le temps de trouver son rythme ou d’embrasser l’ampleur de l’histoire imaginée par Stephen King il y a plus de 40 ans. Point de sentiment d’urgence ici, malgré la course qu’on nous présente comme effrénée de deux parents pour protéger leur fille, seulement un remplissage artificiel, précipité, incapable d’inoculer un semblant de stress à sa course poursuite centrale. La narration y est à ce point comprimée qu’un pan entier de la mythologie – les fameux essais du lot 6 et la relation naissante entre Andrew et Vicky – est relégué à un hideux montage syncopé superposé au générique.

Il en va à peu près de même pour tous les grands axes du roman (dont un bon tiers a purement et simplement disparu), ce qui contraint les comédiens à une forme de sous-jeu embarrassant, personne n’ayant jamais l’espace nécessaire pour donner un peu de chair à la silhouette qu’il interprète. Le constat est encore plus cruel avec ce malheureux Zac Efron, dont la ganache de plancton passé à la disqueuse s’accorde mal avec l’écriture d’un père de famille aux abois. Et ce n’est pas le tic malvenu consistant à le décadrer copieusement, ou à jongler lourdement avec la profondeur de cham ou les focales qui pourront masquer sa piètre performance.

 

Firestarter : photoNytroGleecérine

 

Mais hélas, celui qui semble le plus à blâmer demeure le metteur en scène lui-même, presque toujours incapable de trouver l’angle à adopter pour insuffler un peu de vie à l’action. Que ses pantins de personnages palabrent, que Charlie transforme ses semblables en brochette ou que débarquent des paramilitaires en combinaison thermique, la rigidité de chaque mouvement, la pauvreté dramaturgique de l’intégralité des séquences, ne cessent de sidérer. Enfin, on ne comprend pas pourquoi Firestarter s’autorise lors de son climax une trahison majeure… amputée par l’ensemble des choix narratifs qui l’ont précédé.

En effet, le rôle de Rainbird a été largement réécrit, de manière à transformer radicalement le sens de ses actions, ainsi que la conclusion de la quête calorifère de Charlie. Pourquoi pas, mais le personnage ayant été désossé pour ne plus servir que de pisteur brutal, en lieu et place du fin psychologue, à l’approche aussi retorse que ses intensions s’avéraient obsessionnelles, le twist terminal s’avère non seulement absurde, mais presque contreproductif. Autant d’écueils que le long-métrage se prend de plein fouet, et qui laissent le spectateur à sang, plutôt qu’à feu.

 

Firestarter : Affiche officielle

Rédacteurs :
Résumé

Si fumer fait tousser, brûler fait cracher, tant on peine à sauver quoi que ce soit de ce récit précipité, grossier, stéréotypé et jamais prenant, qui carbonise jusqu'à ses rares bonnes idées.

Tout savoir sur Firestarter
Vous aimerez aussi
Commentaires
13 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Davwil

Euh c’est quand que vient l’action dans le film

Ginger kid

Excellentissime, vivement la suite 🙂

Ray Peterson

Quelle déception. 1h34 de vide. Ressenti aucune émotion. Et pourtant je trouve que le bouquin est un superbe terrain de jeu pour une adaptation cinématographique. Même la zique de Carpenter sent le réchauffé. A part le bouquin, limite autant revoir la 1ère version qui comme dit plus bas n’était pas non plus une pluie à oscars. Reste le formidable George C. Scott toujours mieux que l’affreux Zack Efron et Drew Barrymore bien plus charismatique que cette nouvelle Charlie. Pis bon Mark L. Lester a fait Commando alors on va lui pardonner.

evaman10

Ce film est effroyable. D’accord en tous points avec la critique.

Quick strarter pack

Vous êtes dur comme même non flageleur mental !

Flash

Déjà que l’original n’était pas mémorable.

Kyle Reese

On peut pas dire que c’est un roman compliqué à adapter vu la simplicité de sa trame. Quel gâchis.
Allez, pas la peine de regarder, je m’en vais attaquer la 3 eme nouvelles de son recueil Si sa saigne, dont 2 histoires sont déjà en train d’être adapté il me semble, j’espère pour le meilleur …. Mais ça c’est pas gagné !

MakihaRage

Fan de l’œuvre originale de king, ce film m’a fait pleurer des larmes de sang. Plein d’incohérences, jeu médiocre, j’en ai perdu le sommeil. Fuyez pauvres fous comme dirait l’autre….

Domo

Voisin du dessous >

Quel est l’intérêt de ton commentaire à part de montrer à tous que t’es un gros frustré ?

Je m’interroge.

Leviathan75

Vu la grossièreté du titre je me suis dit que ce devait être une critique de Riaux.
Je ne me suis pas trompé.
Je passe.