Doctor Strange in the Multiverse of Madness : critique d'un Marvel Raiminiscent

Antoine Desrues | 3 mai 2022 - MAJ : 04/05/2022 01:24
Antoine Desrues | 3 mai 2022 - MAJ : 04/05/2022 01:24

À sa sortie en 2016, Doctor Strange avait fait figure de petit vent de fraîcheur dans le monde déjà bien étendu du Marvel Cinematic Universe. Depuis, le Maître des Arts Mystiques incarné par Benedict Cumberbatch a fait du chemin au sein des Avengers, et promet d’être la clé de voûte des plans de Kevin Feige, tournés vers le Multivers. Avec l’illustre Sam Raimi à la barre de ses nouvelles aventures solo, que vaut ce Doctor Strange in the Multiverse of Madness ?

L'antre de la folie (modérée)

Traitez-nous de blasés ou de cyniques, mais avec le temps, on a appris à se méfier de Marvel, de la fabrication taylorisée de ses productions et de sa logorrhée marketing. Dès les premières annonces de Doctor Strange in the Multiverse of Madness, il était difficile de prendre au sérieux les propos naïfs du réalisateur Scott Derrickson qui affirmait préparer le premier "Marvel horrifique". Sans grande surprise, le réalisateur de Sinister a fini par quitter le navire pour différends artistiques avec le grand manitou Kevin Feige.

De là semblait résider un aveu d’échec définitif, enterrant toute possibilité de voir le MCU sortir de ses gonds lisses et très PG-13. Pourtant, Marvel s’est tout de même obstiné dans l’idée d’un Doctor Strange 2 différent de la norme, surtout au moment où le grand Sam Raimi a été choisi pour remplacer Derrickson. Le génie derrière Evil Dead et les premiers Spider-Man allait-il sauver l’entreprise, ou sera-t-il le dernier clou dans le cercueil d’un cinéma hollywoodien bien décidé à tuer les auteurs de blockbusters ?

 

Doctor Strange in the Multiverse of Madness : photo, Benedict CumberbatchWhat if...

 

À notre grand étonnement, la réponse est à nuancer entre ces deux extrêmes. Qu’on s’entende bien, Doctor Strange 2 n’est pas à proprement parler un film de Sam Raimi. Le cinéaste accepte ici de répondre aux désidératas d’une commande engoncée dans son univers étendu foisonnant, et pour lequel il affiche clairement peu d’intérêt. Alors que la jeune America Chavez (Xochitl Gomez) peut voyager entre les dimensions, elle fait appel à Stephen Strange pour fuir la menace qui désire accaparer son pouvoir.

Simple, carré, efficace : l’introduction du long-métrage a le mérite de ne pas tergiverser autour de son concept, même si ses allures de course-poursuite rutilante laissent peu de place au développement des protagonistes. Certes, Raimi arbore une confiance indéfectible envers ses comédiens (surtout Elizabeth Olsen, qui vole la vedette pour son retour en Wanda Maximoff), mais ces derniers se reposent beaucoup (trop ?) sur les acquis des opus précédents.

 

Doctor Strange in the Multiverse of Madness : photo, Benedict Cumberbatch, Benedict Wong"Bon, on passe à l'exposition rapidement ?"

 

Raimysterio

Comme la plupart des productions Marvel d’ailleurs, les intentions de Doctor Strange 2 ne peuvent pas complètement éviter un mur, celui d’une expansion toujours plus spectaculaire des limites de son monde, qui en vient paradoxalement à réduire son échelle vouée à ne graviter qu’autour d’une poignée de personnages. Passé le vertige bienvenu d’une séquence virevoltante où sont esquissées de nombreuses dimensions, le film se complaît dans un nombre très réduit de décors qui servent avant tout de portail vers du fan-service qui ne s’impose plus aucune limite.

Néanmoins, avec autant de pièges qui pourraient ne faire du film qu’une suite de vignettes déconnectées et chiantes comme la mort, In the Multiverse of Madness s’impose comme une bien belle surprise, cohérente et solide comme une série B qui foncerait à 200 à l’heure. Sam Raimi s’est toujours présenté comme un amoureux des comics, et son savoir-faire dans leurs adaptations s’accorde ici avec l’humilité de son approche.

Après tout, si chaque page de bande-dessinée oblige le lecteur à recomposer un mouvement narratif global par l’agencement de plusieurs images fixes, Doctor Strange 2 prend justement la forme d’une fuite en avant, d’un geste de cinéma qui évite le surplace trop fréquent d’une franchise perdue dans ses propres clins d’œil. Bien entendu, le cinéaste ne peut pas se défaire de certaines contraintes, mais il a la chance que le scénario de Michael Waldron aille dans son sens.

 

Doctor Strange in the Multiverse of Madness : Photo Elizabeth OlsenLa star du film (as always)

 

Tandis que le Multivers ouvre une nouvelle fenêtre des possibles, Raimi en profite pour ramener le mythe super-héroïque à sa reproductibilité, et donc au fait qu’il n’est plus si unique que cela. Avec une certaine cruauté qu’il affiche avec un sourire satisfait, le film s’amuse avec la mortalité de ses corps surhumains, ce qui sonne presque comme une révolution pour une marque qui a plongé ses icônes dans une stase cinématographique.

Mais au-delà de ce petit jeu de massacre bien senti (difficile d’entrer dans les détails sans spoiler massivement certaines surprises), le long-métrage parvient à faire exister son réalisateur dans l’équation. Bien entendu, les fans hardcore de Sam Raimi trouveront le style si reconnaissable du cinéaste dilué comme un bon sirop gâché, mais la fadeur habituelle du MCU se montre sacrément relevée par cette saveur ajoutée.

 

Doctor Strange in the Multiverse of Madness : Photo Benedict CumberbatchUne scène malheureusement trop courte

 

Résurrection de l'auteur ?

D’aucuns jugeraient cet enthousiasme à l’aune d’un nivellement par le bas auquel nous a habitués Marvel depuis tant d’années. Pourtant, au-delà des vingt premières minutes de film où l’on prend peur face aux travellings foufous et à une énucléation qui semblent se suffire à eux-mêmes, Doctor Strange 2 évite la simple galerie d’effets caricaturaux. Mieux encore, il réussit à quelque peu investir la fibre horrifique qu’il a toujours survendue. L’ensemble fonctionne principalement grâce au twist qui constitue le cœur émotionnel du film, et qui donne à l’antagoniste un véritable moteur qui permet au récit de toujours progresser.

À ce moment-là, les vistas un peu plus dépaysantes d’un Multivers décrépi font leur petit effet, et confirment la force pénétrante de la caméra de Sam Raimi, toujours prête à s’extirper de ses limites physiques pour chercher des plans nouveaux. Grâce à un scénario qui s’amuse avec de vieux grimoires et des doppelgängers à posséder, on retrouve les travellings démoniaques d’Evil Dead, quelques raccords dans l’axe efficaces, et les fameux plans débullés du réalisateur qui construit autour de quelques séquences clés un suspense insoupçonné.

 

Doctor Strange in the Multiverse of Madness : photo, Elizabeth OlsenTrauma, le retour de la revanche

 

Si la plupart de ces scènes sont rarement poussées jusqu’au bout de leur logique, on ne saurait enlever la maestria d’un artisan de l’horreur, capable d’utiliser les super-pouvoirs de ses héros comme il exploitait par le passé ceux de ses démons. Dans les élans d’un cinéma marvellien de plus en plus détaché du physique pour embrasser le numérique, Raimi s’approprie cette (anti-)matière, parfois au détour de quelques plans habiles, comme lorsqu’un personnage cherche à s’extraire d’une prison par le moindre reflet.

D’idée en idée, de péripétie en péripétie, In the Multiverse of Madness renvoie Marvel à un sens du ludique qu’on peinait à retrouver depuis de trop nombreuses années (on pense en particulier à un combat "musical" aussi rigolo qu'original). Nul doute que la réussite de cette entreprise tient en grande partie à la façon dont Sam Raimi tient la barre de cette aventure resserrée sur deux petites heures. Tout n’est pas réussi, mais le cinéaste de la trilogie Spider-Man prouve malgré tout que Marvel peut encore offrir des films portés par un minimum de vision. Encore faudrait-il que les réalisateurs embauchés ne l’abandonnent pas en cours de route.

 

Doctor Strange in the Multiverse of Madness : Affiche US

Résumé

Alors qu'on n'attendait plus grand-chose du MCU, Doctor Strange in the Multiverse of Madness parvient à surprendre. Sam Raimi n'est pas en pleine possession de ses moyens, mais il résiste face à la machine, et signe le volet de la saga le plus fun et inspiré depuis très longtemps.

Autre avis Alexandre Janowiak
Doctor Strange In The Multiverse Of Madness n'est pas totalement abouti et subit beaucoup son montage alterné poussif. Heureusement, Sam Raimi s'amuse et parvient à y insuffler un peu de son identité, un certain sens du rythme et quelques moments horrifiques inédits pour un film du MCU, bien aidé par l'incroyable Elizabeth Olsen.
Autre avis Mathieu Jaborska
La créativité de Sam Raimi est réduite à de simples gimmicks racoleurs, alors qu'elle aurait dû s'épanouir dans cette longue hallucination sans queue ni tête. Le système Marvel traite les trouvailles de sa filmographie comme de vulgaires caméos insipides. Reste un épisode de Rick et Morty trop long, traversé de rares fulgurances.
Autre avis Simon Riaux
Comme on exhibait autrefois breloques et bibelots dans les cabinets de curiosité, Marvel frictionne la dépouille de Sam Raimi en espérant amadouer le spectateur. En résulte un train fantôme criard, dont le tempo soutenu et les nombreuses influences font oublier la laideur et les errances de montage.
Autre avis Geoffrey Crété
Doctor Strange 2, c'est des miettes de bonnes idées et de Sam Raimi dans un multibordel qui déborde de tous les côtés. Victoire par cœur et chaos d'Elizabeth Olsen/Wanda, qui surnage dans ce tourbillon joyeusement bancal.
Autre avis Arnold Petit
Agaçant et réjouissant à la fois, Doctor Strange in the Multiverse of Madness se laisse apprécier pour Elizabeth Olsen et les fulgurances que Sam Raimi peut se permettre entre deux scènes, mais ne fait pas oublier son scénario bancal, ses dialogues foireux, ses caméos inutiles et le fait qu'il reste un produit aseptisé de l'usine de Marvel Studios.
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Lecteurs

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commentaires
Charles Xavier
28/06/2022 à 12:01

Début de film intéressant mais on se perd vite avec le multivers
Ce film aurait pu être mieux
Le multivers n a pas été bien géré comparé à spider man no way home
J espère au moins que Thor love ans thunder et black panthere wakanda forever seront bien

Ozymandias
27/06/2022 à 10:18

Vu hier soir, j'ai trouvé ça vraiment sympa et fun. Un peu cliché par moment, comme d'hab. Mais de bonnes idées de mises en scène de temps en temps. Ça faisait un moment que je ne m'étais pas amusé devant un Marvel.

Kyle Reese
23/06/2022 à 01:10

Alors c'est plutôt beau avec une mise en scène très dynamique accompagnée tout du long d'une musique omniprésente assez inspiré mais ... bah je me suis ennuyé ! limite endormi..

Malgré une Elizabeth Olsen vraiment excellente, elle a un jeu très nuancé, une grande actrice, malgré un cast concerné, Cumberbatch est bien meilleurs que dans NWH, à moins que ce ne soit l'écriture du personnage (à oui c'est bien ça), les images sont belles mais que c'est long pour arriver là ou ça doit arriver. Une fois les enjeux posés ça fait du surplace avec beaucoup trop de combats d'effets de magie, de morts dont on se fiche car l'histoire s'en fiche etc. Et encore l’éternel gimmick du "j'ai besoin de ton pouvoir pour arriver à mes fins". Il y a pourtant des trucs très sympa comme la traversé des multivers mais ça ne dure pas suffisamment, et le Zombie Strange. Alors Raimi s'éclate à faire du Raimi, un peu light mais quand même, mais cette histoire traine en longueur.

Le film aurait du durer moins longtemps et se concentrer encore plus sur la torture que subit Wanda, véritable jouet du destin. Olsen joue super bien mais je n'ai pas ressentie l'empathie que son personnage méritait de recevoir faute peut être de moment plus calme, plus intime.

Du coup ça m'a laissé froid, j'ai regardé ça de façon totalement distancé sans le vouloir et c'est bien dommage. Et toute cette magie prétexte à toujours plus d'effets inutiles qui s'accumulent encore et encore et qui ne veulent plus rien dire. Dans cette histoire ce n'est pas ça qui était intéressant, c'était l'esprit torturé de Wanda, son dilemme qui est à peine développé. ça va trop vite au début et ça s'éternise pour arriver à la conclusion qui s'imposait.

Trop d'effets tu l'effet, trop de décors en CGI, trop de plans pour une histoire au final très simple qui aurait pu être bouleversante tourné d'une autre manière, plus grave, plus sombre, moins coloré.
Bref je crois même avoir préféré le premier Dr Strange du coup pour sa fraicheur, et je trouve par ex les Eternels bien plus fort, niveau émotions entre autres..
Néanmoins un très bon point au niveau du dosage d'humour que j'ai trouvé très équilibré.

Sinon il va de soit qu'on est très au dessus d'un No Way Home à tout niveau.
Peut être le reverrais après avoir regardé Wanda Vision pour Olsen... ou pas, car le film est vraiment trop long.

Benedicte Cumhatchback
28/05/2022 à 19:35

Essoufflement de l'univers, cela manque de nouveautés... un épisode de routine. Le doc devrait se détendre un peu après le travail.

Momo
22/05/2022 à 11:08

Vu hier , plutôt sympathique même si il n'y a rien de madness dedans... vu comment le multivers semble peu exploité et sert comme trjs chez le MCU a présenter son univers étendu a base de caméo et apparition inutiles.

Et qd y'a des idées qui auraient pu etre intéressantes, c'est balancé à la va vite..mais un bon MCU c'est plutot rare pr moi

Joe Staline
18/05/2022 à 09:02

Vu hier soir. Sorti du premier tiers du film qui m'a fait très peur, tellement il ne s'y passe pas grand chose d’intéressant, le film prend un envol que je n'attendais plus à partir du moment où le méchant montre sa puissance. Et heureusement qu'il est là, il vole la vedette à l'ensemble du reste du cast. D'où une impression mitigée au final. Par contre, l'ambiance est assez effrayante, film qui n'est donc pas réservé aux plus jeunes ( moins de 10 ans, je pense).

Pot Do
13/05/2022 à 20:24

Je viens de le voir, film très moyen, 6/10, pas plus, il y a beaucoup d'incohérences, c'est souvent niais et insipide, je me suis ennuyé, ça manque de fun.

Flo
07/05/2022 à 13:22

À propos de la « patte » de Sam Raimi, qu’on est content de retrouver par rapport aux autres films etc etc…
En fait c’est pas grand chose, il ne fait que reprendre des tics esthétiques venus de vieux classiques du cinéma, Fritz Lang ou Hitchcock par exemple. C’est joli, et ça fait comics.
Sauf que ça, c’est pas difficile du tout à reproduire, n’importe quel réalisateur peut le faire, c’est très simple et quasi sans numérique. Seulement, utilisés à foison de cette manière, Sam Raimi est un des rares à le faire, et ainsi personne ne peut en faire autant dans un film de super-héros sans qu’on puisse se dire « Tiens ! Il fait du Raimi !?… Mais c’est moins bien ».
Comme s’il avait privatisé ces idées et que personne d’autre « n’aurait le droit » d’en faire autant.
C’est comme pour « Mad Max » : il y en a eu d’autres, des films de post-apocalypses dans le désert etc… Mais aucun avec la même vélocité dans la mise en scène, c’est une trop grande référence.
Et quand George Miller revint avec « Fury Road », c’est comme si c’était « à lui », et à personne d’autre, pas de partage.
Mais est-ce aussi radical qu’avant..? Ça, ce n’est pas si sûr.

Ellie Pouding
06/05/2022 à 22:25

@birdy en noir

Je serais curieux d'avoir votre retour si votre enfant de 8 ans vois le film.

Car selon moi certaines scènes sont limite, sans spoiler je dirais que explosion corporelle et personnages pour lesquelles j'ai de l'affection ne font pas bon ménage

The insider38
05/05/2022 à 13:24

Et bien , moi je suis totalement hermétique à ce doctor strange 2 . Pourtant je suis plutôt addict a Marvel.

Mai en fait le multiver me fatigue , et là on a 2 heure de promenade dans plusieurs monde, Wanda mauvaise mais sans vraiment l’être .. bref demi molle pour moi

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