Scream : critique méta béta

Mathieu Jaborska | 12 janvier 2022 - MAJ : 13/01/2022 10:44
Mathieu Jaborska | 12 janvier 2022 - MAJ : 13/01/2022 10:44

Plus de 25 ans après le premier film et plus de dix ans après le quatrième, la franchise Scream revient sans Wes Craven (décédé depuis) à la réalisation ni Kevin Williamson au scénario, mais toujours avec le trio formé par Neve CampbellCourteney Cox et David Arquette, pour moquer les slashers du moment. Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett ont-ils fait honneur à Ghostface ?

Wes side story

Vite acculée par ses propres codes et son succès indéniable, la saga Scream aurait pu tirer parti d'un passage de relai. Kevin Williamson, son père, a laissé sa place à Guy Busick et James Vanderbilt (capable du pire comme du meilleur), tandis que Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, membres de Radio Silence, avaient la lourde tâche de succéder à Wes Craven. Un choix sensé, le duo venant d'un cinéma d'horreur débrouillard, passionné et humble (deux bons sketchs pour les anthologies Southbound et V/H/S, le sympathique Wedding Nightmare), qui laissait espérer une approche rafraichissante.

 

 

C'était sans compter le respect quasi religieux du quatuor qui assume de l'insérer sagement dans la franchise. Scream nouvelle génération est bien un Scream 5, quand bien même il ironise régulièrement sur la mode du reboot sélectif à la Halloween, à laquelle il prétend contribuer. La formule ne diffère pas de celle des autres suites : il s'agit de s'emparer d'un modèle très codifié du cinéma américain horrifique du moment et de souligner ses ressorts en les mettant en scène, grâce à une nouvelle bande de personnages, ainsi qu'au casting original, bien mieux intégré que dans Scream 4.

 

Scream : photo, Neve Campbell, Courteney CoxThe girls are back in town

 

Les clins d'oeil à ces "legacyquel", affreux néologisme utilisé par les protagonistes pour qualifier les résurrections prudentes de licences récentes, servent autant la farce méta habituelle qu'elles font office d'excuse pour se replonger gratuitement dans l'ambiance de Scream. La fébrilité des auteurs du film se ressent en permanence, quand ils rendent aux anciens leurs rôles passés et font citer aux nouveaux des pans entiers de l'original, pour le meilleur comme pour le pire.

Ces grosses déclarations d'amour amusent quand elles ajoutent une profondeur de mise en abîme à l'une des idées du premier film, agacent quand elles singent, sous couvert de cynisme maladroit, ses meilleures scènes. Comment ne pas penser à l'ouverture, de très loin la moins inventive de la franchise, qui rejoue le passage culte de son ainée sans jamais en répliquer la tension, persuadée qu'une actualisation du name dropping (les titres cités pendant la séquence) suffira à la rendre originale ?

 

Scream : photo, Jenna OrtegaWikipedia VS. Ghostface

 

La Scream de la Scream

L'hommage est donc inégal, grossier, un peu opportuniste, mais d'une sincérité indéniable. Le duo de réalisateurs et leur collaborateur habituel, le directeur de la photographie Brett Jutkiewicz, manipulent leur image numérique afin de lui donner un look très années 1990 et portent une attention particulière à ce qui fait le charme de la saga, en particulier à l'aspect whodunit. C'est toujours un plaisir de contempler cette absurde partie de loup-garou dopée aux hormones, bien plus maligne quand elle distille les fausses pistes que certaines de ses prédécesseures.

Même lorsqu'ils injectent un peu de leur personnalité dans ce carcan attendu, les cinéastes sont entièrement dévoués à leur modèle. Sous leur houlette, la mise en scène très fonctionnelle de Craven est enfin un peu malmenée. Les types de cadres ne changent pas, mais la caméra s'envole plus régulièrement pour coller aux basques de ses personnages, dans des plans bien plus longs. Un procédé dont raffole un cinéma d'horreur très contemporain, mais qui sert ici uniquement à jouer sur des clichés populaires dans les années 1990, comme les jumpscares derrière les portes.

 

Scream : photo"Auriez-vous deux minutes pour parler de notre seigneur Wes Craven ?"

 

Les rares audaces de réalisation visent moins à révolutionner Scream qu'à améliorer sa formule, à lui conférer enfin un léger sens du gag visuel, sans jamais déroger à sa charte technique et esthétique. De même que les quelques meurtres (Le tueur est presque moins dégourdi qu'à l'accoutumée) sont assez brutaux, non pas dans la perspective de transformer l'univers, mais pour se placer dans le sillage du 4e opus, moins handicapé par les limites du gore en CGI.

Plein à craquer, cahier des charges oblige, de coups de coude et de railleries intertextuelles, le long-métrage ne prétend pas au titre de grand commentateur de son époque, vanité qui lui pendait au nez, et préfère réinvestir son ironie, ses codes et ses quelques mises à jour formelles dans le moule Scream. Ce qui en fait, à l'instar de ses prédécesseurs, un slasher gentiment divertissant, légèrement provocateur, quoique complètement inoffensif, mais aussi une critique assez anecdotique de la culture populaire de son temps.

 

Scream : photo, Melissa BarreraMelissa Barrera, à l'arc narratif sous-exploité

 

Méta-cagoule

Mieux vaut donc y chercher un petit spectacle consciencieux, pensé par et pour des amoureux du genre, plutôt qu'une réflexion habile sur l'industrie. Vaincu depuis belle lurette sur son propre terrain, il use de la citation et de la mise en abîme avec légèreté. Lorsqu'un personnage avoue sa passion pour la fameuse "elevated horror", elle n'enclenche pas un de ces débats sur la bêtise de cette appellation, mais crée un décalage avec l'ultra-violence naïve des slashers des années 1990, sans manquer de faire sourire les connaisseurs.

De fait, les fameux codes du "requel" (encore un mot très laid), dictés par une nerd encore moins utile que les précédentes, font presque office de fil rouge. Scream n'a finalement pas grand-chose à dire, si ce n'est que Scream, c'est vraiment fun, du moins jusqu'à un dénouement (qui ne sera évidemment pas révélé ici, rassurez-vous), comme la tradition le veut à la fois tiré par les cheveux, difficile à croire et révélateur d'une tendance sociale, martelée à grand renfort de discours triomphants.

 

Scream : photoUne icône lessivée

 

Contrairement au twist de Scream 4, carrément réactionnaire et franchement à côté de la plaque, celui-ci vise plutôt juste, même s’il passe à deux doigts de contredire le classique de Wes Craven. Classique qui restera peut-être le seul opus à détourer la beauté qui se calfeutre dans l'artificialité du slasher et plus largement de l'épouvante, puisque cette suite, comme les autres, à quelques scènes près, se contente de gentiment contourner ses poncifs, pour perpétrer les siens.

Les codes, archétypes, personnages souvent aimables de la saga (Jack Quaid et ses collègues s'en sortent bien) resteront toujours efficaces, tant qu'ils sont entre les mains de cinéastes et de scénaristes capables. Toutefois, ils ne seront jamais suffisants pour la sortir de la case du divertissement ultra-bancal et un peu vain, surtout adapté aux soirées DVD bière tiède. Scream 2.0 nous rappelle qu'on aime Scream. Scream nous rappelait qu'on aime le cinéma d'horreur. Et on est encore à la recherche de cette douce bienveillance.

 

Scream : Affiche française

Résumé

Cet opus ne réinvente ni la roue, ni le slasher, ni même la saga Scream, mais régurgite ses défauts, ses qualités et un discours méta convenu avec assez de sincérité pour flatter les inconditionnels. Et on reste avant tout des inconditionnels.

Autre avis Geoffrey Crété
Pire épisode, pire suite, pire numéro de meta faussement malin : Scream 5 est un ratage à tous les niveaux, qui patauge fièrement dans sa propre bêtise et inutilité, et prouve définitivement que Scream aurait dû rester une trilogie à peu près parfaite.
Autre avis Alexandre Janowiak
Le nouveau Scream est amusant cinq minutes, puis il tombe exactement dans ce qu'il tente vainement d'éviter pour mieux s'y enfoncer à coups de clins d'œil d'une lourdeur affligeante et faussement malins. Et bordel quel final calamiteux.
Autre avis Simon Riaux
Quand deux réalisateurs aussi à l'aise avec le slasher qu'une poule avec un couteau se risquent à donner une leçon de cinéma, on assiste à un carambolage effrayant de médiocrité, dont la suffisance égale la laideur.
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Lecteurs

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commentaires
Beerus
15/01/2022 à 10:29

La mort de " spoiler" est impardonnable surtout qu'il se fait avoir comme un con.

Morcar
14/01/2022 à 23:26

@Blockbuster, si j'avais beaucoup aimé le Halloween de 2018, au point d'en acheter le BluRay pour le mettre avec l'original de Carpenter (les deux seuls que je possède), après avoir découvert "Kills" en salle, je ne pense pas me le procurer et je vais en rester aux deux films de 78 et 2018. Surtout que la fin de celui de 2018 m'allait très bien.

@BadTaste, j'ai adoré Matrix Resurrections (le meilleur avec le 1er, pour moi) et bien aimé ce 5è Scream. Mais de mon point de vue Scream 5 n'arrive pas à la cheville de Matrix 4, car il répète trop encore la même recette, sans rien apporter de neuf. C'est la même chose que le 4 appliqué aux "requels" au lieu des remake.
Pour la série Scream, j'avais finalement bien aimé la première saison. La 2è sympatique sans plus, l'épisode special Halloween catastrophique. Je n'ai jamais vu la saison 3.

@Geoffrey, pour le téléphone fixe, je ne pense quand même pas que vos parents aient le même âge que ceux de la fille de la première scène du film. Sa mère est sensé avoir environ l'âge de Sid. Même cette génération (dont je fais partie) n'a plus de téléphone fixe. Même alors qu'une ligne fixe est en effet nécessaire pour Internet, et que les box en proposent, plus personne ne branche de téléphone fixe sur sa box.

Morcar
14/01/2022 à 23:09

Pourtant bien impatient de découvrir ce nouveau volet, j'ai du attendre le vendredi soir que mes enfants soient chez leur mère pour enfin le découvrir, le même jour que les américains finalement. Avec de nouveaux réalisateurs derrière la caméra (la mise en scène de Wes Craven avait perdu de sa superbe sur le 4è volet), et les différents éléments qu'on connaissait, j'espérais un renouveau à la franchise, que le 4è volet, bien que très sympa à mes yeux, n'était pas parvenu à apporter.
Car si la volonté des producteurs avec ce nouveau "Scream" cinquième du nom et pourtant non numéroté est de relancer la franchise comme la fait le Halloween de 2018, il fallait apporter du neuf, pas seulement réciter sagement sa leçon. Pour le renouveau, il faudra repasser, car pour finir ce nouveau chapitre ne fait encore que répéter la recette des précédents.

Si le 4è volet s'en prenait aux remakes, et que celui-ci s'en prends aux "requels", il n'empêche que ce nouveau volet ressemble beaucoup au précédent. Les nouveaux personnages sont plus intéressants, c'est vrai, mais le schéma reste quand même très proche. Même l'identité et la motivation du/des assassin(s) est assez attendue. En même temps, au bout de 5 épisodes, on a fini par faire le tour, c'est sûr.
Les amateurs de cinéma s'amuseront face aux références et piques envoyées à ces fameux requel devenus monnaie courante à Hollywood depuis quelques années, ainsi qu'aux nombreuses références faites dans le film (entre un personnage prénommé Wes, l'héroïne nommée Carpenter, etc...) mais en voulant s'amuser avec les codes de ce type de films, "Scream 5" n'arrive pas à éviter à en être un aussi. On pourra lui reprocher de trop singer l'original, à coup de clins d’œils trop appuyés, si bien que le film manquera de surprise pour celui qui connaît le premier volet sur le bout des doigts, de ne pas échapper à certains clichés du slasher movie, mais même si ce nouveau volet ne révolutionne pas la franchise et n'a pas de quoi la relancer par exemple pour une nouvelle trilogie, il reste appréciable pour ceux qui ont aimé tous les précédents, n'ont pas déjà jeté l'éponge et apprécieront de retrouver les personnages qu'ils ont suivi depuis vingt cinq ans. Sauf que si la dernière fois, le trio original était si présent qu'il empêchait les nouveaux personnages de trouver leur place, ici à l'inverse le trio s'efface pour laisser plus de place aux petits nouveaux. Étrangement, ça donne cependant une certains impression de pas assez concernant Sid et Gale, moins pour Dewey.

Le succès commercial sera peut-être au rendez-vous, comme le prédisent a priori certains spécialistes, mais en terme d'écriture, la relance de la franchise n'est pas encore là. D'ailleurs même Gale n'a plus envie de capitaliser dessus...

[)@r|{
14/01/2022 à 19:56

@Madaz94

Si vous appelez un hôpital pour prendre un rendez-vous pour une consultation dans un service de psychiatrie. Vous appelez un numéro de ligne fixe. Le numéro de l'hôpital.

De plus, pour l'installation d'une box [entre autres], il vous faut ouvrir une ligne téléphonique fixe pour votre connexion internet. [un numéro de désignation d'installation]

Je m'inquiète vraiment de la santé mentale de certaines personnes.

Bonne année 2022 à tous et Ciao a tutti !

Geoffrey Crété - Rédaction
13/01/2022 à 18:37

@Madaz94

Dîtes ça à mes parents.

Madaz94
13/01/2022 à 18:35

Un téléphone fixe en 2022 ? Ah vraiment ça n'est pas sérieux !

BadTaste
13/01/2022 à 17:41

Je me demande s'il y a des spectateurs comme moi, qui ont aimé Matrix Resurrections et Scream 5.
Je ne pense pas qu'aimer ces deux films soit incompatible. On peut aimer le côté punk du premier, et le côté naïf et révérend du second.
Et je suis rassuré que des films comme ceux-là existent quand des trucs insipides et sans âme comme Spider-Man No Way Home, Venom 2 ou Les Eternels (dans une moindre mesure pour ce dernier) cartonnent de leur côté.

@The insider38
La série Scream est une série MTV, rachetée ensuite par Netflix.
La saison 3, indépendante des deux premières saisons a été diffusée par VH1, et elle n'est pas dispo sur Netflix, alors qu'elle date de 2019.
J'avais bien accroché à la première saison (même si pour le coup, c'était encore plus woke et lisse que Scream 4 et 5), et très vite abandonné la saison 2. Ça sentait le réchauffé et l'intérêt était vite retombé en flèche.
Aucune idée de ce à quoi ressemble la saison 3, apparemment le masque de la saga originale est de retour, ainsi que la voix caractéristique du tueur interprétée par Roger L. Jackson.

Yesman
13/01/2022 à 13:09

Les critiques américains (pour ce que j'ai lu) étaient pourtant hyper enthousiastes, promettant un final absolument génial, bref pour un slasher comme Scream ça me semblait un peu "trop" beau, j'ai jamais vraiment accroché à cette franchise, le cul entre le "fun" du slasher et le "sérieux" d'un thriller, et d'ailleurs je n'ai jamais considéré ces films comme des films d'horreur, juste un cluedo pour ados pas assez "wtf" à mes yeux

Je jugerez après l'avoir vu, et se sera pas pour demain, vraiment pas pressé de le voir pour le coup


Hors Sujet complet : j'ai fini Search Party (final season) hier soir, je suis en pls pour une durée indéterminée tellement je suis sous le choc, l'impression de mettre pris une bonne patate de forain dans le menton entre plusieurs fou rire, très étrange sensation, une série qu'elle est pas prête de sortir de mes pensées

The insider38
13/01/2022 à 11:54

@ Geoffrey crête :

Tout simplement, parce que j ai découvert scream en salle à l’époque, qui relançait déjà le genre de manière très fun.
Et que je me suis attaché à cette saga , un peu aveuglément, et de Manière peu objective. Mis à part la série Netflix , absolument honteuse.
Pour ce 5 , même si il a plein de défaut et d’incohérence, il a le mérite d’être très sympa, et de faire passer un très bon moment, pas comme Halloween kills , qui prend clairement le spectateur pour une buse, car il se prend au sérieux, et pourtant j ai vu tout les Halloween en salle depuis le premier, mais faire abstraction de toute les suites n était pas la meilleure idée.
Pour matrix , ça a été un gros choc, et je suis ultra fan de la saga , mais le 4 je peux pas , c est clairement une insulte à ce que sont les 3 premiers.
Si encore , ils avaient poursuivis tout le film avec le côté mise en abîme d’Hollywood et de la saga qui est finalement un trilogy de jeux , pourquoi pas , mais c est toute la seconde moitiée qui m’as perdue . Ils font exactement l’inverse de ce qui est dénoncé dans la première partie.

Geoffrey Crété - Rédaction
13/01/2022 à 10:06

@The insider38

Moi je ne comprends pas comment on peut aimer le côté meta de Scream 5 tout en haïssant celui de Matrix 4, mais bon, c'est la vie. On y survivra.

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