Les Tuche 4 : critique qui reprendrait presque des frites

Simon Riaux | 9 décembre 2021 - MAJ : 09/12/2021 11:39
Simon Riaux | 9 décembre 2021 - MAJ : 09/12/2021 11:39

Y aura-t-il des frites à Noël ? C'est la question qu'on était en droit de se poser. Mais après moult reports, Les Tuche 4 a trouvé le chemin des salles. L'occasion pour le film mené par Jean-Paul RouveIsabelle Nanty et le petit nouveau Michel Blanc de creuser le sillon singulier d'une saga assez unique dans le paysage de la comédie française.

FRENCH FRITES

Le chemin parcouru par Olivier Baroux depuis son duo comique avec Kad Merad n'est pas assez fréquemment évoqué. Rigolard de l'époque post-Nuls, également sous influence revendiquée du Hamburger Film Sandwich, il poussa plus loin que nombre de ses complices l'exploration d'un rire dont l'imaginaire était en grande partie américain, notamment via Mais qui a tué Pamela Rose ? ou encore On a marché sur Bangkok, qui flirtait avec le cinéma d'aventure et le buddy movie. Son parcours l'amena aussi du côté d'un rire plus épais, volontiers compatible avec les diffusions en prime time des chaînes historiques, toujours gourmandes de grosses marrades estampillées franchouilleries décomplexées.

 

 

Les Tuche peut être perçu comme la tentative de réunir ces deux aspirations, au moins depuis le deuxième épisode, dans lequel la tribu envahissait l'empire américain pour se frotter à ses armadas de clichés et gentiment dézinguer notre rapport à son imagerie. Puis ce fut au tour de la politique parisienne et de ses coutumes de se faire gentiment ratiboiser, avant de s'attaquer aujourd'hui au rôle des GAFAM, et plus généralement au démembrement du corps social français.

 

Les Tuche 4 : photo, Jean-Paul Rouve, Isabelle NantyLa France qui frite

 

Derrière ces grands mots (ne) se cache (pas) une ambition bien réelle de la saga, qui porte un regard beaucoup plus acide et absurde que l'essentiel de la production hexagonale, et n'hésite jamais à détourner ou moquer les grands traits de son époque. C'est une nouvelle fois le cas, et si la caricature a la finesse d'un hippopotame kétaminé dans un jardin d'enfants, elle fait souvent plaisir à voir.

Grâce à un ton résolument frontal, qui ne nous épargne aucune blagounette sur les petits patrons, les boutiquiers et l'entreprise en général. La cupidité, l'étroitesse d'esprit et la veulerie de l'époque sont à l'évidence les cibles du récit.

 

Les Tuche 4 : photo, Pierre LottinUn personnage qui a trouvé sa voix

 

LES DESCHIENS DE PAILLE

Cet esprit frondeur, qu'on pourrait qualifier de "Gilet Jaune" en allant vite en besogne, est à la fois réjouissant et féroce d'autant plus quand il s'incarne dans l'affrontement entre Jean-Paul Rouve et Michel Blanc, qui s'en donnent à coeur joie. Le reste du casting n'est pas en reste. Chacun maîtrise désormais son personnage sur le bout des doigts, et observer Sarah Stern ou Pierre Lottin emmener leurs avatars au coeur de l'absurdie réserve quelques surprises. Mais Les Tuche 4, comme ses prédécesseurs, souffre d'une forme de bicéphalie étonnante, comme si sa tendresse pour ses protagonistes et son acidité ne suffisaient pas.

 

Les Tuche 4 : photo, Jean-Paul RouveUne lumière dans la nuit

 

C'est ce qui fait la spécificité de la franchise, mais aussi son évidente limite. À côté du gros délire, en parallèle, de la teneur poétique et politique de l'ensemble, demeure un regard ponctuellement détestable. Un prolongement des Deschiens, qui ne peut s'empêcher de considérer tout ce qui sort de Paris comme un vague salmigondis pluvieux et triste, repère d'idiots, de demeurés pour ne pas dire de consanguins. Dès lors, peu importe qu'on s'attaque aux puissants, ou qu'on traite ici et là nos héros avec tendresse, si c'est pour nous rappeler constamment leur congénitale connerie, voire la glorifier comme un bouclier salvateur.

Le film n'assume donc jamais tout à fait son discours, ou plutôt, le noie et l'étouffe de sa mayonnaise ricanante. Une équation qui ne changera plus, étant donné le succès de la saga, et qui achève d'en faire un curieux prototype, dont la particularité première semble être une radicale détestation de soi. Récit des mésaventures d'une famille atroce, composée de demi-tarés et autres clichés sur patte satisfaits de leur médiocrité, l'ensemble épouse à sa manière la haine de soi qui traverse l'Hexagone, et témoigne à sa désagréable manière du miroir que se tend un pays qui a manifestement bien besoin d'anxiolytiques.

 

Les Tuche 4 : Affiche

Résumé

La famille est fatiguée, la plupart des gags essorés par les trois épisodes précédents et le ton de l'ensemble inégal... mais Les Tuche demeure une curiosité résolument à part au sein de la comédie française, capable d'asséner de réjouissants coups de boutoir à notre imaginaire collectif.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(1.2)

Votre note ?

commentaires
Kino
15/12/2021 à 17:36

Les Tuche ne font plus rire. Michel Blanc est pathétique, il ns a habitués à beaucoup mieux...Il est temps de raccrocher, par pitié pas de n°5...Berléand, se montre à la hauteur, si ce navet en a une...Seule, l'affiche est racoleuse, les gens vont tomber ds le panneau!!

Marc
12/12/2021 à 20:44

@ A la rédac

Je suis allé voir LES TUCHES 4 oui c'est dingue et je me suis marrer c'est un TUCHE spécial Noël.
Je vai sûrement pas m'en remettre ;)

Eric8549
12/12/2021 à 18:39

Comment de si bons acteurs peuvent ils s'embarquer dans un projet si vide et si nul. Il n'y a eu aucun éclat de rire dans la salle. Cela veut tout dire....

Ethan
12/12/2021 à 02:13

@Numberz
Le seul reproche que l'Ariège peut faire à Paris où plutôt à quelques ministres c'est l'introduction de l'ours des Carpates.
C'est un département avec de nombreuses balades aux paysages magnifiques où il est maintenant dangereux de faire de la randonnée, du canoë kayak

Ethan
12/12/2021 à 02:04

@Numberz
Respect à l'Ariege
T'insinue quoi? Au contraire c'est un département qui aime bien voir les touristes. Et ne pensent pas forcément à des abrutis en premier.
Par ailleurs les communes en Ariège votent plutôt socialiste

Carlo
11/12/2021 à 00:52

Prendre un être si hautin et privilégié pour singer "la France d'en bas" c'est aussi abject que de prendre un blanc pour jouer le rôle caricatural d'un amérindien.

Francis Bacon
10/12/2021 à 20:44

Mine de rien il y a qd même qqchose dans cette saga, les costumes, les accents, certaines répliques. J'avoue que mon respect pour cette saga vient surtout d'une réplique dans le 1, qd Jeff dit à Cathy "je t ais promis que je ne travaillerait jamais ma chicorée" et elle, elle est triste, sa plus grande crainte c'est que son mari travaille et passe moins de temps à la maison. C'est très profond, surtout avec une lecture décroissante et anti capitaliste

Des frites
10/12/2021 à 20:31

Le 1er film était amusant et tapait assez juste, et il y avait aussi le plaisir de la découverte. Le 2 et le 3 étaient des daubes mercantiles pas drôles, réchauffées et ennuyeuses à mourir. Ce 4 (mon dieu) semble être dans la même veine mais le public sera surement au RDV.

Morcar
10/12/2021 à 10:36

Dès le premier film, je n'étais pas attiré du tout. Mais j'ai entendu tant de gens autour de moi m'affirmer que c'était bien mieux que je ne le croyais, que j'ai regardé le premier lors d'une diffusion sur TF1. Et ça n'a fait que me confirmer que ce n'est pas pour moi.
Je pense qu'il y aura peu de gens sur des sites comme Ecran Large à aimer ce type de comédie populaire qui mobilise surtout le "public TF1". Mais tant mieux pour les producteurs et le public qui apprécie ce type de film.
En espérant que ça permette aux dits producteurs de financer d'autres types de projets...

lepetitbreton
10/12/2021 à 09:46

Pas encore vu celui là mais j'ai apprécié les autres (le 2 et le 3) parceque j'ai justement trouvé de la bienveillance à l'égard des personnages. Comme pour dire "vous les trouvez débile ? Et bien eux, ils ont réussi, et ils sont heureux".

Plus
votre commentaire