Kate : critique du John Winstead de Netflix

Mathieu Jaborska | 10 septembre 2021
Mathieu Jaborska | 10 septembre 2021

La saga John Wick aura décidément fait beaucoup de bien au cinéma d'action américain. On lui doit non seulement une reconsidération des chorégraphies et des cascades soignées, mais aussi l'investissement de beaucoup de comédiens de talent. Après Charlize Theron dans Atomic Blonde, Bob Odenkirk dans Nobody et Karen Gillan dans Bloody Milkshake, c'est au tour de la trop rare Mary Elizabeth Winstead de désosser du figurant dans Kate, réalisé par Cedric Nicolas-Troyan et disponible sur Netflix.

John Wink

Qui aurait cru qu’un ancien cascadeur armé d’un petit budget de 20 millions de dollars allait donner un tel coup de pied dans la fourmilière hollywoodienne ? En 3 films et 300 meurtres (certains ont compté), la saga John Wick a quasiment sauvé la baston américaine du joug des blockbusters post-Michael Bay, de leurs gimmicks les plus crétins et de leurs rejetons impétueux montés au karcher. Comme les The Raid en Indonésie, elle a engendré plusieurs imitateurs. La recette est simple : une narration relativement dépouillée, un anti-héros invincible, des chorégraphies chirurgicales, une mise en scène attentive et une grosse dose de violence numérique.

Réalisé par Cedric Nicolas-Troyan, compositeur d’effets visuels promu réalisateur sur Le Chasseur et la Reine des glaces, ce Kate applique la formule à la lettre ; au point, comme d’autres avant lui, de répliquer la palette de couleur expérimentée un peu par John Wick 2, beaucoup par John Wick 3. Supervisée par Lyle Vincent, familier de l’exercice puisqu’il avait éclairé les sublimes tableaux de Daniel Isn’t real, la photographie entend capter le charme futuriste des mégalopoles japonaises, dans lesquelles se déroule la quasi intégralité du récit. Mary Elizabeth Winstead et sa jeune protégée Miku Martineau évoluent donc dans une jungle de néons roses envahissante, sur-esthétisée à outrance, surtout lorsque l’héroïne se lance dans une course-poursuite numérique que ne renierait pas Joseph Kahn.

 

photo, Mary Elizabeth Winstead50 nuances de rose

 

Full Contact

Kate tire donc des enseignements maladroits des aventures de Mr Wick, mais elle conserve leur principale qualité, à savoir le soin apporté aux empoignades. Sur un tatami, en pleine rue, dans un club ou au milieu d’une cuisine équipée, les chorégraphies coordonnées par le réalisateur de seconde équipe Jonathan Eusebio (passé par Ninja Assassin, quelques Marvel, Expendables ou… les John Wick), déménagent pas mal.

Très investie, visiblement ravie de se la jouer badass au gré de l’obligatoire plan de marche au ralenti, Winstead déboite du malandrin avec une certaine agilité. L’inspiration crève les yeux, surtout lorsque le film reproduit à l'identique l’un des duels de rechargement du 3ème opus de la saga avec Keanu Reeves, mais la mise en scène, qui se permet quelques audaces formelles surprenantes, rend honneur à ce qu’on peut presque désormais appeler un sous-genre.

Et tout le monde met la main à la patte. Coutumier des séries B comme béta puisqu’il était également à l’origine d’une des pensions de retraite de Bruce Willis, Extraction, le scénariste Umair Aleem vise l’efficacité en accolant à cette suite d’exécutions musclées un postulat digne des pitchs prétexte Van dammiens. Irradiée, Winstead a ses dernières 24 heures pour accomplir sa vengeance, et se shoote à l’adrénaline alors qu’elle se transforme lentement en sorte de bestiole enragée. On se croirait dans les années 1990, et tant mieux : la crétinerie de l’époque est parfaitement adaptée aux massacres chorégraphiés en vogue.

 

photo, Mary Elizabeth WinsteadLunettes de soleil, même la nuit

 

Tokyo Shaking

Toujours sur le modèle des années 1990, Kate souhaite clairement se démarquer grâce à son décor, sorte de Japon technologique rêvé par la culture occidentale. Le long-métrage prend soin de citer les poncifs esthétiques du film de yakuza. Il va même jusqu’à invoquer une véritable légende du cinéma local, l’attachant Jun Kunimura, dans le rôle classique et malheureusement sous-exploité du chef de gang épuisé. Aleem et Nicolas-Troyan s’amusent à perdre leurs personnages dans les dédales d’une ville fantasmée, à les entrainer dans le traditionnel sauna plein à craquer de brutes tatouées, à les faire affronter un dangereux sous-fifre ayant tout du criminel azimuté et autodestructeur typique des meilleurs essais de Takashi Miike.

Mais là où le cinéma américain sans gène des années 1990 se serait contenté de se vautrer dans l’exotisme, une production comme Kate se doit de camoufler ses références sous une intrigue plus réfléchie. Grâce au personnage d'Ani, jeune Eurasienne rejetée par sa famille de bon vieux mafieux du terroir et dont le sort va évidement résonner en notre héroïne, ainsi qu’à travers divers rebondissements, le film met en abîme son propre traitement de la culture japonaise ; et plus généralement, la manière dont l’action yankee hybride, un peu à l’arrache, ses codes et ceux du cinéma japonais.

 

Photo Mary Elizabeth Winstead, Miku MartineauUn duo attachant

 

Un discours sur le mondialisme culturel qui surcharge de fait un dernier acte plus laborieux, et qui tente très maladroitement de justifier les penchants régressifs de la chose. De la même manière, ce climax essaie désespérément de faire oublier, au cours d’une conversation, son twist le plus évident, grillé par n’importe quel novice du genre au bout de quelques minutes à peine, et qui contamine de sa lourdeur les ultimes séquences d’action.

Très plaisant au demeurant, Kate semble chercher à se justifier en permanence, et en délaisse ses dernières séquences de baston pourtant très, très prometteuses. Une petite baisse de régime qui n’empêche pas l’ensemble de s’imposer comme l’un des divertissements les plus honnêtes distribués par la plateforme. Parce que pour voir Mary Elizabeth Winstead découper plus de yakuzas, on subira volontiers toutes les augmentations de tarif à venir.

 

Affiche

Résumé

Lorsqu'il ne cherche pas des excuses à ses lourdeurs narratives et esthétiques, Kate tabasse juste assez pour donner le sourire.

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commentaires
dahomey
13/09/2021 à 09:37

j'ai été agréablement surpris, j'ai trouvé la réalisation assez propre et quelques jolies enchainements et plans d'ailleurs comme la scène de poursuite ou dans la ruelle ou elle est en équilibre en hauteur entre les murs.
Je trouve que ca se regarde très bien et d'ailleurs on ne la voit pas assez au cinéma....

Krilin63
12/09/2021 à 21:24

Jojo97121
12/09/2021 à 17:33
Bonjour dans une scène on diffuse un manga sur un immeuble vous connaissez le nom de ce fameux manga

Je dirais que c'est Tokyo ghoul mais sans certitude.

Jojo97121
12/09/2021 à 17:33

Bonjour dans une scène on diffuse un manga sur un immeuble vous connaissez le nom de ce fameux manga

Alexwii
11/09/2021 à 23:38

Bof... Bof... n’est pas John Wick qu’il veut... beaucoup de déjà vu avec l’envi de faire passer la pilule en matraquant tout ça avec une ambiance néon sauce Japonaise... Atomic Blonde dans le même genre (même si les chorégraphies sont moins abouties) est bien plus original... mais bon comme toujours faites vous votre propre avis...

Geoffrey Crété - Rédaction
11/09/2021 à 21:20

@Rocco l'asticot

Les copains ? On a zéro ami, même entre nous on se crache au visage les bons matins.

Pas le temps. Chaque semaine on rate des films qui nous donnent envie par manque de temps. Triste vie que la nôtre.

Fred44
11/09/2021 à 13:46

D'accord avec Sofi, le concept est totalement improbable. Distribuer des bourre-pifs en étant shooté au polonium 204 est grotesque. Impossible de croire deux secondes à ce truc. Rendez-nous les polars réalistes secs et viscéraux des glorieuses seventies !!!

Bob
11/09/2021 à 13:42

L’actrice est présente, elle ne cherche jamais à être glamour et ça fait du bien.
La première baston où elle joue du couteau est fun et sauvage.
Et il y a Woody Harrelson.

Pour le reste..., que tout est mécanique et sans surprise !
Passé la première demi-heure, on attend juste la fin pour savoir si ça réserve la moindre surprise. Bah non, on s’était déjà fait tout le film.
La plus grosse surprise est la relation bateau entre Kate et Ani. Bravo Mr le scénariste, elle est encore plus mal torchée qu’on l’imaginait.
Même les scènes d’action semblent s’ennuyer (et ennuyer) de plus en plus...

Finalement, je retiens surtout du film cette scène de fuite en voiture fluo qui m’a carrément fait ricaner.

Next.

Rocco l'asticot
11/09/2021 à 13:14

Du coup personne s'est sacrifié pour aller voir les Mechants chez Écran large?
Ou alors on pas envie de dire du mal des copains?

Sofi
11/09/2021 à 10:56

Pas trop mal emballé mais j’en ai un peu ras le bol de ces films d’action qui nous demandent de « déposer notre cerveau au vestiaire ». Ici, au niveau absence de crédibilité, on atteint quand même un sacré degré de crétinerie.

Kyle Reese
11/09/2021 à 00:17

Pas mal, franchement pas mal. Je partage totalement la critique.
L'actrice est vraiment top. Le scénario est basique mais contient quelques petites pointes de réflexions socio-culturel intéressantes. Kate, marionnette froide fini par devenir presque attachante dans sa quête de vengeance. Elle reste très concentré et pro jusqu'au bout, pas d'hystérie à la Nikita.
Ça reste très froid et clinique, un peu trop peut être (heureusement que le perso d'Ani est là), il manque du grain à l'image pour donner un peu plus de corps à l'ensemble et je trouve aussi qu'il manque un peu d’environnement sonore dans le mixage. Mais peut être était ce l'intention de nos immerger dans une sorte de réalité proche du jeu vidéo, hyper lisse.
Bien aimé aussi l'immersion culturelle Japonaise plutôt crédible et réussi pour un film US. Sinon c'est toujours aussi beau Tokyo la nuit.
Et c'est là, à la fin, que je me rend compte que MEW est l’héroïne du préquel de The Thing (que j'ai vraiment bcq aimé) et de l'excellent 10 Cloverfield Lane ... tout s'explique.
Ce genre de rôle lui va à merveille.

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