The Deep House : critique de la dernière maison sur la gauche au fond du lac

Geoffrey Crété | 30 juin 2021 - MAJ : 30/06/2021 14:41
Geoffrey Crété | 30 juin 2021 - MAJ : 30/06/2021 14:41

Après un détour pas très concluant par les États-Unis pour Leatherface, énième exemple de production difficileJulien Maury et Alexandre Bustillo reviennent en France pour une idée très excitante : une maison hantée, mais sous l'eau. C'est The Deep House, avec Camille Rowe plongée dans les eaux troubles d'un lac pas très catholique. Un retour en force pour le duo de réalisateurs et scénaristes derrière À l'intérieur et Livide ?

FRENCH RÂLEURS

La carrière de Julien Maury et Alexandre Bustillo illustre un peu trop bien les problèmes du cinéma de genre français. Propulsé en 2007 dans le sang et la rage de À l'intérieur, le duo a vite déchanté avec Livide, qui a mis des années à être financé, pour finalement passer inaperçu en 2011. Très vite repérés par les producteurs américains, les réalisateurs ont refusé quantité de produits de studios, comme une suite au Halloween de Rob Zombie, le remake de Freddy, les griffes de la nuit, ou encore celui de Hellraiser. Et s'ils ont finalement cédé aux sirènes hollywoodiennes avec Leatherface, triste prequel de Massacre à la tronçonneuse, c'est de toute évidence parce que le désamour de la France pour le cinéma d'horreur avait encore été clair avec Aux yeux des vivants en 2014.

C'est le refrain le plus connu du genre : l'impossible mariage entre la politique française des auteurs (où le réalisateur est roi, mais de trois bouts de ficelle), et le royaume des rêves américains (beaucoup d'argent, mais peu voire pas de liberté). Des deux côtés, il y a des larmes, pour les cinéastes et/ou le public. The Deep House a donc des allures d'alliance parfaite : tourné en Europe, mais en langue anglaise, avec des producteurs français (notamment Clément Miserez), mais une ambition détonante dans l'Hexagone.

Et que ceux et celles qui soupirent face aux films de genre français "dégenrés", car trop auteur, se rassurent. The Deep House déroule un pur programme horrifique, avec une promesse alléchante qui tient du high concept : une maison hantée, sous l'eau (qui devait être muet à l'origine). Cette simplicité est d'abord la grande force du film, avant de le condamner à couler.

 

Photo James Jagger, Camille Rowe"Mieux vaut une bouteille à la mer que deux dans le lac" (célèbre proverbe)

 

Méfiez-vous de l'eau qui a tort

Pour le duo de réalisateurs et scénaristes, tout est parti de l'envie de mélanger les films de maison hantée et les séquences sous-marines. Et The Deep House se résume malheureusement à cette équation, ni plus ni moins, d'abord pour le meilleur puis trop vite pour le pire. Car sans l'idée amusante de l'eau, ce serait un triste et banal film de maison hantée, à peine plus stimulant qu'un Conjuring et consort.

La perspective d'un cauchemar inédit disparaît petit à petit face à ce parcours de santé ultra-balisé, qui n'échappe à quasi aucune étape ordinaire du genre. L'eau aurait pu être un catalyseur fantastique pour réinventer la maison hantée, en exploitant notamment la verticalité de ce décor familier, les déplacements en combinaison et la visibilité réduite. Libérés des contraintes physiques puisqu'ils peuvent nager-voler au-dessus du plancher, les personnages sont ralentis et engoncés dans leurs carapaces de survie, créant une tension nouvelle dans une telle aventure. Sans oublier l'inévitable course contre la montre de l'oxygène, qui rajoute immédiatement un degré d'horreur.

 

photo*Générique des Contes de la crypte*

 

Mais très vite, ce high concept se révèle être un parfait piège qui se referme sur le film. Cette maison immergée accentue toutes les failles de The Deep House, à commencer par le scénario famélique et la mécanique rouillée qui s'étire sur une petite heure sous l'eau. Des premiers pas inquiétants dans le village à la nature de la menace révélée au gré des indices, tout repose sur des ficelles trop familières pour réellement exciter. Et le gouffre entre l'idée initiale (excellente) et l'exécution (trop classique) grandit tellement en cours de route, que la déception au bout du tunnel devient aveuglante.

L'idée géniale du manoir hanté au fond du lac se transforme alors en simple écran de fumée, et en argument de façade pour dynamiter une recette qui n'a pas changé. L'illusion résiste à la première partie, qui fonctionne sur l'attente et l'imagination, avec un plaisir digne d'un escape game - grâce notamment à quelques touches surnaturelles bien senties. Mais elle s'écroule dès que Julien Maury et Alexandre Bustillo affrontent leurs spectres des abysses, et qu'il n'y a plus rien derrière quoi se cacher.

 

photoLe clown du spectacle

 

MISE EN PEINE

Mais le vrai monstre de The Deep House, c'est sa réalité. Éduqués au cinéma des années 70 et 80, Alexandre Bustillo et Julien Maury voulaient réellement tourner sous l'eau, et éviter la technique du dry for wet (filmer sans eau, et utiliser quantité d'illusions pour créer l'effet aquatique) ou les fonds verts. Une maison a donc été construite dans un bassin de 9 mètres, avec un sol amovible pour maîtriser les pièces du décor. Seuls les plans larges et extérieurs de la bâtisse sont en numérique.

Budget : à peine 5 millions, soit pas beaucoup plus que des films récents comme Grave (3,5 millions) ou L'Heure de la sortie (3 millions), nettement moins fous à tourner. Le duo de réalisateurs n'a jamais caché le combat en France pour financer ces films, et rien que l'existence de cette maison hantée sous l'eau est un miracle (d'autant que le tournage a été stoppé et donc compliqué par le premier confinement). L'argent reste le cheval de bataille du cinéma de genre, et difficile de ne pas y penser face à The Deep House. Il n'y a qu'à voir comment la caméra s'excite à certains moments-clés pour créer l'illusion de danger, ou certains maquillages très old school (à l'origine, les réalisateurs rêvaient d'animatroniques, trop chers et ingérables sous l'eau), pour sentir les limites de l'expérience.

 

photoAu nom du Père, du Fric et Saint-Esprit

 

C'est peut-être pour ça que la ficelle du found footage (les personnages ont des caméras accrochées à leurs combinaisons) n'est pas particulièrement excitante côté mise en scène, notamment dans une introduction molle. C'est peut-être aussi pour ça que le pic de tension est atteint à la moitié du film, et que la deuxième moitié est une lente redescente, à mesure que la peur trouve des visages. The Deep House n'est jamais aussi intéressant que lorsque la menace est abstraite, à la fois partout et nulle part, et que tout semble possible.

La dernière ligne droite apporte quelques petites touches amusantes au cauchemar, dans la plus pure tradition de la série B, mais impossible de ne pas revenir à la surface avec un arrière-goût de rendez-vous un peu manqué. The Deep House est un projet extraordinaire, construit sur une idée formidable, mais l'horreur à l'écran prend une forme trop gentillette et classique pour véritablement satisfaire.

 

affiche 2

Résumé

The Deep House tient sur la promesse d'un film de maison hantée sous l'eau, et il n'y a pas beaucoup plus que ce fantasme. L'idée diabolique et fascinante tourne vite en rond, et prend la forme d'un petit train fantôme beaucoup trop classique pour entièrement satisfaire et amuser.

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commentaires
Tra de la société
10/11/2021 à 16:23

Sacrement nul , déjà le film dure 1h15 hors générique ta 40 min de blabla qui servent à rien ça te laisse pas grand chose comme frisson ... Et puis sa ne fait absolument pas peur , c'est même ultra ringard par moment rien ne fonctionne ta même pas le sentiment anxiogène que tu devrais ressentir ... L'idee de base est sympa mais c'est tout c'est nul nul nul

Dario 2 Palma
02/07/2021 à 22:19

Le pitch amusant de situer cette maison hantée sous l'eau ne débouche sur rien hélas, les personnages et le scénario sont très plats, convenus (jusqu'à l'ultime image post générique de fin), pas de scènes voire de plans qui marquent, ça manque terriblement de tension de frissons d"idées neuves...trois cadavres flottant à peine maquillés c'est trop maigre pour maintenir l'attention du spectateur comateux, sur une durée pourtant raisonnable d'1h20...

Dommage, l'affiche promettait mais le résultat est bien médiocre et s'oubliera vite...heureusement que la place n'était qu'à 4 euros!

Simon Riaux - Rédaction
01/07/2021 à 18:04

@Moi nouche

Parce que les films de genre français s'exportent plutôt pas mal, mais quand ils ont des budgets relativement modestes, ils ont tout intérêt à privilégier la langue anglaise, justement pour faciliter les ventes internationales et se sécuriser financièrement.

Il peut également s'agir d'une coproduction avec une société étrangère qui, pour les raisons ci-dessus, souhaite que le film soit tourné en anglais.

Moi nouche
01/07/2021 à 17:56

Moi j ai trouvé le film très bien il a complètement dépassé de Conjuring le seul bémol je suis sur resté sur ma faim ....en autre pourquoi diable est il en anglais puisque c est une production française ?

Stavos
01/07/2021 à 06:22

15 ans que Maury et Bustillo font et refont le même film, avec toujours la même déception à la clé, sans parler des résultats constamment médiocre au BO. Le genre à bon dos, mais la qualité de leurs films est aussi responsable de ces naufrages successifs. Si leur carrière avait du décoller, ce serait fait depuis fort longtemps. D'autant plus que chacune de leurs interviews est caractérisé par une arrogance hallucinante, persuadés d'être des génies qui révolutionne le genre à chaque film. Il est temps qu'ils lâchent l'affaire et cèdent la place à la nouvelle génération.

Ethan
01/07/2021 à 00:02

Tout à fait D'ACC avec la critique. Super concept totalement inexploité. Depuis leur premier essai assez réussi, que de films moyens-ratés. Et pourtant j'y vais à chaque fois, avec un espoir...

l'indien zarbi
30/06/2021 à 20:57

Dommage, j'avais bien aimé la bande annonce.

Ethan
30/06/2021 à 19:04

Ça a l'air pas mal. Une idée originale, fallait y penser. C'est lié certainement avec les fermes, maisons, villages dans l'eau qui ont été coulés avec les lacs de barrages

Free Spirit
30/06/2021 à 17:00

Kyle Reese Hâte de Connaitre ton scénar ???

Yes
30/06/2021 à 15:40

Ah... Du coup c'est pas encore ce film qui me fera revenir au ciné.... C'est relou mais il n'y a rien à l'affiche en ce moment qui me botte......

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