Promising Young Woman : critique Lady Vengeance

Geoffrey Crété | 26 mai 2021 - MAJ : 26/05/2021 14:46
Geoffrey Crété | 26 mai 2021 - MAJ : 26/05/2021 14:46

Carey Mulligan part à la chasse aux hommes dans Promising Young Woman, en salles dès le 26 mai en France. Vue en actrice notamment dans la série The Crown, et productrice-scénariste de la série Killing Eve, Emerald Fennell marque ici ses premiers pas comme scénariste et réalisatrice, avec à la clé l'Oscar du meilleur scénario original. Et ce premier film avec un gros casting de seconds rôles (Bo Burnham, Alison Brie, Connie Britton, Alfred Molina, Adam Brody, Laverne Cox) mérite le détour.

RAGE AND REVENGE

Depuis les années 70, le refrain du film dit de rape and revenge est bien connu : un personnage féminin est violemment agressé, violé et laissé pour mort, puis se relève, et se venge. De La Dernière Maison sur la gauche à Hard Candy, en passant par L'Ange de la vengeance et Irréversible, il y a un autre point commun quasi inévitable dans le genre : un homme derrière la caméra, et le scénario. Est-ce un problème ? Non. Est-ce un problème que ce soit la norme ? Oui.

Promising Young Woman se pose donc comme une nouvelle exception, après notamment Revenge de Coralie Fargeat ou The Nightingale de Jennifer Kent. Et c'est d'autant plus remarquable que c'est le premier film écrit et réalisé par Emerald Fennell, qui avait jusque là évolué entre ombre (showrunneuse de la saison 2 de Killing Eve) et lumière (actrice dans les saisons 3 et 4 de The Crown). C'est en partie grâce à une autre actrice que le film a vu le jour, avec Margot Robbie, productrice via sa boîte LuckyChap Entertainment. Carey Mulligan était la dernière étoile à s'aligner pour lancer la machine.

Autre différence avec les codes du rape and revenge : ici, le viol a déjà eu lieu, et la mort est déjà derrière. C'est la dernière partie, la vengeance, qui occupe toute l'attention. Une vengeance d'abord aveugle et insidieuse, puis frontale et chirurgicale, avec une héroïne bulldozer derrière ses airs de petite chose. Soit la parfaite image d'un premier film (d)étonnant.

 

photo, Carey MulliganCassie, une amie qui vous veut du bien

 

pop sonde

C'est un film de vengeance, mais sans boucherie. C'est une histoire profondément noire, mais régulièrement drôle. Ça flirte avec la comédie romantique, mais ça finit presque en film d'horreur. À la manière de Cassie, qui piège les pires hommes en endossant le rôle de demoiselle alcoolisée, Emeral Fennell a conçu Promising Young Woman comme un reflet de son époque - trompeur, déformant, coloré.

Des costumes ultra-sexualisées de son héroïne (qui utilise un tuto YouTube pour avoir "une bouche à pipe", avec la réalisatrice dans le rôle de l'influenceuse) jusqu'à l'utilisation décalée de tubes (des reprises de It's Raining Men et Toxic de Britney Spears), Promising Young Woman défile comme un pur produit de pop culture, mais avec le regard de quelqu'un qui la connaît, l'aime, et l'interroge. La caractérisation de Cassie, avec sa longue chevelure blonde, ses bonbons et sa chambre d'éternelle adolescente, invoque tous ces clichés familiers, ici pervertis par la réalisatrice et scénariste.

Promising Young Woman avance sur une corde raide, avec des ruptures de rythme et un sens du décalage qui donne autant envie de rire que de trembler - et les deux sont intentionnels. Emerald Fennell reprend les codes de la comédie romantique (parenthèse musicale sur Paris Hilton, montage mignon et déclaration d'amour irrésistible), puis les atomise. Elle se paye Adam Brody, Alison Brie, Max Greenfield ou encore Christopher Mintz-Plasse dans des petits rôles, mais pour se jouer de leur image associée à des séries ou films populaires. Et jusqu'à la dernière scène, l'effroi le dispute au sourire.

 

photo, Carey MulliganThe Simple Life

 

LA BLONDE CONTRE-ATTAQUE

La réalisatrice s'empare avec malice de ces codes pour mettre en scène les rapports femmes-femmes avec une violence sourde. Et si la construction est parfois bancale (l'intro laisse planer un doute sur la réalité du piège de Cassie, mais le mystère est dissipé juste après), il y a une volonté claire et nette de ne pas simplement tracer de ligne facile entre les deux camps. Ce n'est pas un hasard si l'histoire désigne aussi deux femmes comme coupables : la responsabilité est collective, et Promising Young Woman fonce dans le tas.

Le manque de subtilité du scénario va de pair avec son aspect ludique assumé (le découpage en chapitres notamment), qui pourrait malheureusement masquer la finesse de certains partis pris. Car le mode opératoire de Cassie repose sur une idée terriblement simple : la peur doit changer de camp. Pas la violence, la peur. C'est pour cette raison qu'Emerald Finnell insiste autant sur les regards de l'héroïne, qui défie les hommes (dans la rue, devant une boîte de nuit), et également les femmes, si besoin. Pas besoin de frapper, cet aplomb suffit à faire vaciller l'autre.

Dans ces moments-là comme dans tous les autres, Carey Mulligan est particulièrement impressionnante. Actrice discrète à la carrière reluisante (en une décennie, elle a tourné avec les frères Coen, Baz Luhrmann, Oliver Stone, Steve McQueen, Nicolas Winding Refn, Thomas Vinterberg ou encore Dee Rees), elle trouve ici un grand rôle, qui contient tous les autres (éternelle adolescente, femme fatale, héroïne, figure tragique, clown terrifiant). Du début à la fin, elle règne en maître, et semble se réinventer dans chaque scène.

 

photo, Carey MulliganThe Neon Demon

 

À l'image de son héroïne, le film est d'autant plus passionnant qu'il ne cesse d'étonner. Promising Young Woman commence dans un mélange de brutalité et fausse légèreté (une trace de ketchup pour se jouer de la violence attendue), avance inexorablement vers une conclusion effroyable, puis rebascule dans un humour qui aurait pu être incongru. Mais Emerald Fennell dirige son récit d'une main de maître, et impose son tempo, jusque dans les excès.

Promising Young Woman multiplie ces moments forts et ces éclairs émotionnels, d'une confrontation sèche dans un bureau d'université à une altercation sur la route, en passant par un pardon inattendu. Pour son premier essai derrière la caméra, la réalisatrice démontre un sens évident de la mise en scène, à tous les niveaux (musique, photographie, découpage, mouvements). C'est parfois dans le détail (Cassie qui marche dans les bois en portant ses talons à la main, pour le réalisme tout simple d'une situation vue mille fois), et toujours avec une grande précision, notamment dès qu'il s'agit de filmer deux personnages en face à face.

Et y a finalement cette scène terrible, où sa caméra s'attarde sur l'horreur d'une situation avec une simplicité et une frontalité sidérantes. Le film souffle le chaud et le froid, l'amour et la violence, le désespoir et la légèreté. Captivant du début à la fin, troublant jusqu'à la dernière image, Promising Young Woman est un premier film de premier ordre.

 

Affiche française

Résumé

C'est le premier film d'Emerald Fennell et c'est déjà un petit ouragan, où s'entrechoquent la violence, l'humour, le plaisir de la mise en scène et la puissance des mots. Et c'est une énième preuve que Carey Mulligan est une très, très grande actrice.

Autre avis Alexandre Janowiak
Promising Young Woman est un sacré coup de poing brutal, audacieux et jubilatoire. Mêlant la comédie noire, le thriller et le revenge movie, il confronte surtout la société à ses brûlantes contradictions et son évidente misogynie, avec une Carey Mulligan impressionnante.
Autre avis Simon Riaux
Les pas de côté opérés par Emerald Fennell sont souvent bien vus et Carey Mulligan livre une prestation saisissante. Dommage que le scénario, à vouloir appréhender toutes les facettes de plusieurs sujets ne sabote quelques unes de ses plus belles idées.
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Lecteurs

(3.7)

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commentaires
Dr.ik
04/06/2021 à 22:08

Une vraie claque ce film. J ai peur qu il ne trouve pas le succes qu il mérite car a mon sens, en grossissant un peu, il est trop noir pour les filles et trop fleur bleue et feministe pour les mecs. Alors qu en fait, il a tout ca, mais bien plus encore. Tres dérangeant dans certaines scenes et dans le message du film, sensible et cruel a la fois, surprenant et tellement évident. Il a plus des airs de 13 reasons why et revenge coté serie que film de rape et revenge et en meme temps bien plus malin et inventifs que ces films la. Plaisir de retrouver le cinéma pour voir ca, meme si en vod il aurait pu passer aussi tres bien. Mais je pense qu il serait passé plutot inaperçu pour moi alors que la, vu qu il n y a pas encore de gros films et pas grand chose a se mettre sous la dent au ciné, il se demarque du reste.

Eric
28/05/2021 à 21:26

J'ai trouvé ce film vraiment intéressant. Malgré ses petits défauts, le scénario maintient un suspense intéressant. L'investissement émotionnel est fort et je dois bien dire que le film m'habitait encore en sortant de la salle...

Kyle Reese
28/05/2021 à 00:37

Erreur, China Blue c'est avec Kathleen Turner, Theresa Russell c'est dans la Veuve Noir ! pfff

Kyle Reese
28/05/2021 à 00:13

Je m'attendais à plus trash ou extrême mais c'est pas grave. J'ai bien aimé, film bien réalisé, malin, déstabilisant en effet. Une petite claque, une piqure de rappel pour la gent masculine qui peut vite basculer du mauvais coté dans certaines circonstances. Alors oui il y a comme un malaise qui s'immisce et c'est bien normal, c'est le but recherché. Combien y-a-t-il eu de victime comme Nina dans le monde, dans le même genre de situations depuis ... (ça doit en faire un certain nombre, affolant)
Carey Mulligan est formidable, à la fois sexy, troublante et touchante, sans en faire beaucoup (elle m'a fait un peu pensé à Theresa Russell dans China Blue,). Ça fait toujours plaisir de revoir Clancy Brown. Belle utilisation des morceaux de musiques connus remixés et l'arrivée du morceau Lullaby tiré de La nuit du chasseur m'a donné de grands frissons, il est très judicieusement placé. J'ai bien aimé la fin, triste mais finalement logique.
Sous couvert d'un pur divertissement, un film qui passe un message et qui peut faire réfléchir voir peut être allumer une lumière chez certains ...

Incognito
27/05/2021 à 11:37

Film sympathique mais rien d'exceptionnel.
Le final est décevant pour ma part.

Macumba
27/05/2021 à 09:46

@Drexl

Ton commentaire est intéressant, puisqu'à aucun moment, dans aucune scène du film, le personnage ne chauffe un homme.

A moins bien sûr que tu considères une femme éméchée comme un stimuli érotique. Et que donc, tu illustres et légitimes le propos du film sur la culture du viol.

Drexl
27/05/2021 à 08:39

Les intentions de ce film sont vraiment discutables et on ne comprend pas du tout le but de cette femme qui chauffe les hommes , meme les plus attentionnés avant de leur faire la moral sur leur comportement . Malgres la bonne performance de Carey Mulligan , rien a retenir .

Zanta
27/05/2021 à 01:09

Ca donne envie !
Plus que la saison 2 de Killing Eve, qui était bien ratée...

perfect
26/05/2021 à 22:28

Vu sans savoir de quoi ça parait. Déstabilisant et parfaitement maîtrisé. Film exceptionnel. Je pense que je vais tenter une deuxième vision pour voir sans l effet de surprise.

Marc
26/05/2021 à 21:05

Un film de vengeance Cassidy retrouve les violeur de son amie Nina et tout part en vrille, perso je déteste ce film je faillis quitter la salle , j'ai regardé 2 la montre pour me barrer de la salle . Il faudra quelques semaines pour enfin voir de très bon films ! ;)

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