The Pool : critique sans chlore mais avec des crocs

Mathieu Jaborska | 27 décembre 2020 - MAJ : 28/12/2020 13:06
Mathieu Jaborska | 27 décembre 2020 - MAJ : 28/12/2020 13:06

Taillé pour les festivals, où nous l'avons d'ailleurs découvert, The Pool est une production fauchée, thaïlandaise et relativement trash. Un petit miracle de Noël qu'on recommande à tous les cinéphiles déviants et crocophiles.

Pour l’amour du B

Qui produit encore de bonnes séries B ? Nous sommes beaucoup à traquer inlassablement ce genre de plaisirs, récoltant souvent des déceptions. En effet, si le cinéma américain aime rappeler sa prédominance dans ce domaine à partir des années 1980, cette vanité a causé sa perte. Qui continue à sonder la production populaire en quête de budgets faibles ou intermédiaires se heurte à des produits perdant vite leur saveur (Jiu Jitsu), des adeptes du tout nostalgique (VFW) ou pire, des nanars auto-proclamés, n’ayant rien d'autre pour eux qu’un argument de vente qui se résume souvent à un concept faussement décalé (Sky Sharks). 

photoKiller Croc à la rescousse

 

Tout l'inverse de The Pool, donc, film thaïlandais réalisé par Ping Lumpraploeng et cochant miraculeusement toutes les cases de la distraction fauchée, à la fois extrêmement humble grâce à son concept (un homme reste coincé au fond d’une piscine vide avec un crocodile) et tout sauf feignante. L’équilibre parfait entre premier degré évident et second degré discret, véritable indicateur qualitatif du genre, est atteint. Si le scénario ne ridiculise jamais ses enjeux, pourtant aussi simples que traditionalistes, il enchaîne les scènes amusantes, et donc parfois carrément inattendues.

The Pool fait rire sans être une comédie, amuse sans trahir son statut de survival, alterne intelligemment véritables séquences de tension et retournements de situation au cynisme dévastateur. Un cocktail paradoxalement très ambitieux, souvent tenté, rarement réussi et indéniablement divertissant.

 

photo, Theeradej WongpuapanUn croco très relou

 

J’peux pas, j’ai piscine

Une recette à la fois simple et complexe, qui repose sur un parti pris fort : le jusqu’au-boutisme situationnel, où l’art de forcer l’infortune des personnages. Improbable mais jamais incohérente, l’intrigue se vautre dans le jeu sadique du concours de circonstance, faisant tout pour souligner à quel point ces pauvres protagonistes jouent de malchance. Et forcément, tout pervers que nous sommes, on prend un malin plaisir à contempler leur malheur, fait d’occasions manquées, de très mauvaises idées et de coïncidences climatiques ironiques.

C'est un survival où le véritable ennemi est le scénario, d’où la mise en abîme qui ouvre le film, et quelques détails savamment dosés, comme des répliques très drôles (« Ça ne pourrait pas être pire ») ou le nom du chien du héros, ultime pied de nez moqueur de la narration. Une narration très précise qui tire grand profit de son décor original, et prend le temps de distiller ses préparations au paiement dans une introduction appliquée.

 

photo, Theeradej Wongpuapan, Ratnamon RatchirathamTitanic low-cost

 

Une narration qui prend également bien soin de plus miser sur les situations que sur leurs conséquences. Jamais frontalement gore, le film ménage pourtant quelques instants qui feront grincer bien des dents, mais ne se laisse pas aller à l’overdose. Un postulat bien pratique vis-à-vis du maigre budget, pour ne pas dire extrêmement malin : l’escalade est actancielle, et n’en reste de fait pas moins savoureuse. Surtout dans le dernier acte, multipliant les micro-climax avec une fureur délirante grâce à une mise en scène appliquée.

Le crocodile, par exemple, n’est pas une bête mystique assoiffée de sang, comme dans les variations américaines des Dents de la mer, mais un véritable animal. Un animal au comportement incroyablement casse-pied, certes, mais tout de même logique. En gros, il ne fait que prendre le soleil, et n’attaque que si on le dérange.

Bien sûr, les effets spéciaux vacillent entre l’acceptable et le sprite Playstation 2, et le placement de produit, probablement essentiel au financement de la chose, dépasse l’absurdité des pubs de Transformers 4. Reste que le long-métrage, droit dans ses bottes, réussit avec brio un numéro d’équilibriste pas évident. Cette année, on a rarement vu plus efficace dans le genre.

En France, The Pool est disponible sur Shadowz.

 

Affiche officielle

Résumé

Conscient de ses limites, The Pool offre un divertissement plus qu'honnête, puisant dans un scénario délirant le jusqu'au-boutisme des meilleures séries B.

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Lecteurs

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commentaires
M1pats
04/01/2021 à 12:02

C est un petit film d angoisse pas trop mal foutu, mais bon assez previsible tout le long, et pour ceux qui esperent un film d horreur vous serez tres decus.

Pas une seule mort pendant tout le film ,a part le chien qui se pend a la fin en sautant dans piscine quand la femme siffle pour appeller a l aide.
Ce qui d ailleurs permet au mec de pouvoir enfin sortir de la piscine en grimpant grace a la laisse qui pend.
Mais sinon, quasi aucune attaque de croco, juste une morsure a la jambe du gars. Mais la jambe qu est s etait deja casse quand il a chute en essayant d escaler avec du fil barbele qui pendait.
Alors aucune scene choquante due au crocodile.
Il est juste la pour mettre un peu de tension en plus, ou donner un sentiment de danger, mais sinon il fait pas grand chose.

Ce qui est chiant avec ce genre de film, c est qu on sait qu il va reussir a sortir a la fin, mais que pendant tout le film, tout ce qu il va essayer, va rater, si ln est pas encore arrive a 1h30 et la fin.
Comme quand il explore les egouts, et trouve "une sortie", on sait tout de suite que ca va donner sur un 2eme bassin.
La meme chose avec le livreur de pizza ,dont on sait tout de suite qu il repartir sans entendre le perso du film.
Et Pareil, les 2 mecs avec leur jouet volant, on sait qu ils vont partir avant qu il arrive a les appeller a l aide.
Tant qu il reste plus de 10minutes dans le film, on sait qu il restera bloque dans la piscine.

Et pour le crocodile, on sait qu il ne va le tuer que tout a la fin.
Il le tue en lui enfoncant la longue perche de metal dans la geule, mais il aurait pu faire ca plus tot, vu qu il avait deja la barre de metal avant.

Et puis,il y a 2 fois dans le film la fameuse scene du :"on pense que sa copine est morte, mais non elle n est pas morte".
D abord quand elle se casse la geule sur le plongoir en sautznt dans la piscine au tout debut, puis a la fin quand elle est bloque dans l espece de chaufferie/salle des machine, ou elle s est refugie, et su elle se retrouve bloquee par l eau qui monte, et la noie.
Mais malgre 5 a 10 minutes sous l eau, elle se reveille sans probleme.

Ca reste 1 film sympa malgre tout, si on en demande pas trop.
Et on ne s ennuie pas tellement alors que tout se passe en huit clos, et dans un seul lieu quasiment.

Bon par contre, attention, ca pourait etre mieux de regarder le film avant de lire mon message, car il y a peut etre quelques tres legers spoilers dedans.

Apres c est comme vous voulez bien sur. Mais je prefere vous prevenir avant pour ne pas avoir des gens qui ralent.

Mathieu Jaborska - Rédaction
28/12/2020 à 13:02

@fhr38

Bonjour, en effet, l'information a disparu au fil des relectures, mais elle est désormais présente : le film est bien disponible sur Shadowz.

@Wynot

Merci à vous. Et je corrige cette petite faute vicieuse.

Wolfie
28/12/2020 à 12:31

Vu hier soir sur Shadowz
Un film comme je les aime pour passer une bonne soirée.
Ca joue bien, la 3D se voit un peu mais ça va avec le budget du film et les péripéties sont bonnes.
J'ai haussé les yeux au ciel lorsque dès le début, l'histoire nous indique qu'il est diabétique. A croire que le monde entier l'est. Mon dernier en date était dans Greenland.
Mais je n'ai pas pu m'empêcher de crier dès le début de sa mésaventure :"File dans le coin de cette putain de piscine, ça sera plus facile à escalader". Spoiler : Il n'y pense jamais !
Et je n'ai pas pu m'empêcher de me demander si c'est une habitude dans ce genre de piscine ultra profonde de n'avoir aucune échelle sur un mur. Ils font comment les gens pour en sortir ? Jamais vu une piscine sans un bout d'échelle pour aider à la remontée.
Bref, faut passer qques incohérences mais ça se laisse voir avec grand plaisir.
Mais bon il a vraiment pas de bol ce héros quand même ^^

Wynot
28/12/2020 à 10:35

Bonjour
Bien envie de voir ce Pool, merci.
Je connaissais le "jusqu'au-boutisme" ....
je vais m'efforcer de trouver un sens au "jusqu'en-boutisme"
(emboutir? aboutir? en bout de piste?)
David

Al_dinosaurs
27/12/2020 à 22:40

C’est vrai que l’info manque. C’est dispo sur Amazon.

fhr38
27/12/2020 à 20:01

J'apprécie vos critiques ! Il manque des infos importantes : comment accéder au film, tout simplement ! Quelle plateforme de streaming par exemple ? Je suis un utilisateur lambda, et je n'ai pas spécialement d'accès privilégié aux contenus que vous avez le plaisir de visionner et critiquer. Donc quelques infos sur les différents accès que vous utilisiez seraient les bienvenues ! Cordialement

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