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Bob l’éponge le film, Éponge en eaux troubles : critique vaseuse sur Netflix

Par Déborah Lechner
5 novembre 2020
MAJ : 12 novembre 2020
11 commentaires

Après Bob l’éponge – Le film en 2004 et Bob l’éponge, le film : Un héros sort de l’eau en 2015, le personnage jaune et carré créé par Stephen Hillenburg est de retour dans un troisième long-métrage, Bob l’éponge – le film, Éponge en eaux troubles réalisé par Tim Hill, un ancien scénariste de la série animée. S’il devait au départ sortir au cinéma, la pandémie de Covid-19 en a décidé autrement et le cuistot mou du bulbe s’est donc retrouvé sur Netflix en France et un peu partout dans le monde, sauf aux Etats-Unis et Canada où il sortira sur CBS All Access début 2021.

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BOB L’ÉPONGE CALQUÉE

Qu’on trouve la série Bob l’éponge abusivement débilisante ou au contraire génialement décérébrée, on peut se mettre d’accord sur le fait que tout le monde ou presque a déjà entendu parler des personnages azimutés de Bikini Bottom (en particulier du cuistot godiche du Crabe Croustillant qui vit dans un ananas dans la mer).

Ce troisième film promettait ainsi, pour les adultes, adolescents et enfants, une rafraîchissante virée nostalgique et/ou récréative, parfaite pour palier l’actualité déprimante de ces derniers et prochains mois. Mais dix minutes après une séquence introductive qui nous replonge efficacement dans cet univers coloré et ingénu, on comprend fatalement que la prochaine heure et demi risque d’être très, très longue et qu’il aurait été plus pertinent de faire des stocks d’alcools forts plutôt que de PQ.

 

photoAvec l’âge, on se rend compte que c’est Carlo le personnage incompris

 

Si Éponge en eaux troubles se voulait un bel hommage à Stephen Hillenburg et sa création, ceux qui sont familiers des comiques de gestes et de situations de la série s’ennuieront probablement devant ce décalque aussi peu inspiré, voire même paresseux, de Tim Hill. Certes, la première demi-heure reste très fidèle à l’oeuvre d’origine malgré une esthétique 3D peu soignée et texturée : Bob et Patrick sont des imbéciles heureux et bruyants, à l’inverse du grognon Carlo qui n’a pas amélioré son niveau de clarinette, tandis que Sandy a toujours autant d’énergie que M. Krabs quand il s’agit de compter ses billets ou que Plankton pour tenter de voler la recette secrète du Pâté de Crabe.

 

photoLe film vs ton cerveau 

 

Il est d’ailleurs plaisant de retrouver la distribution vocale de la série en plus du design sonore reconnaissable entre mille. Mais il aurait été encore plus appréciable de reprendre ces caractéristiques fondamentales en cherchant un tant soi peu à utiliser des ressorts humoristiques plus inattendus. Histoire de ne pas proposer un sous-produit défectueux de la série, également disponible sur la plateforme de streaming pour ceux qui seraient tenter d’écourter leur visionnage. 

Au-delà des quelques références peu subtiles aux précédents longs-métrages, comme la voiture-burger de Bob l’éponge – Le film signé Hillenburg, l’histoire en elle-même donne une impression de déjà vu, reprenant le principe du road trip exploité en 2004 et 2015, d’abord pour retrouver la couronne de Neptune (vaguement réinventé en roi Poséidon), puis pour récupérer la précieuse recette du Pâté de Crabe. Ce manque de créativité se ressent également à travers les trop grandes ressemblances avec certains épisodes de la série, dont la plus évidente reste la disparition de Gary.

 

photoLe confinement réussi plus à certains qu’à d’autres 

 

SCÉNARIO EN EAUX TROUBLES

La série savait transcender le grand n’importe quoi dans laquelle elle nageait sans complexe, proposant des épisodes délirants et assez jouissifs le temps d’une dizaine ou vingtaine de minutes. Mais quand il s’agit d’un long-métrage, il est nécessaire de maîtriser un minimum sa narration et de ne pas se perdre dans des péripéties décousues de l’intrigue principale, qui se retrouve vite noyée par de trop grands détours scénaristiques.

Les péripéties s’enchaînent sans vraiment de liens entre elles et la dernière séquence précipitée sert tout juste à nous rappeler que Bob et Patrick sont partis en direction d’une parodie d’Atlantic City pour une bonne raison

 

photoAtlantic City version Altantide 

 

Le film traîne un humour qui tombe systématiquement à plat, faute d’avoir su se le renouveler, ne permettant donc pas de fermer les yeux sur le scénario disloqué. Le film semble presque conscient qu’il ne pourra compter que sur l’indulgence d’un jeune public pour faire mouche. Il tente donc désespérément d’hameçonner les adultes à coup de références cinématographiques, de bande-son old shool (Ricky Martin, a-ah, Celine Dion) et de caméos racoleurs. Difficile de ne pas évoquer la présence de Keanu Reeves et de son look à la John Wick incrusté dans un virevoltant, qui se noie lui aussi dans cet océan d’incongruités, faute d’implication.

Si le film a tenté de se glisser de gros clins d’oeil à la série qui s’amusait à insérer des éléments lives comme Patchy le pirate, on ne pourra que se désoler de voir Danny Trejo déguisé en chef des « cow-boys pirates zombies mangeurs de cerveaux » alors même qu’on pensait que les pubs Old El Paso étaient déjà le fond du gouffre. Sans parler du morceau d’un Snoop Dogg trop sobre qui provoque plus de ricanements nerveux que de vrais éclats de rire.

 

photo, Keanu ReevesTon pire cauchemar  

 

Règlements de comptes à CAMP Coral

Si on s’attendait un peu à ce que Gary prenne part à l’action après son « escargotnapping » par le roi Poséidon, l’animal de compagnie est au final peu exploité, voire pas du tout. Il en va de même pour tous les autres personnages, dont les arcs narratifs sont inexistants ou abandonnés en cours de route et ne servent finalement qu’à faire avancer le scénario vers son troisième acte très mièvre, qui brise le rythme déjà essoufflé du récit.

Alors que le film s’efforce de rester dans l’esprit de la série, l’entreprise qu’on pouvait trouver honnête bien que redondante prend une tournure commerciale beaucoup plus dérangeante et forcée en devenant une sorte de pub grand format pour le spin-off Camp Coral. Prévu pour 2021 et annoncé quelques mois seulement après la mort de Stephen Hillenburg (qui aurait été totalement opposé à l’idée), ce prequel présentera un Bob âgé de 10 ans accompagné de ses nouveaux amis en colonie de vacances.

 

photoÇa aurait pu être trognon, mais non 

 

Les plus tatillons d’entre nous ne pourront donc pas s’empêcher de critiquer les flashbacks narrant la rencontre de Bob avec ses amis, notamment Patrick et Sandy, alors même que la série nous a expliqué que l’éponge et l’étoile de mer sont meilleurs copains depuis le berceau et que l’écureuil n’a sympathisé avec le cuistot qu’à l’âge adulte.

Une incohérence dommageable qui s’explique probablement par le fait que les scénaristes du spin-off souhaitaient exploiter tous les personnages les plus iconiques, contournant donc la continuité installée par Hillenburg. Ce qui est d’autant plus dommage que Bob a toujours maintenu une certaine ambiguïté concernant son âge, incarnant un adulte au comportement enfantin qui le rendait si particulier et a participé à son immense succès, qui risque de décliner progressivement.

Bob l’éponge – le film, Éponge en eaux troubles est disponible sur Netflix depuis le 5 novembre 2020 en France

 

Affiche officielle

Rédacteurs :
Résumé

Bob l'éponge - le film, Éponge en eaux troubles, à défaut d'être beau, drôle ou audacieux tente maladroitement de réinsuffler aux spectateurs l'esprit halluciné et l'ambiance électrisante de la série, avant de piétiner l'oeuvre de Hillenburg dans son troisième acte, qui ne sert qu'à promouvoir le prochain spin-off et prequel de Nickelodeon. 

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Tim Lepus

Ah, mince… 🙁 J’aime tellement ‘Une éponge hors de l’eau’ que je regarderas ce nouveau volet, mais la bande-annonce ne m’avait pas emballé, et votre critique finit de me refroidir. 🙁 Comme dirait Gary : « Maaouu ». 🙁

Tim Lepus

Pardon, ‘Un héros sort de l’eau’ et « je regarderai »… Relire mon commentaire m’a fait perdre 2 de vision à chaque œil, j’aurais dû le faire avant de cliquer sur envoyer. Pâté de crabe.

brucetheshark

Si on a a pas envie de se taper le film, quelqu’un peut me spoiler le fameux spin of ?

Joebidon

Le 1er film est tres tres bon du début à la fin, le 2 assez inégal et celui ci clairement en manque d’inspiration, tant dans le scenario que dans les gags, même les guest-star sont mal exploités, sans spoilier il y en a pas moins de 3 ici mais ils ne servent à rien.

Alaindubourgdubrin

Vu hier. C’est nul.
J’ai découvert bob l’éponge récemment et j’adore la série ainsi que les deux premiers films mais là c’est vraiment raté.