Mortal : critique electrisée

Mathieu Jaborska | 17 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Mathieu Jaborska | 17 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Cette période de pandémie a creusé un sacré trou dans les agendas millimétrés des majors américaines, laissant dans leur désespoir les amateurs de super-héros, qui vivaient de leur passion quasi sans interruption depuis plusieurs années. Heureusement pour eux, un petit film européen est venu prendre la relève, avec moins de moyens certes, mais un sens de la mise en scène plutôt efficace. Malheureusement pour nous, le long-métrage de André Øvredal avec Nat Wolff et Iben Akerlie ne pourra pas nous éclairer en salles. On se contentera des DVD et Blu-ray édités par Wild Side depuis le 2 septembre 2020.

HE IS A LEGEND

Les premières minutes de Mortal sont aussi les meilleures. Assumant de but en blanc son statut de film de super-héros, la production ne vise paradoxalement pas à réutiliser le carcan établi du genre et à l’adapter à sa sauce comme le faisait l’amusant On l'appelle Jeeg Robot ou comme l'a fait le très récent (et très recommandable) Red Storm. L’accent est directement mis sur une forme de tension noircie, grillant logiquement la priorité à l’origin story pleine d’espoir qu’on est en droit d’attendre de lui. Ici, les débuts du personnage principal campé par Nat Wolff sont tumultueux, et bien aidés par des maquillages glauques convaincants et un casting investi.

Cependant, inutile d’y chercher également un récit psychologisant à la Chronicle : c’est justement dans un entre-deux, une zone grise que se complait Mortal, évitant d’empiéter sur l’un ou l’autre des territoires de la concurrence. Il ne lui reste plus qu’une simplicité bienvenue et surtout une progression narrative qui n’appartient qu’à lui : la recherche de mythologie, une quête qui se suffit à elle-même et parvient mine de rien à devenir palpitante si elle est bien mise en scène. Et c’est le cas.

 

photo, Nat WolffLeave a lot of traces

 

Le réalisateur André Øvredal est coutumier du fait. C’est une obsession qui parcourt sa courte, mais intrigante carrière, de Troll Hunter, qui se plongeait dedans de la façon la plus littérale possible, à Scary Stories où des enfants se confrontent à des légendes urbaines qui viennent d’eux-mêmes. À chaque fois, il accapare un courant cinématographique en vogue (le found footage, le film à sketches) pour y insérer une épopée du même style. Ici, c’est encore plus marqué, tant le genre auquel il s’attaque est balisé et déjà parcouru en long, en large et en travers depuis des décennies. D'où cette revendication de sobriété narrative. Concrètement, le seul enjeu est la découverte de l’origine des pouvoirs du pauvre Éric.

Forcément, cette quête a tendance à un peu exister en dépit de ce qui se passe autour, quitte à générer quelques incohérences, surtout vis-à-vis de la police. Représentée par un personnage secondaire trop peu présent, l’institution est à la fois nécessaire à l’intrigue et gênante pour celle-ci. À ce niveau, tout se résout dans une séquence qui planque un peu ses faiblesses sous un déluge d’effets spéciaux. Mortal n’est pas un sommet de finesse donc, mais il a le mérite d’aller au bout de ses idées, et de se tenir à son objectif énoncé, là où The Jane Doe Identity avait tendance à se tirer à la sulfateuse dans le pied passé la première partie. Il faut dire que le trio de scénaristes navigue à vue, et fait bien de maintenir le cap.

 

photo, Nat WolffD&Co, 3 minutes pour tout changer

 

NORDIC IMPAKT

D’autant plus que la traversée est rude, pour le plus grand plaisir du spectateur en manque d’effets spéciaux. Si Mortal n’est pas, dans les faits, totalement européen (c’est une co-production avec les Américains), il en a l’allure, et le revendique. Les tentatives de blockbusters locaux sont rares et leurs sorties font parfois évènement, quoique pas assez. Bien plus subtil et bien moins boursoufflé que l’écrasant The Unthinkable, il évite tous les pièges de ce statut en appliquant la recette du « au plus c’est simple, au plus ça marche » ou, pour nos amis anglophones, « less is more ». La réalisation, en embuscade, sait se faire discrète, entrainant avec elle une musique mystérieuse avant d’exploser lors de money shots qui prennent de court, pour un effet garanti.

Le premier acte se conclut ainsi sur une séquence particulièrement bien ficelée, mettant en valeur des effets spéciaux limités grâce à un sens du tempo très efficace et un suspense haletant. Jouant sans cesse avec le danger imminent, Øvredal sait impressionner sans s’essouffler, une qualité qui faisait déjà l’unique force de Troll Hunter.

Bien conscient des faiblesses de son scénario, il élude ainsi toute forme d’antagonisme pour se concentrer sur un conflit interne vu à travers les yeux d’un relai spectatoriel à peine déguisé (impeccable Iben Akerlie) et préfère se lancer sur les terres du récit d’aventures crépusculaire, avec succès. Le metteur en scène jongle plutôt habilement avec des archétypes vus et revus, proposant de fait une sacrée expérience, malheureusement taillée pour l’expérience cinéma.

 

photo, Nat WolffQuand tu te rends compte qu'il ne sortira pas en salles

 

Surtout que pour proposer une telle performance, il s’appuie particulièrement sur les paysages norvégiens splendides, au cœur desquels est nichée le patelin qui sert de cadre à l’action. Les montagnes à la fois majestueuses et menaçantes qui entourent les personnages sont bien plus qu’un simple arrière-plan et donnent du relief au tout, filmées amoureusement par Ovredal et son chef opérateur Roman Osin.

Le duo rend un hommage remarqué à la beauté de ce pays, introduisant de fait un sous-texte culturel discret, mais passionnant. Car cette quête de mythologie (pour le héros) et de spectaculaire (pour les auteurs) traduit une volonté de réappropriation des figures super-héroïques détenues par les gros groupes américains. Ce n’est pas un hasard si Éric est américano-norvégien. De fait, Mortal ne constitue pas un acte de résistance face à l’émergence toujours plus omniprésente du genre super-héroïque, mais plutôt un appel au soulèvement des cinémas européens, bien capables de jouer à domicile pour rendre des figures qui leur appartiennent par moments résolument spectaculaires.

Le rappel à l’ordre est jouissif, surtout quand ce sont les Américains en question, présents dans l’ombre tout au long du récit, qui en font directement les frais, dans un dénouement on ne peut plus logique. Laissons à César ce qui est à César, et à l’Europe du Nord ce qui est à l’Europe du Nord.

 

affiche américaine

Résumé

Tentative réussie de blockbuster à l'européenne, Mortal fait de sa quête mythologique sa légitimité, dans un récit simple et non dépourvu de défauts d'écriture, mais néanmoins efficace.

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Lecteurs

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commentaires
Jckunta
29/03/2021 à 01:41

J’ai beaucoup aimé ça change, de ce qu’on voit d’habitude et il y’avait une réel intrigue que j’ai aimé hâte de voire la suite !!!!

Val
17/02/2021 à 18:01

Dans ce genre de film, si les effets spéciaux sont mauvais, c'est difficile d'aimer ce film.
De plus. L'histoire est médiocre.
Trois étoiles? Pour moi il en vaut un grand max.

Craken
14/09/2020 à 19:46

Personnellement je pense qu'ils ont réussi à nous faire voir le folklore nordique d'un autre regard qu'avec les avengers et Thor, la le personnage et désorienté mais plus humains dans cette histoire et plus noir par ces émotions ce qui fait la force du film perso vivement la suite...........

Fouhead
05/09/2020 à 23:07

Film plutôt bien fait et bien filmé. Envie de voir la suite que va nous proposer le réalisateur...

The insider38
04/09/2020 à 09:35

Mouai... encore un film qui va donner une suite, fatiguant cette manière de vouloir à tout prix faire des franchises

Perdues à jamais
03/09/2020 à 17:11

Ces minutes passées à attendre que quelque chose se passe.
Vite vu, vite oublié !

Astor
03/09/2020 à 14:14

J'aime bien Ovredal mais là je botte en touche. J'ai trouvé ça très lent, manquant d'audace. Je me doute bien qu'il ne dispose pas d'un budget type blockbuster, mais là les effets spéciaux sont très cheap.

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