Jeune Juliette : critique de l'âge ingrat

Christophe Foltzer | 11 décembre 2019 - MAJ : 11/12/2019 12:41
Christophe Foltzer | 11 décembre 2019 - MAJ : 11/12/2019 12:41

Quand on parle de clichés incontournables du cinéma, les thèmes de l'adolescence et du passage à l'âge adulte arrivent très vite en tête. Parce qu'il y a beaucoup de choses à en dire, parce qu'on l'a toujours vécu et parce que ce sont des réservoirs à histoire intarissables. La preuve encore une fois avec Jeune Juliette d'Anne Emond.

BIENVENUE DANS L'ÂGE IN-GRAS

Il est un fait que le cinéma se nourrit régulièrement des mêmes archétypes, des mêmes postulats, et que ce sont les points de vue des différents artistes qui se confrontent à ces histoires qui les enrichissent et leur donnent leur identité. C'est ainsi qu'avec Jeune Juliette, Anne Emond, pour son second long-métrage après Nuit #1, en 2012, décide de nous parler de l'adolescence, de ses tourments et de ses espoirs en dressant un portrait à la fois tendre et désabusé.

 

Jeune JulietteAlexane Jamieson, juste parfaite

 

Celui de Juliette en l'occurrence, lycéenne obèse mise au ban de la norme et qui passe sa vie avec sa meilleure amie Léanne, tout aussi ostracisée qu'elle. Issue d'une famille éclatée depuis que sa mère est partie vivre à New York, Juliette nourrit le désir de se rapprocher du meilleur ami de son grand-frère, le beau gosse ténébreux rockeur du bahut, tout comme elle rêve de prendre sa revanche sur une vie qu'elle estime injuste avec elle.

Parce que Juliette n'est pas vraiment une victime des circonstances : orgueilleuse, forte en gueule, ultra-présente, elle entend bien façonner le monde à son image. Mais alors que se profilent les grands choix qui vont dicter son existence future, l'adolescente voit son petit univers voler en éclat à mesure que chacun tente de s'y faire sa place.

 

Jeune JuliettePas facile d'être dans la norme

 

SURCHARGE ÉMOTIONNELLE

Si, dans ses grandes lignes, Jeune Juliette fait preuve d'un classicisme attendu pour ce genre de films, c'est vraiment dans le fond de son histoire, et la manière de le traiter, qu'Anne Emond tire son épingle du jeu. Toujours avec tendresse et bienveillance, elle dresse un portrait au final assez acide de son adolescente, trop égocentrée, trop narcissique, tout en mettant un point d'honneur à évoquer les raisons de ce comportement sans jamais, heureusement, les surligner inutilement.

Et c'est bien là la plus grande qualité du film d'ailleurs, en plus de sa direction d'acteurs au poil, que de laisser supposer les raisons de cette obésité morbide sans jamais victimiser son héroïne. De la montrer volontairement déconnectée de la réalité, vivant dans un monde fantasmé où elle pourrait être toute puissante et ainsi passer à côté des vraies choses.

 

Jeune JulietteUn futur lycéen qui a beaucoup de choses à apprendre à Juliette

 

Mais c'est aussi ce qui amène au gros défaut du film malheureusement : en égrainant toutes ces pistes passionnantes sans jamais vraiment les embrasser, Jeune Juliette en devient beaucoup trop gentil et lisse par rapport à son sujet. Tout y est un peu trop propre, trop politiquement correct pour vraiment toucher son coeur de cible. Plusieurs fois, on en vient à penser à ce qu'un Todd Solondz aurait pu faire d'un tel sujet par exemple, vécu comme une variation gentillette de son Bienvenue dans l'âge ingrat.

 

Jeune JulietteFight to survive !

 

Si l'on ne critiquera pas la volonté de la réalisatrice de faire un film optimiste et galvanisant pour sublimer les outcasts et leur faire comprendre qu'ils doivent prendre leur vie en main, qu'importe le regard des autres, la propension qu'a le film à vouloir traiter de tous les sujets en même temps (l'homosexualité, l'obésité, l'amour, l'avenir, l'acceptation de soi, l'ouverture d'esprit du corps social, les particularités mentales) donne au métrage un petit côté Menu Best-Of assez fragile.

Pourtant, qu'on ne s'y trompe pas, l'ensemble est de qualité et à conseiller. Bien que plombée par de gros problèmes de rythme, Jeune Juliette n'en reste pas moins une comédie dramatique tendre et sincère, qui plus est servie par d'excellents comédiens et une direction artistique intemporelle plus que charmante. On aurait simplement aimé que tout ça aille un peu plus loin.

 

affiche

Résumé

Récit tendre et bienveillant, Jeune Juliette soulève néanmoins une lecture très approfondie et passionnante de l'obésité morbide, du repli sur soi et de la dictature de la norme. Dommage que cela n'aille pas plus loin.

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commentaires

Quisquose
11/12/2019 à 13:41

J'espère qu'ils n'ont pas payé pour l'affiche.

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