Films

Eli : critique sans anesthésie

Par Simon Riaux
21 octobre 2019
MAJ : 15 novembre 2021

Avec Citadel, Ciaran Foy s’était fait remarquer. Sa proposition horrifique était forte, originale et inattendue. Tout le contraire de Sinister 2, suite désincarnée qui s’embourbait dans les confins du ridicule. On était donc sacrément curieux de retrouver le metteur en scène aux commandes d’un projet horrifique qui lui permette à nouveau de se distinguer, cette fois sur Netflix : Eli. Mais pour cela, il faudra sans doute encore patienter un moment.

Eli : photo, Charlie Shotwell

LES ENFANTS SONT MERVEILLEUX

Initialement acheté par Paramount, avant d’être revendu à Netflix, le studio n’arrivant pas à trouver d’angle promotionnel adapté, Eli narre les mésaventures d’un jeune garçon, victime d’un terrible syndrome auto-immune. En désespoir de cause, ses parents le confient à un étrange établissement médical, aux méthodes pas franchement orthodoxes.

On aura reconnu un point de départ plutôt banal, annonciateur de moult fantômeries et de personnels soignants tout sauf catholique. Et dès les premières minutes, sitôt apparue la ganache délicieusement louche de Lily Taylor il devient évident qu’Eli n’a même pas l’ambition de surprendre.

 

photo, Charlie ShotwellOn ne voit pas du tout ce qui pourrait mal tourner

 

En effet, le film déroule quantité de scènes attendues, mécaniques et répétitives. On devine que le scénario avait le désir de nous perdre le long d’un cheminement ambigu, afin de nous faire questionner le statut des évènements. Eli rêve-t-il ? Les agressions spectrales dont il est de plus en plus fréquemment victime le menacent-elles ou ne sont-elles que des songes ? N’a-t-il jamais vécu en dehors de l’institut ? Tous ces questionnements, eux aussi attendus, pourraient renouveler un peu les enjeux, mais le métrage n’est pas en mesure de les véhiculer correctement. La faute tout d’abord à une direction artistique déprimante, qui semble avoir été chinée dans une brocante dédiée aux téléfilms cafardeux.

Aucun décor ne parvient à dégager d’identité propre, et on voit défiler chambre d’hôpital, couloir vieillot ou catacombes de supérette avec un ennui poli. Rien n’existe, et on ne croit par conséquent jamais à cet établissement d’un genre bien spécial. De même, à trop vouloir renforcer l’ambiguïté de ses personnages, ou certains effets de surprise, Ciaran Foy flirte dangereusement avec l’incohérence. Les personnages des parents glissent progressivement vers le ridicule au fur et à mesure de leurs revirements moraux (et olfactifs, à en croire la facilité avec laquelle Kelly Reilly s’accommode du parfum de corps en putréfaction), toujours amenés pour dynamiser faussement l’intrigue, au détriment de toute vraisemblance psychologique.

 

photo« Oh chouette une amie mystérieuse que seul le personnage principal peut voir ! »

 

KIDS ARE NOT ALRIGHT

La médiocrité générale est à peine nuancée par une poignée de séquences horrifiques où on retrouve un peu du sens du cadre aperçu dans Citadel, ainsi que du goût du réalisateur pour les jeux d’espace inquiétants, ou l’amoncellement de détails bizarres. Doigts tordus aux craquements écoeurants, goule contorsionniste, examens médicaux rappelant L’Exorciste… Durant sa première heure, Eli se réveille parfois et rappelle combien le film aurait pu être une sympathique séance de trouillasse à l’ancienne.

Mais c’est quand se dessine l’épilogue que nait une véritable frustration. Sans qu’on l’ait véritablement vu venir, le film embrasse tout d’un coup une mythologie authentiquement bizarre. Se souvenant soudain du Prince des ténèbres de John Carpenter, Foy retourne l’équation catho-porn si pauvrement jouée par des hordes de Conjuring-like ces dernières années, et s’offre in extremis une mythologie et un univers plutôt singuliers. Mais il est alors bien trop tard pour racheter tout ce qui a précédé, l’ennui a triomphé, et le spectateur laisse tout ce petit monde se transformer en barbecue impie dans une indifférence totale.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Eli compte quelques scènes inquiétantes et jouit d'un climax plutôt bizarre et plaisant, mais tout cela est noyé dans une intrigue incroyablement fade et répétitive.

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Commentaires
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Vivement

Vivement la suite peut-être cette fois quelque chose de plus poussé

Marc

Un film d’une médiocrité sans nom. L’histoire est ridicule à souhait. La fin est totalement grotesque. À fuir.

SwEaxX

J’ai pas compris la fin plz expliquez moi.
Supporter des DF.

Edelweiss

Si vous recherchez un film d’horreur au scénario complexe et à l’univers totalement original, passez votre chemin. Ce n’est pas un film extrêmement poussé quant à l’histoire (et on se posera des questions à la fin notamment pourquoi 3-1-7 ?), mais efficace pour tout de même donner quelques frissons alors si vous avez 1h40 à perdre et que vous cherchez juste à vous faire peur, foncez. Il ne restera pas dans les annales puisqu’il ne se démarque pas tellement des autres horror movies, mais ça ne signifie pas qu’il soit mauvais pour autant. Il est bon, oui. Mais malheureusement pas remarquable.

Didi58

Pas le genre de film d’horreur qui restera dans les annales. Complètement d’accord avec vous, ce rebondissement je l’ai trouvée totalement absurde.. Je m’attendais à tellement mieux, puis la scène de  » confrontation  » mère-fils est les 3 bonne sœur tourbillonant autour d’eux était complètement ridicule, sans intérêt.

Troublefetes

Bin oui ils peuvent la voir ???? et c’est pas comme si on pouvait le rater y’a plusieurs interaction entre la fille et le reste des personnages dans la 2eme moitié du film..
Bref vous m’avez l’air un peu trop paumés pour pondre une critique ????‍♂️

[..]

« Oh chouette une amie mystérieuse que seul le personnage principal peut voir ! »
Euh Non les autres voient la fille …
Vous n’avez rien compris au film et votre phrase le prouve…

Crise2nerf

Moi j’ai bien aimé, a voir 1 fois mais manqué d’originalité