Gemini Man : critique 120 baffes par seconde

Simon Riaux | 5 juin 2020
Simon Riaux | 5 juin 2020

Gemini Man, ce soir à 21h sur Canal+ !

Depuis les premiers courts-métrages muets, en noir et blanc, le cinéma a connu de profondes mutations, des soubresauts révolutionnaires qui ont accompagné son histoire. C'est ce rôle qu'entend jouer Gemini Man. Mais ce duel entre deux Will Smith, filmé en 4K, 3D et 120 FPS par Ang Lee a-t-il les épaules pour nous secouer les mirettes ?

120 FRAPPEMENTS PAR SECONDES

Dans Gemini Man, Will Smith incarne un soldat spécialisé dans les assassinats de haut vol, confronté à son propre clone, chargé d’éliminer l’encombrant vétéran. De la même manière, Ang Lee confronte son art de la mise en scène, éprouvé du temps du cinéma analogique, aux dernières évolutions technologiques. Tourné en 3D HFR 120 FPS (soit à un ratio de 120 photogrammes par image, contre 24 actuellement pour l’essentiel de la production internationale), autorisant de projeter le film en 2D avec une fréquence de 120 images/seconde ou en 3D à raison de 60 images/secondes pour chaque œil, le film propose tout simplement une expérience inédite, jamais vue sur un écran.

Dès le premier plan de Gemini Man, et tout au long de son introduction, à la mise en scène pourtant extrêmement ample et sereine, la révolution est palpable. La quantité de détail, la sidérante fluidité du moindre mouvement, la profondeur de l’image et la puissance des couleurs provoquent un sentiment d’hyper-réalité sensationnel.

Le procédé confère à des effets digérés par le spectateur depuis des décennies une grâce nouvelle : une balance de points, une silhouette passant au flou, une bascule de la caméra vers un reflet, ou un traveling nous amenant d’un espace ouvert jusqu’à une pièce close, deviennent autant de gifles filmiques.

 

photo, Ang LeeLe choix des armes

 

Le plus infime balancement, chaque inflexion de sourcil apparaît comme neuve et voit sa puissance dramaturgique décuplée. Dès lors que le scénario s’emballe et que surgit la première grosse scène d’action, c’est une euphorie inimaginable qui s’empare de la cornée de l’observateur. Le foisonnement des particules, l’illusion d’une danse guerrière inarrêtable et parfaite se renforce jusqu’au vertige.

Que la caméra suive simplement Will Smith à moto dans les ruelles de Carthagène ou s’élance à la suite d’une grenade, l’immersion est démultipliée, les impacts accrus, le blast palpable. Énergisée par cette vigueur renversante, la caméra peut se permettre un découpage simple, mais racé, multipliant les actions au sein d'un même plan, toujours avec un souffle, une portée, qui laisse le spectateur tremblant.

 

photo, Mary Elizabeth Winstead, Will SmithWill Smith et Will Smith Mary Elizabeth Winstead

 

LA PAIRE DES CLONES

Ang Lee ne se contente pas de jouir d’un artefact technologique dont il n’aurait que faire. Tout son film dialogue avec cette question de la technique à l’écran et de son sens. Assumant la nature artificielle de l’avatar de Will Smith, il se plaît à jouer avec sa réalité, faisant de l’Uncanney Valley (« vallée de l’étrange » ou sentiment de trouble qui saisit le public quand il assiste à une illusion si proche de la perfection que le moindre défaut en devient une mutilation) un argument dramaturgique.

 

photo, Will Smith Will Smith

 

Jusqu’où la narration peut-elle pousser l’artifice ? Quand le réel est-il poussé dans ses retranchements et quand cesse-t-il d’exister, et donc de nous émouvoir ? C’est l’interrogation portée par les personnages, dont les actes font toujours sens, et remettent en question leur humanité. Le cinéaste se garde ainsi bien de noyer son métrage sous des déluges d’artificialité et orchestre une belle confrontation entre une star de chair et son duplicata de bits, nous amenant toujours à remettre en question qui est le vecteur de l’humanité, qui est moteur de l’action.

Et lorsque nos deux héros ont enfin l'occasion de se sonder, réunis dans une nécropole diablement cinégénique, le duel qui s'annonce, grâce à cette fréquence de 120 images par secondes, se fait mise en abyme. Malgré l'hyper-netteté, en dépit d'un découpage limpide, il n'est soudain plus possible de distinguer l'homme de son double numérique. Et à chacun de se demander qui affronte quoi, qui survivra, et dans quel but ? La possible victoire de Will Smith ne serait-elle en fin de compte qu'une ultime goulée d'oxygène avant le triomphe annoncé des algorithmes corvéables à merci ?

Gemini Man a l'intelligence de ne pas tout à fait trancher, et de se poser sans cesse la question de l'usage de l'arme (de l'effet) plutôt que de condamner son existence. Peu importe que vous soyez une machine pour peu que votre cerveau de synthèse vous fasse croire à la douleur.

 

photo, Will Smith Will Smith, à droite (et un peu à gauche aussi)

 

FILM À LUNETTES

Pour autant, difficile de recommander Gemini Man si vous ne pouvez le visionner dans les conditions optimums que sont celles d’une projection en HFR. Pour révolutionnaire que soit le dispositif, pour surpuissantes que soient les sensations générées par cette technologie qui reconnecte brutalement le 7e Art à ses origines foraines, faites de fascination et de toute-puissance du spectacle, pas sûr que le film survive à son procédé.

En effet, si le métrage n’est jamais désagréable, on sent bien qu’il est intégralement dédié à sa mission, magnifier une manière nouvelle d’aborder le divertissement et sa physicalité, bien plus qu’il n’entend proposer une œuvre scénaristiquement et thématiquement aboutie. Ang Lee est un excellent réalisateur, qui se comporte ici en artisan soigné, mais jamais totalement investi dans son récit.

 

photo, Will Smith, Clive Owen Clive Owen et Will Smith (enfin presque)

 

Ce dernier est fonctionnel, trop bavard malgré des dialogues soignés, et échoue un peu à renouveler les formats de l’action dans son climax. Ce dernier est pourtant traversé d’images fortes, d’hommages qui amuseront les fans d’Uncharted, mais ne se révèle pas aussi fort que l’orgasmique affrontement central, véritable morceau de bravoure du film.

Série B d’action sympathique, mais finalement assez convenue dans son architecture, Gemini Man vaut par et pour la 3D 120 fps (baptisée dans l’hexagone « 3D+ »), qui dévoile le cœur explosif du film.

 

Affiche française

Résumé

Visionné en 3D HFR, Gemini Man passe de série B d'action sympathique mais convenue à tornade euphorisante, offrant au spectateur un raz-de-marée de sensations inédites.

Autre avis Geoffrey Crété
C'est bien beau cette démonstration de force qui offre parfois des plans ou effets sensationnels, mais Gemini Man a oublié quelques détails : un scénario, des personnages, un antagoniste, et des idées dans l'action et les chorégraphies. Une triste carcasse vide qui se traîne, pour la gloire technologique.

Lecteurs

(3.6)

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commentaires

Voldo
13/06/2020 à 18:29

Sur le fait de filmer en 4K, 3D et 120 FPS, c'est sans doute exceptionnel (je n'ai pas vu le film dans les meilleures conditions). Mais au niveau du résultat, notamment du clone de Will smith, on a l'impression de voir une cinématique de jeu vidéo. De même pour dans de nombreuses scènes d'action.

Ca ressort d'autant plus que le vraisemblable a été oublié au passage (dès la première scène).

Bref, de nombreux films m'ont impressionnés "techniquement", mais pas celui là. J'aurais sans doute été impressionné en le voyant au cinéma en "3D+", mais cela aurait été le cas pour plus ou moins n'importe quel film réalisé et diffusé dans ces conditions, donc pas vraiment spécifique à Gemini man.

Des dialogues soignés, vraiment ?

La Classe Américaine
07/06/2020 à 17:23

Ce film n'est qu'un prétexte idiot pour faire joujou avec une camera et une technologie marginales et, comme au bonto, détourner l'attention au sujet du vide scenaristique. Comme avec Avatar de J. Cameron, en somme.

Sascha
07/06/2020 à 10:34

Hormis la "révolution technique", le reste du film est navrant. Mal joué, mal filmé... Des acteurs qui sont là sans être là... Je me suis vraiment ennuyé tout du long.

amdsfilms
06/06/2020 à 21:00

le nanar grand luxe

Bayhem
06/06/2020 à 12:48

@Kyle Reese

Le voir sur Canal n'a effet pas grand intérêt puisque le film demande un gros équipement, mais le BR 4K est encodé en 60 FPS.
Donc si on a le télé et le lecteur qui vont avec, on perd la 3D mais on retrouve la fluidité et la définition d'images. Et le film devient du jamais ressenti.
Pas vu, ressenti.
On n'est donc plus dans une simple démo technique, mais bien dans un film expérimental.

Est-ce que son scénario est perfectible ? Oh que oui. Comme à peu près tous les blockbusters actuels, d'un autre côté.
A chacun de voir donc si essayer de nouvelles choses fait partie de sa vision du cinoche.

Jem-ini
06/06/2020 à 08:40

Film ridicule, un tueur professionnel qui raccroche après 72 contrats, par peur de tuer une petite fille par erreur (sic). Ce surdoué n'y avait pas pensé avant !!

Gregdevil
05/06/2020 à 23:23

Un bien mauvais film que voici.

Kyle Reese
05/06/2020 à 21:55

Et 120 baffles par secondes aussi ? ;)
Si le son est aussi bon que l’image...

Me suis pas intéressé au film qui ne vaut si j’ai bien compris que par sa techno un peu plus immersive.
Du coup aucun intérêt à garder en vidéo non ? Il existe des écrans avec rafraîchissement rapide ainsi que des lecteurs vidéo sur ordinateur pouvant lire du 120 FPS mais faut-il encore avoir le film encodé dans ce format et qui pèse plus lourd qu’un Blu-ray car avec 5 fois plus d’images.

Je m’étonne de l’intérêt porté par les producteurs car la techno existe très peu dans les salles et pas du tout en vidéo contrairement à Avatar qui avait lancer une nouvelle vague de 3d ciné et vidéo, avec le résultat qu.on connaît maintenant. La 3d vidéo s’étant vautré assez rapidement après une période d’engouement. Heureusement Avatar n’est pas qu’une simple démo technique contrairement à ce que semble être Gemini Man.

LDR
05/06/2020 à 21:00

Il n’y a pas longtemps Scorsese avait déclaré que les films Marvel n’étaient pas du cinéma mais qu’ils se rapprochaient plus des parcs d’attraction.

Je suis tenté de faire le rapprochement concernant le film d’Ang Lee. Quel est l’intérêt d’utiliser de nouvelles techniques de cinéma si le scénario ne suit pas ?


Le technique doit être au service du récit, du scénario, et non l’inverse.
C’est ce qu’avaient compris les têtes pensantes de Pixar quand ils ont décidé de révolutionner le cinéma avec leurs films d’animations.

Gémini Man Vient rappeler ce principe. C’est peut être la que réside l’intérêt du film, à défaut de proposer une histoire correcte.

MickeymousE
05/06/2020 à 20:04

120 ou 240 ou 0...cela ne change rien, ce film est complétement useless pour un cinéphile, rien à retenir.

DesAstra de Pittt voilà un autre gros ennui de 2019. Des films jusqa'au bout de l'ennui.

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