Gemini Man : critique 120 baffes par seconde

Simon Riaux | 16 août 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 16 août 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Depuis les premiers courts-métrages muets, en noir et blanc, le cinéma a connu de profondes mutations, des soubresauts révolutionnaires qui ont accompagné son histoire. C'est ce rôle qu'entend jouer Gemini Man. Mais ce duel entre deux Will Smith, filmé en 4K, 3D et 120 FPS par Ang Lee a-t-il les épaules pour nous secouer les mirettes ?

120 FRAPPEMENTS PAR SECONDES

Dans Gemini Man, Will Smith incarne un soldat spécialisé dans les assassinats de haut vol, confronté à son propre clone, chargé d’éliminer l’encombrant vétéran. De la même manière, Ang Lee confronte son art de la mise en scène, éprouvé du temps du cinéma analogique, aux dernières évolutions technologiques. Tourné en 3D HFR 120 FPS (soit à un ratio de 120 photogrammes par image, contre 24 actuellement pour l’essentiel de la production internationale), autorisant de projeter le film en 2D avec une fréquence de 120 images/seconde ou en 3D à raison de 60 images/secondes pour chaque œil, le film propose tout simplement une expérience inédite, jamais vue sur un écran.

Dès le premier plan de Gemini Man, et tout au long de son introduction, à la mise en scène pourtant extrêmement ample et sereine, la révolution est palpable. La quantité de détail, la sidérante fluidité du moindre mouvement, la profondeur de l’image et la puissance des couleurs provoquent un sentiment d’hyper-réalité sensationnel.

Le procédé confère à des effets digérés par le spectateur depuis des décennies une grâce nouvelle : une balance de points, une silhouette passant au flou, une bascule de la caméra vers un reflet, ou un traveling nous amenant d’un espace ouvert jusqu’à une pièce close, deviennent autant de gifles filmiques.

 

photo, Ang LeeLe choix des armes

 

Le plus infime balancement, chaque inflexion de sourcil apparaît comme neuve et voit sa puissance dramaturgique décuplée. Dès lors que le scénario s’emballe et que surgit la première grosse scène d’action, c’est une euphorie inimaginable qui s’empare de la cornée de l’observateur. Le foisonnement des particules, l’illusion d’une danse guerrière inarrêtable et parfaite se renforce jusqu’au vertige.

Que la caméra suive simplement Will Smith à moto dans les ruelles de Carthagène ou s’élance à la suite d’une grenade, l’immersion est démultipliée, les impacts accrus, le blast palpable. Énergisée par cette vigueur renversante, la caméra peut se permettre un découpage simple, mais racé, multipliant les actions au sein d'un même plan, toujours avec un souffle, une portée, qui laisse le spectateur tremblant.

 

photo, Mary Elizabeth Winstead, Will SmithWill Smith et Will Smith Mary Elizabeth Winstead

 

LA PAIRE DES CLONES

Ang Lee ne se contente pas de jouir d’un artefact technologique dont il n’aurait que faire. Tout son film dialogue avec cette question de la technique à l’écran et de son sens. Assumant la nature artificielle de l’avatar de Will Smith, il se plaît à jouer avec sa réalité, faisant de l’Uncanney Valley (« vallée de l’étrange » ou sentiment de trouble qui saisit le public quand il assiste à une illusion si proche de la perfection que le moindre défaut en devient une mutilation) un argument dramaturgique.

 

photo, Will Smith Will Smith

 

Jusqu’où la narration peut-elle pousser l’artifice ? Quand le réel est-il poussé dans ses retranchements et quand cesse-t-il d’exister, et donc de nous émouvoir ? C’est l’interrogation portée par les personnages, dont les actes font toujours sens, et remettent en question leur humanité. Le cinéaste se garde ainsi bien de noyer son métrage sous des déluges d’artificialité et orchestre une belle confrontation entre une star de chair et son duplicata de bits, nous amenant toujours à remettre en question qui est le vecteur de l’humanité, qui est moteur de l’action.

Et lorsque nos deux héros ont enfin l'occasion de se sonder, réunis dans une nécropole diablement cinégénique, le duel qui s'annonce, grâce à cette fréquence de 120 images par secondes, se fait mise en abyme. Malgré l'hyper-netteté, en dépit d'un découpage limpide, il n'est soudain plus possible de distinguer l'homme de son double numérique. Et à chacun de se demander qui affronte quoi, qui survivra, et dans quel but ? La possible victoire de Will Smith ne serait-elle en fin de compte qu'une ultime goulée d'oxygène avant le triomphe annoncé des algorithmes corvéables à merci ?

Gemini Man a l'intelligence de ne pas tout à fait trancher, et de se poser sans cesse la question de l'usage de l'arme (de l'effet) plutôt que de condamner son existence. Peu importe que vous soyez une machine pour peu que votre cerveau de synthèse vous fasse croire à la douleur.

 

photo, Will Smith Will Smith, à droite (et un peu à gauche aussi)

 

FILM À LUNETTES

Pour autant, difficile de recommander Gemini Man si vous ne pouvez le visionner dans les conditions optimums que sont celles d’une projection en HFR. Pour révolutionnaire que soit le dispositif, pour surpuissantes que soient les sensations générées par cette technologie qui reconnecte brutalement le 7e Art à ses origines foraines, faites de fascination et de toute-puissance du spectacle, pas sûr que le film survive à son procédé.

En effet, si le métrage n’est jamais désagréable, on sent bien qu’il est intégralement dédié à sa mission, magnifier une manière nouvelle d’aborder le divertissement et sa physicalité, bien plus qu’il n’entend proposer une œuvre scénaristiquement et thématiquement aboutie. Ang Lee est un excellent réalisateur, qui se comporte ici en artisan soigné, mais jamais totalement investi dans son récit.

 

photo, Will Smith, Clive Owen Clive Owen et Will Smith (enfin presque)

 

Ce dernier est fonctionnel, trop bavard malgré des dialogues soignés, et échoue un peu à renouveler les formats de l’action dans son climax. Ce dernier est pourtant traversé d’images fortes, d’hommages qui amuseront les fans d’Uncharted, mais ne se révèle pas aussi fort que l’orgasmique affrontement central, véritable morceau de bravoure du film.

Série B d’action sympathique, mais finalement assez convenue dans son architecture, Gemini Man vaut par et pour la 3D 120 fps (baptisée dans l’hexagone « 3D+ »), qui dévoile le cœur explosif du film.

 

Affiche française

Résumé

Visionné en 3D HFR, Gemini Man passe de série B d'action sympathique mais convenue à tornade euphorisante, offrant au spectateur un raz-de-marée de sensations inédites.

Autre avis Geoffrey Crété
C'est bien beau cette démonstration de force qui offre parfois des plans ou effets sensationnels, mais Gemini Man a oublié quelques détails : un scénario, des personnages, un antagoniste, et des idées dans l'action et les chorégraphies. Une triste carcasse vide qui se traîne, pour la gloire technologique.
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commentaires
Miami81
27/04/2021 à 01:05

Pas vu en 3D HFR, du coup, hormis la scène de poursuite à carthagène, le film ressemble plus à du DTV. Le budget de 130 millions de $ semble totalement englouti dans l'effet 3D HFR et le rajeunissement de Will Smith. Lent, mou, inutilement bavard, Ang Lee prouve une fois de plus. qu'il n'est pas fait pour le genre action. Will Smith ne semble pas très impliqué et nous joue plus un Denzel Washington désabusé qu'un dynamique Will Smith doué d'une grande palette de jeu et c'est regrettable. Le reste du casting semble ne pas servir à grand chose hormis Marie Elizabeth Winstead qui à défaut d'avoir un réel charisme voit son personnage passer d'un simple agent de surveillance en une machine à tuer d'une efficacité redoutable. Le pire arrive sur le final où on tombe dans le grotesque, que ce soit sur le climax ou sur l'épilogue.

Rorschach
18/08/2020 à 11:50

J'ai vu ce film au cinéma dans une immense salle IMAX dernière génération, autant dire dans des conditions plutôt excellentes. J'avais vraiment envie d'apprécier le truc et je suis plutôt bon public pour ce que ça vaut, mais la franchement j'en garde un mauvais souvenir, j'irai même jusqu'à dire que je me suis ennuyé sévère. Pourtant votre critique est plutôt positive, les goûts et les couleurs ne se discutent pas je suppose...

Grand Monarque
17/08/2020 à 11:35

Will Smith et son clone , donc çà fait un disciple de Ron Hubbard plus le clone en 120 fps
La Claque quoi,
Citizen Kane aussi c'etait la claque technique à l'époque, du compositing optique en rembobinant la pellicule, du grand angle et un tres bon eclairage plus enorme profondeur de champs, c'était genial le travailde Greg Tolland disparu trop tôt, quand j'ai vu le Citizen kane ,je me suis royalment ennuyé, mais j'appreciai la technique de l'époque, je n'avais que faire de ce milliardaire seul et finissant seule la fin est impressioonate avec le travelling aérien, je l'ai mieux apprecie la deuxieme fois que je l'ai vu, en remasterise et bluray, plus pour les flash back et la technique que sur le fond,
dans Gemini,c'est déja has been dés la sortie, c'est 100% sterile,

Sanchez
17/08/2020 à 10:02

C’est d’un ennui mortel . 3 scènes d’action dans le film ça fait peu , bcp trop de blabla , tout le monde a l’air d’être en vacances peinard . On nous présente un type qui peut sniper des mecs dans un tgv ... n’importe quoi. On est censé être dans un film d’espionnage , pas dans Marvel. Seul la 1ère course poursuite vaut le coup d’œil. Après les effets des mouvements sont super mal fait et la dernière scène d’action est pathétique

ban
16/08/2020 à 23:28

Il y a au moins 3 étoiles de trop dans votre note.

Cacouac
16/08/2020 à 20:50

L'exercice technique est loin derrière puisque le film n'existera plus qu'à la télé.
Et dans des conditions standards, le double numérique de W. Smith ne ressemble jamais à rien d'autre qu'à un double numérique dans un film creux...

Reste la satisfaction de voir des scènes d'action réalisées par un réalisateur qui sait ce qu'il filme. On finirait presque par oublier à quoi ça ressemble.

Voldo
13/06/2020 à 18:29

Sur le fait de filmer en 4K, 3D et 120 FPS, c'est sans doute exceptionnel (je n'ai pas vu le film dans les meilleures conditions). Mais au niveau du résultat, notamment du clone de Will smith, on a l'impression de voir une cinématique de jeu vidéo. De même pour dans de nombreuses scènes d'action.

Ca ressort d'autant plus que le vraisemblable a été oublié au passage (dès la première scène).

Bref, de nombreux films m'ont impressionnés "techniquement", mais pas celui là. J'aurais sans doute été impressionné en le voyant au cinéma en "3D+", mais cela aurait été le cas pour plus ou moins n'importe quel film réalisé et diffusé dans ces conditions, donc pas vraiment spécifique à Gemini man.

Des dialogues soignés, vraiment ?

La Classe Américaine
07/06/2020 à 17:23

Ce film n'est qu'un prétexte idiot pour faire joujou avec une camera et une technologie marginales et, comme au bonto, détourner l'attention au sujet du vide scenaristique. Comme avec Avatar de J. Cameron, en somme.

Sascha
07/06/2020 à 10:34

Hormis la "révolution technique", le reste du film est navrant. Mal joué, mal filmé... Des acteurs qui sont là sans être là... Je me suis vraiment ennuyé tout du long.

amdsfilms
06/06/2020 à 21:00

le nanar grand luxe

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