Le Roi Lion : critique pour rugir de plaisir

Christophe Foltzer | 11 juillet 2019 - MAJ : 12/07/2019 09:54
Christophe Foltzer | 11 juillet 2019 - MAJ : 12/07/2019 09:54

Si Disney en énerve pas mal à force de refaire tous ses classiques en mode films live avec Le Livre de la Jungle, La Belle et la BêteAladdin, Dumbo... il faut reconnaitre que le studio sait se donner les moyens d'y parvenir, même si le résultat est rarement à la hauteur des espérances. Pourtant, avec Le Roi Lion, plus que pour aucune autre adaptation, le studio n'avait pas le droit de se louper.

L'HISTOIRE DE LA VIE

Il faut croire que le studio Disney a pris au mot la philosophie du Roi Lion, le film original de 1994 de Rob Minkoff et Roger Allers : les choses et les gens naissent, grandissent et meurent pour retourner à la terre et tout recommencer sous une autre forme. Car plus qu'avec aucun autre film de sa collection de remakes, Disney n'a donné autant l'impression de tourner en rond, de tenter de se réinventer et de perpétuer sa légende.

La perspective de retrouver Jon Favreau après Le Livre de la Jungle avait ceci d'intéressant que, si l'homme n'est pas un grand réalisateur, il ne baisse jamais les bras face à un défi jugé impossible. Et avec ce nouveau Roi Lion, le pari est de taille puisqu'il ne s'agit ni plus ni moins, que de refaire le même film en passant du dessin animé à l'image de synthèse photo-réaliste.

Une gageure qui comporte un gros risque et qui amène du très bon, comme du très mauvais d'ailleurs, ce qui confère au film terminé un statut de gros point d'interrogation quant à son existence même.

 

photoTout ce que touche la lumière est leur royaume

 

Si nous n'avons rien, au fond, contre la démarche de réactualiser des "vieux" classiques pour s'ouvrir à un nouveau public (plus jeune et ayant bâti son goût du spectacle avec les progrès technologiques de ces 20 dernières années) encore faut-il qu'elle s'accompagne d'une plus-value conséquente pour justifier son existence, hormis la manne financière que le film va représenter pour le studio (car, quoi qu'il arrive, il fonctionnera en salles).

Or, le premier problème, et il est de taille, c'est que ce nouveau Roi Lion n'apporte rien par rapport à son prédécesseur. Pire, il lui enlève même un certain nombre de qualités. Ce n'est un secret pour personne que tous ces remakes à la chaine ajoutent environ une vingtaine de minutes supplémentaires par rapport à leurs modèles. Généralement, c'est pour y insérer de nouvelles chansons, voire, soyons fous, exprimer un quelconque petit point de vue auteurisant de la part de son artisan.

Dans le cas du Roi Lion, et c'est particulièrement problématique, cet ajout ne fait que baisser en qualité un récit pourtant particulièrement équilibré entre comédie, comédie musicale, tragédie et voyage initiatique.

 

photoCopie non conforme

 

C'est bien simple, tous ces petits ajouts épars ici et là alourdissent considérablement le propos, le surlignent inutilement quand ils ne le trahissent pas tout simplement.

Du strict point de vue narratif, on en arrive à une certaine incompréhension face à des choix dramaturgiques douteux qui expédient les enjeux capitaux du récit (traités tout en enchainements expéditifs qui leur enlèvent ainsi tout leur impact) pour se concentrer sur de nouveaux instants de comédie ou quelques (superbes) tableaux contemplatifs qui retombent à plat aussi sec parce qu'ils n'ont rien à faire là.

 

photoIl est mignon, même s'il a le regard mort

 

HAKUNA MATATA

Ainsi, les scènes clés se voient expurgées de leur puissance et de leur sens, qu'il s'agisse de la mort du père, de la prise de pouvoir de Scar, de l'éveil de Simba ou encore tout ce qui touche à Rafiki, le grand sacrifié du film, dont la scène emblématique (celle où il comprend que Simba est encore vivant) est entravée par une installation à rallonge bien trop signifiante pour être vraiment subtile et organique, alors qu'elle est capitale.

On se retrouve alors avec un récit artificiel qui semble prisonnier des figures imposées qu'il doit respecter et décide de les traiter par-dessus la jambe en dépit du bon sens (Can you feel the love tonight, moment capital dans sa mise en scène dans l'original, par exemple, arrive ici de façon abrupte et se déroule en plein jour, ce genre de choses). Oui, Le Roi Lion de Jon Favreau parvient à cet exploit de rater totalement les scènes qu'il devait à tout prix réussir. Et c'est triste. Et énervant.

 

photoUne pensée pour Rafiki

 

Vous nous direz qu'à la limite ce n'est pas si grave, puisque le gros enjeu du film se situait sur le plan technique. Et il faut bien reconnaitre que, de ce strict point de vue, Le Roi Lion nous en met plein la vue et fait preuve d'une beauté absolument saisissante. Nous n'avons, de mémoire, jamais vu un film en images de synthèse aussi abouti et réaliste, qu'il s'agisse dans ses textures (tous les poils des bêtes semblent bouger de façon indépendante), son design (on a réellement l'impression de voir de vrais lions) tout comme dans ses décors (réalistes à s'y méprendre).

Non, décidément, l'équipe d'effets digitaux à l'oeuvre est probablement la meilleure du monde actuellement et le tour de force est phénoménal. Pourtant, il comporte un gros point noir qui handicape sévèrement le film. Toute la grandiloquence et la folie douce du Roi Lion original se retrouvent ainsi enlevées parce que, justement, les personnages sont photoréalistes. Et un lion ne peut pas exprimer autant qu'un avatar dessiné et animé à la main.

 

photoTimon et Pumba, les vraies réussites du film

 

Le gros problème que cela pose en devient alors évident : on se retrouve avec un Simba jeune au regard vide de toute expression, d'un Zazu qui ne regarde jamais personne dans les yeux, de mouvements fluides, certes, mais qui restent accrochés à une certaine normalité.

Et ce, alors même que Le Roi Lion, dans sa direction artistique, exagérait les regards et les expressions des personnages, se permettait quelques envolées bizarroïdes (Je voudrais déjà être Roi, par exemple), pour souligner l'intensité des émotions en jeu. Ici, rien de tout ça, tout reste plat, sur la terre ferme et perd donc forcément en intensité.

 

photoUn Scar toujours aussi machiavélique par contre

 

UNE NOUVELLE ÈRE ?

Pour compenser cet écueil, les comédiens donnent l'impression d'être en constant surjeu, ce qui crée un décalage particulièrement perturbant puisque nous avons une voix très impliquée et forcée, plaquée sur un personnage la plupart du temps monoexpressif. Ce qui est principalement le cas pour Simba jeune.

Bien sûr, cela n'enlève rien au tour de force technique opéré par le film, mais il montre clairement les limites de la démarche et en appelle peut-être à une remise en question de la course au "toujours plus" dans laquelle s'est engagée Disney depuis quelques années.

 

photo le roi lionMouais.... ça ne vaut pas le dessin animé hein

 

Si tous les comédiens impliqués (Donald Glover, Beyoncé Knowles, Seth Rogen ou encore Chiwetel Ejiofor) sont très convaincants dans leurs rôles respectifs, qu'ils modifient des chansons bien connues pour tenter de se les approprier, ils n'arrivent cependant pas à effacer le passé, en dépit de leurs efforts. Et si, au final, Le Roi Lion émeut toujours autant à certains passages, ce n'est pas parce qu'il les traite comme il faut, mais parce qu'il en appelle à une certaine nostalgie et que l'on pense immédiatement aux scènes du film original.

On se retrouve donc avec un objet très bizarre, inutile dans sa raison d'être mais très impressionnant dans sa dimension technique, qui rajoute et pourrit l'histoire originale pour la faire perdre en puissance. Et pourtant, quand on s'émeut d'une scène, c'est toujours parce que le souvenir du "vrai" Roi Lion revient en tête, mais jamais grâce à ce tour de passe-passe sans audace et paresseux que vient de nous infliger Jon Favreau pendant presque 2 heures.

 

Affiche

Résumé

Sur la forme, ce Roi Lion nouvelle génération est très impressionnant mais, dans le fond, il se révèle particulièrement vain, creux et inutile. Pire encore, il gâche cette très belle histoire qui n'avait clairement pas besoin de ça. En ce qui nous concerne, ce modèle vient vraiment de montrer ses limites. Et si on met 2 et pas moins, c'est juste pour saluer l'exploit technique, réellement bluffant.

Autre avis Geoffrey Crété
Tout indique que ce Roi Lion remixé s'adresse exclusivement aux grands fans du dessin animé et leur nostalgie insatiable. Seuls eux pourront être cléments face à cette longue démonstration technologique un peu vaine et très peu inspirée.

commentaires

Simon Riaux - Rédaction
21/08/2019 à 14:09

@Douds 17

Hello et merci pour votre message !
Pour préciser, ce n'est pas moi qui ai écrit la critique, je vais donc parler en mon seul nom, en espérant que ce bon Christophe passe par ici.

Pour ma part, je dirais qu'un excellent exemple de trahison, c'est la séquence assez bête où la brise emmène quelques poils jusqu'à Rafiki. La scène me semble symboliser tout le projet : techniquement sur-abouti, mais en contradiction fondamentale avec l'esprit du récit (un conte initiatique animalier et musical d'un côté, une tentative de photo-réalisme de l'autre), beaucoup trop long, et d'un cynisme sans nom. Le fait que le processus passe par une digestion et une excrétion témoigne bien de l'égard du studio envers l'oeuvre. C'est un bien voué à être digéré, puis chié, afin de laisser la place à un produit suivant.

Tous les ajouts du film me paraissent dilatatoires, anecdotiques et inutiles.

Techniquement c'est une performance indiscutable. Artistiquement, c'est un crachat.

Douds 17
21/08/2019 à 14:01

Hello à l'équipe d'Ecran Large et tout d'abord pour le super travail que vous faites !

J'attendais de revoir le dessin animé avant de revenir vers vous.
Mais après l'avoir revu hier, cela confirme ce que je pensais, je vous trouve très dur avec cette nouvelle version !
Tout d'abord pourriez-vous citer les ajouts épars alourdissant voire trahissant le propos selon vous et de quelle incompréhension face à des choix dramaturgiques douteux vous faites référence ?

Vous parlez de Rafiki comme le grand sacrifié du film, mais il ne faut pas oublier qu'il n'apparait que très peu dans le dessin animé. La seule scène manquante est celle du double coup de baton à Simba, une scène géniale mais de là à parler de sacrifice...

De plus dans le dessin animé, Can you feel the love tonight n'a pas lieu en soirée mais en fin de journée donc le traitement de la nouvelle version ne me semble pas choquant.
Vous dites que le film de Jon Favreau parvient cet exploit de rater totalement les scènes qu'il devait à tout prix réussir mais trouvez-vous vraiment l'introduction, la scène du cimetière, des gnous, ou encore la bataille finale ratée ??

Vous ne mentionnez pas non plus les beaux ajouts ou trouvailles de cette version comme par exemple le discours beaucoup plus étoffé de Mufasa à Simba au sujet du royaume ou les confrontations entre Scar et Sarabi.
Ou encore une scène bien menée permettant d'expliquer comment Nala a pu s'échapper en pleine nuit.
Voire même le petit gag clin d'oeil bien vu lors de la chanson HAKUNA MATATA.

Enfin, cette version permet de rectifier quelques incohérences du dessin animé et notamment que Zazou soit assomé par Scar pour que ne pas qu'il aille chercher de l'aide mais qu'il n'en parle jamais après.

Qu'en pensez-vous ?

KEVIN DIOLES
29/07/2019 à 03:21

Pourquoi allé voir ce film ? Pour son histoire, NON! nous la connaissons.C est la question que je me suis posée.Je suis un grand fan dans l'évolution du cinéma, et il faut l admettre, que ce film est incroyablement bien fait. On se trouve dans une nature très réaliste, avec des animaux aux mouvements très réussis. Dommage que tous ces personnages se mette à parler, dans le dessin animé pas de problèmes, mais la,ils sont tellement vrai que cela sonne faux.En espérant que ce film ne fasse pas ombrage a tous les artistes qui ont œuvré sur l original. A croire que la maison Disney n'est plus très riche en'idées de scénario. Il n'y a pas que le fric dans la vie monsieur Disney, car si vous reprenez tous vos classiques pour montrer vos évolutions et vous remplir les poches tout en écrasant d'autres films qui ne sont pas de votre écurie je trouve cela dégueulasse .Note sur la qualité du film 10/10. Note sur le scénario du film 0/10. Vous avez triché sur l'original monsieur Disney

Bubu
20/07/2019 à 10:03

On dit tu es.

Alan Smithee ah bah ça y est j'ai réussi on dirait. J'ai joué de toi ma petite marionnette. Sérieusement, tu aurais dû m'insulter depuis le début étant donné que jusque là tu n'as pas été capable de me convaincre avec ton argumentaire bidon. En plus t'es rancunier parce que des personnes ont aimé ce film, et ne partagent pas ton avis, et c'est moi que tu traites de mauvais spectateur? Get lost
En tout cas merci de m'apprendre qua le cinéma et internet existent dans les grottes; bien ta grotte? je parie que tu vis sans compagnie... qui pourrait supporter une compagnie pareille excuse-moi!
Bref, reste dans ta grotte.

Ceci était mon dernier passage, donc t'efforce même pas à répondre sauf si ça t'enchante,

Alan Smithee
19/07/2019 à 11:00

@Bubu

Bon j'avais évité les insultes jusque là mais maintenant je suis obligé: Tu est un mauvais spectateur asservie à une multi nationale.

Bubu
19/07/2019 à 08:23

Alan Smithee : je pense qu'on joue trop sur les mots là :) remake en anglais signifie refaire, comme refaire une nouvelle prise... on est d'accord? en tout cas j'avais bien aimé la remake d'aladdin, ça n'était pas une pale copie de l'original puisqu'il y avait de nouvelles scènes (même si l'intrigue reste identique) donc ça m'a fait d'autant plus plaisir

Nimbari : roi léo topkek

kolby
19/07/2019 à 03:14

je ne trouve pas d’inconvénient les remake des DA refait en live, c'est plutot revolutionnaire. je trouve cela bien car je vois clairement que les studios grandissent avec nous pour notre plaisir. tout le monde se retrouve enfant comme adulte. cette nostalgie amelioree surtout ceux fait uniquement d'animaux n'est que du bonheur. le livre de la jungle les 2 versions, dumbo et maintenant le roi lion. merci pour ces moment.
personnellement, je m'en tape que l'histoire soit pareil, a partir du moment que la technologie change, je suis tout oui

zoom7
19/07/2019 à 02:28

"Et un lion ne peut pas exprimer autant qu'un avatar dessiné et animé à la main."
Vous avez tout résumé!

Nimbari
18/07/2019 à 21:08

De toute façon l'original est un honteux plagia du roi Léo, rien à foutre du remake d'un plagia.

Alan Smithee
18/07/2019 à 11:27

@Bubu

Le problème n'est pas de faire un remake à condition que ce remake se démarque de l'original (exemple le livre de la jungle qui n'est pas un remake plan par plan)

Ce remake était complétement inutile et n'a été fait que pour faire de l'argent sur la nostalgie de ces fans, autrement dit c'est un film cynique et opportuniste.

Ensuite pourquoi les fans aimeraient ils ce film? Ce n'est pas le film qu'ils ont aimés.

Ce dont les gens ont besoin ce n'est pas d'un remake plan par plan d'un film qu'ils adorent mais d'une nouvelle histoire à adorer

Plus

votre commentaire