The Front Runner : critique qui trempe son biscuit

Simon Riaux | 16 janvier 2019 - MAJ : 16/01/2019 12:08
Simon Riaux | 16 janvier 2019 - MAJ : 16/01/2019 12:08

1988, Gary Hart est le candidat favori de l’investiture démocrate à la Présidentielle et il le sait. Il entame une campagne où rien ne semble pouvoir lui résister, jusqu’à ce que deux journalistes ne le prennent en flagrant délit d’infidélité. Convaincu que sa vie privée n’intéresse pas les électeurs, il ne comprend pas que le débat médiatique est sur le point de changer de nature et de le pulvériser. Après Juno, Young Adult et plus récemment TullyJason Reitman se penche sur la chute d'un candidat à la présidentielle américaine dans The Front Runner avec Hugh Jackman.

photo, Hugh Jackman
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PRESSE PIPOT

Voilà le point de départ du nouveau film de Jason Reitman, qui ausculte un des plus spectaculaires naufrages politiques de l’histoire américaine contemporaine. Comme souvent dans son cinéma, il sera question d’un parcours qui déraille, d’un train en marche pour une victoire annoncée, dont le chauffeur constate trop tard l’inévitable sortie de route.

Ce candidat promis aux oubliettes de l'histoire est la continuation de l'ado enceinte de Juno, de la reine de promo devenue ogresse associable de Young Adult ou de la mère haïssant son rôle dans TullyUn programme connu donc, qui se double ici de considérations assez passionnantes, puisqu’il fait de The Front Runner un nœud symbolique, qui cristallise les actuels débats sur le sens de l’information, le rôle des journalistes, mais aussi l’appréhension des femmes par les hommes dans l’espace public, et ultimement leur rôle au sein du corps social.

 

photo, Hugh JackmanUne interpellation nocturne qui va bouleverser le sort d'un futur président

 

TOUS POUR RIRE

Car en plongeant aux côtés des tourments qui vont démembrer le corps politique de Gary Hart, Reitman montre que la bascule voyeuriste a évidemment précédé les réseaux sociaux, mais surtout qu’elle n’est pas le fruit d’une quelconque idéologie ou d’une forme de puritanisme auquel on renvoie souvent les Etats-Unis. En représentant son avènement comme un canard sans tête né d’une constellation d’intérêts différents mais convergents le réalisateur nous offre un point de vue autrement plus nuancé et complexe que ce que nous offrent les habituels observations sur ce sujet.

À ce titre le choix de Hugh Jackman pour interpréter le politicien s’avère excellent. Réacteur nucléaire à charisme enrichi, l’artiste n’a jamais été un grand nuancier, et justement, le film exploite parfaitement cette donnée, faisant de Hart un logiciel extrêmement sophistiqué et aguicheur, mais légèrement anachronique, incapable de saisir la nouvelle nuance qui refaçonne son époque. Et le voir ne jamais comprendre comment et pourquoi ses frasques, ou le traitement infligé par la presse à ses maîtresses raconte quelque chose de son rapport aux femmes est souvent plus efficace que bien des thèses sur le sujet.

 

Photo Hugh JackmanL'art impossible de la confession

 

VOTE BLANC

Fable cruelle qui veut raconter comment l’humiliation de Gary Heart contenait déjà #MeToo et la défiance de la parole publique, comme des relais médiatiques, The Front Runner se drape logiquement dans les codes esthétiques du Nouvel Hollywood, avec un luxe de détails qui flattera confortablement le cinéphile. Photo chaude et organique, goût démesuré pour le zoom, découpage et mise en scène s'amusent à charcuter la vulgarité des années 80 avec la charte établi par les fossoyeurs du rêve américain. Malheureusement, Jason Reitman se retrouve souvent dépassé par l’ambition de son récit et la multiplicité de ses thématiques.

 

photo, Hugh Jackman Hugh Jackman

 

En l’état, le métrage a bien du mal à trouver son rythme. Pire encore, à force de personnages et de facettes, il gomme les articulations entre ses différents actes, à tel point qu’il devient difficile d’en ressentir pleinement les grands mouvements.

Pour intelligent qu’il soit, The Front Runner prend beaucoup trop son temps avant de rentrer dans le vif de son sujet, s’attardant bien trop sur les débats internes à la campagne que nous suivons, pour finalement se terminer en queue de poisson, comme pour ne pas céder un pouce de terrain à la facilité émotionnelle. Autant de choix respectables, qui amoindrissent lourdement l’immersion du spectateur et le plaisir qu’il retire de cette chronique amère.

 

Affiche française

 

Résumé

Riche, intelligente et dense, cette chronique politique à la réjouissante cruauté souffre d'un tempo qui manque de dynamisme. 

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