Bienvenue à Marwen : critique alter Lego

Simon Riaux | 2 janvier 2019 - MAJ : 02/01/2019 14:36
Simon Riaux | 2 janvier 2019 - MAJ : 02/01/2019 14:36

Parcours injuste que celui de Robert Zemeckis, immense artisan de la pop-culture contemporaine, souvent considéré comme un satellite de Steven Spielberg, désormais appréhendé par la critique et le public avec un désintérêt teinté de condescendance, quand il demeure un des créateurs et expérimentateurs les plus stimulants en activité. Son nouveau film Bienvenue à Marwen, avec Steve CarellLeslie MannMerritt Wever et Diane Kruger notamment, le prouve encore.

Affiche française
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LE ZEMECKIS LE PLUS BON

Après Alliés, le cinéaste revient en apparence au pur trip imaginaire avec Bienvenue à Marwen. Il y est question de Mark Hogancamp, artiste mutilé par une agression d’une violence extrême, dont il tente de se remettre en fantasmant trauma passé, présent et futur via les petites figurines qui peuplent sa ville imaginaire de Marwen. Il y rejoue ou anticipe une existence brisée, au gré de confrontations délirantes pastichant les combats de la Seconde Guerre mondiale.

 

photo, Steve Carell Steve Carell rejoue ses traumas

 

Bienvenue à Marwen entretient énormément de liens avec le précédent effort du cinéaste, également incompris, où il interrogeait les codes du cinéma d’espionnage pour finalement s’interroger sur le rôle du narrateur, la manipulation du spectateur et in fine la matière première des mythes. En ré-énergisant une nouvelle fois cette imagerie, Zemeckis cherche désormais à embrasser tout son cinéma, dans un geste d’une générosité constante.

Héros enfermé dans un espace mental et physique aux airs de malédiction (comme l’île de Seul au monde, les paradoxes de Retour vers le futur, les spirales meurtrières de La Mort vous va si bien) Mark va devoir embrasser ses démons et ses cicatrices pour les dépasser et transcender son existence. D’où une réflexion cristalline sur la création et les rapports étroits entre art, thérapie, et grâce. Car, et c’est toute la poésie du métrage, sous ses airs de fable positiviste, le récit orchestré par Zemeckis déploie une quantité de concepts et de nuances qui bouleversent perpétuellement le spectateur.

 

photoDes influences pulps évidentes et savoureuses

 

GLORIOUS BASTARDS

Loin de se contenter d’opposer les rêves de jouets animés de Mark et sa réalité en apparence plus tourmentée, le réalisateur se plaît à brouiller les pistes. En collant les yeux et les bouches de ses authentiques comédiens sur leurs avatars de plastique, en proposant une catharsis judiciaire grandeur nature, ou avec une délicatesse infinie, en animant un petit soldat par la seule force des tremblements inquiets de Steve Carell, il rappelle constamment que son cinéma s’est toujours interrogé sur les possibilités narratives offertes par la technologie et leur intrication avec le celluoïd.

 

photoGirl (pas soft) power

 

Victime de la violence d’une bande de néonazis, le héros fracturé, associe la masculinité à une forme de pollution toxique, un fascisme qui le pousse naturellement à s’approcher et à s’identifier aux femmes. Pour autant, Bienvenue à Marwen est très loin de se penser comme une chronique artistique mâtinée de moraline #MeToo.

Avec une certaine audace et un humanisme désarmantRobert Zemeckis met frontalement en scène les conséquences du quotidien meurtri de Mark, de son fétichisme d’héroïnes féminines qu’il fantasme le sauvant encore et toujours, en passant pour sa fascination, curieuse, troublante et passionnante, pour les chaussures à talons. Soit une représentation du féminin sacré fascinant de paradoxes et de complexités, où d'incroyables convulsions de violence coexistent avec une tendresse évidente.

 

photoVoilà une sacrée troupe d'Expendables

 

Et c’est là une des immenses forces du métrage. Multiple dans ses thèmes, il l’est également dans l’écriture de ses personnages. Pour candide qu’il soit, le scénario se refuse ainsi systématiquement à tout simplisme.

Cette complexité se retrouve enfin dans la maestria technique de l’ensemble, dont la moindre séquence regorge de petites et grandes trouvailles en matière de découpage, jusque dans le choix de ne pas coller à l’histoire vraie (ou au documentaire) qui servent ici de matière première. Bienvenue à Marwen vibre de vie, grâce à ses mélanges de techniques audacieux et ses choix narratifs qui nous interdisent de lui trouver une case où le ranger sagement. C’est de cette matière que sont fait les grands films de Robert Zemeckis.

 

Affiche

Résumé

En se penchant sur la figure d'un artiste poussé par un trauma ultra-violent à transcender sa condition de survivant, Robert Zemeckis livre un de ses films les plus inventifs, complexes et virtuoses.

commentaires

Matt
08/01/2019 à 19:57

Assez d'accord avec votre critique. En grand admirateur de Zemeckis, je trouve que c'est son film le plus personnel depuis bien longtemps (The Walk en avait sous le capot certes).

Toujours ces thèmes chers au réal que vous soulignez ainsi que d'autres comme ce sentiment de raconter l'Histoire sous un prisme différent (e plan de début après la fin de l'histoire de guerre de "fiction" où l'on passe à travers l'oeilleton de l'appareil photo), la médiatisation qui peut s'avérer néfaste (clip à la TV du shop), l'alcoolisme (héros, mais aussi Kurt le bad guy) j'en passe et des meilleurs (Diane Kruger sorcière ressucée de Angelina Jolie chuchoteuse du côté sombre du héros.

Par contre, je trouve dommage que Zemeckis fasse de son film un peu un best of/pot pourri trop appuyé de son oeuvre (le clin d'oeil Dolorean un peu balourd) et qu'il donne un surplus d'explications vraiment pas obligatoire à son histoire (l'addiction du héros notamment).

Mais bon quand on attend un projet de cette envergure avec un réal de cet envergure, on veut atteindre le summum bien installé dans son fauteuil ...

Summum qui n'est pas loin d'être atteint Mr Zemeckis!!!!! Je vous aime.

Benjamin
05/01/2019 à 09:26

Vous auriez pu préciser à quel point Steve Carrell porte le film. C'est un rôle incroyablement casse gueule et il n'y avait que lui pour faire ça aussi bien. Il est franchement bouleversant.

jhudson
04/01/2019 à 04:17

Je ne connais pas quelle raison ils ont donné dans le film qui cause l’agression , mais le vrai Mark Hogancamp avait avoué a des personnes qu'il aimait s'habiller en femme , donc c'est une attaque homophobe .

C'est pourquoi que dans le film il y a cette fascination pour les chaussures à hauts talons.

Il existe un documentaire Marwencol en 2010 qui a donné a Zemeckis. l'idée de ce film.

PreacherMan
03/01/2019 à 22:46

@ Rorov94
...Sucker Punch ??
Tu veux dire la merde qui pompait le Brazil de Terry Gilliam ?

Rorov94
03/01/2019 à 16:20

Une merde.poétique et prétentieuse qui pompe sur le principe de SUCKER PUNCH.
Bye bye Zemeckis,vaya con dios...

antw1fisher
03/01/2019 à 12:24

@Moi effectivement mea culpa, mon appli Allociné ne me montrait que les séances en VF, il passe aussi au Majestic, cool !

Moi
03/01/2019 à 11:31

@antw1fisher le UGC ciné cité Lille rue de Béthunes le passe n VOSTF

@tlantis
03/01/2019 à 11:16

@ Nuber6 la critique américaine aime les Marvel :-) cela veux tout dire.

je l'ai vu hier soir et j'ai trouver très bon, pleins de bonnes idées. mais traine un peux sur la longeur, et manque un petit quelque chose pour le rendre plus émouvant.

mais une très bonne surprise.

antw1fisher
02/01/2019 à 23:14

Une critique qui rassure effectivement et qui donne envie. Malheureusement dans les salles lilloises c'est la douche froide, le film ne passe qu'en VF :/ Un cas de figure assez rare, la mauvaise presse US et le flop au box office ont pas du rassurer par chez nous, d'où peut être un nombre de copies VO distribué en faible nombre dans l'hexagone

colloc 1
02/01/2019 à 20:11

Mince , moi qui voulait quand même aller le voir ......!

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