Black Mirror : Bandersnatch - critique interactive

Mise à jour : 28/12/2018 16:05 - Créé : 28 décembre 2018 - Alexandre Janowiak

Après deux saisons sur Channel 4, la série Black Mirror de Charlie Brooker a été rachetée par Netflix qui a produit deux nouvelles saisons de six épisodes (les saisons 1 et 2 en comptaient seulement 3) avec plus ou moins de succès. Une chose est sûre, la série est un des programmes phare de la plateforme qui avant de délivrer la saison 5 décide de faire bouger les lignes en sortant Black Mirror : Bandersnatch.

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304 réactions

MAKE YOUR OWN CHOICES

Black Mirror : Bandersnatch n'est pas un épisode comme les autres de la série de SF dystopique sur le pouvoir des technologies, des médias, des réseaux sociaux... sur l'homme. Non, Bandersnatch n'est pas un épisode comme les autres puisqu'il s'agit d'un film mais pas un film comme les autres non plus.

Bandersnatch est une expérience hors du commun. Une quasi première dans le monde du cinéma (des jeux vidéo tel que Late Shift usait déjà du concept) en proposant un scénario interactif où le spectateur choisit les actions, les lieux visités, les réactions... à la place du personnage principal et fait avancer le récit lui-même.

Ainsi, le spectateur plonge en 1984 -référence évidente au roman de George Orwell - et suit (ou plutôt écrit) le parcours de Stefan, un jeune programmeur qui adapte en jeu vidéo un roman fantastique où l'on est le héros (Bandersnatch de Jerôme F. Davies). Le début d'une aventure hallucinante.

 

 

EXPÉRIENCE MULTIPLE

Avant de débuter, le spectateur est prévenu par un écran d'introduction. A certains moments de l'histoire, le spectateur sera amené à cliquer sur son écran et choisir entre deux réponses-actions (voire plus dans certains cas) pour faire avancer l'histoire.

Dès le début, l'interactivité commence. Tout d'abord avec des choix ludiques sans grande importance (le choix des céréales ou le choix d'une musique dans le bus) puis par des choix aux conséquences bien plus importantes. Ils conditionneront la poursuite de l'histoire ou bien sa fin pour le spectateur qui tombera sur une impasse.

A l'image de "ces "livres dont vous êtes le héros" Black Mirror : Bandersnatch contient de nombreuses impasses scénaristiques où l'histoire est écourtée par un événement mineur, un accident... Cependant, l'expérience ne se termine jamais vraiment puisque la plateforme décide toujours de redonner une deuxième chance (ou de changer de chemin) pour vivre un maximum de possibilités.

 

PhotoLa manière dont sont présentés les choix est ludique 

 

C'est ici la grande richesse de cette création originale Netflix réalisée par David Slade. Le spectateur a l'impression qu'il contrôle intégralement le destin du jeune héros incarné par Fionn Whitehead (Dunkerque) et que chacun de ses choix ne pourra jamais être repris ou effacé. C'est en partie vrai, jusqu'au moment où l'on comprend finalement que certaines des décisions ne pourront pas empêcher des événements que nous n'avons pas choisi (le passage chez Colin incarné par Will Poulter).

A l'image de Stefan, le spectateur a l'impression de faire lui-même ses propres choix en cliquant sur l'une ou l'autre des propositions faites par Netflix. Il est clair que la série donne l'illusion au spectateur d'avoir le pouvoir de choisir ce qu'il veut voir mais au final, le show ne montre que ce que les créateurs ont décidé de montrer. Le film est d'ailleurs rempli de easter-eggs sur Black Mirror (les épisodes San Junipero, Nosedive, Metalhead par exemple) et sur la plateforme de SVoD elle-même (un troublant cercle vicieux final ou un clin d'oeil comique et inquiétant sur ordinateur).

 

Photo Fionn Whitehead, Will PoulterChoisir de regarder Bandersnatch c'est déjà tomber dans le piège de Black Mirror

 

UNE LIBERTÉ ILLUSOIRE META

Black Mirror : Bandersnatch se révèle alors une expérience extrêmement terrifiante. Une profonde critique de notre vision du monde, notre vision du divertissement et sur l'illusion de nos décisions. Au fil des minutes, alors même que le film ne dispose d'aucune barre de défilement empêchant le spectateur de savoir combien de temps durera la ou les séquences qu'il visionne, une question envahit l'esprit : sommes-nous vraiment maître de l'expérience ? Ou l'expérience nous donne-t-elle l'illusion de l'être pour nous contrôler dans un scénario écrit d'avance ?

Ce nouvel épisode-film de Black Mirrorqui n'est pas sans rappeler l'univers de Matrix des Wachowski finalement, est, encore une fois, nourri par le cynisme de son créateur Charlie Brooker. Le scénariste offre de multiples fins, lesquelles naissent d'actions proprement atroces ou immorales que le spectateur ne décide plus de commettre. Au contraire, il est obligé de les exécuter (les possibilités s'en tenant à des actions terribles) pour avancer.

La série nous met donc en garde à nouveau contre les dangers de la technologie qui en devient elle-même une source. Un avertissement féroce à l'heure où les technologies envahissent nos vies. Pardon, les ont déjà envahies. Expérons qu'il ne soit pas trop tard.

 

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Résumé

Bandersnatch n'est pas le meilleur épisode-film de Black Mirror malgré sa jolie réflexion sur le libre-arbitre et son nouvel avertissement meta contre les technologies. En revanche, il s'agit sans aucun doute d'une expérience très stimulante qui pourrait changer notre vision du divertissement.

commentaires

alshamanaac 04/01/2019 à 10:11

C'est un peu comme les jeux Telltale (type Walking Dead)... La première expérience est plaisante et on se demande comment les choses auraient tournées si on avait fait un choix différent, puis on se rend compte que tous les choix ramènent au final vers une trame principale immuable... avec des changements plus ou moins minimes finalement.

Dans cet épisode interactif, que perso j'ai trouvé très sympa, c'est un peu pareil, on se marre en ayant l'impression d'avoir fait des choix un peu barré (ATTENTION SPOILER : comme par exemple suivre Colin, se droguer et sauter par la fenêtre...)... Puis en le refaisant (perso j'ai accéléré les séquences pour pas tout me retaper) et bien on se rend compte qu'on avait pas toujours tant le choix que ca ! Mais en même temps, c'est un peu le propos de l'épisode...

Petite parenthèse perso // raconte ta vie privée // La dernière fois que j'avais vu un "film interactif" avec des choix... C'était pendant la nuit Cyber sur Canal + en 1996 qui se concluait évidemment sur du Cybersex, les spectateurs pouvaient appeler pour choisir la suite de "l'histoire" (point de vue homme ou femme ? / rester avec Roberto Malone etc...)... Etonnant que personne n'en ai parlé jusque là ? :-)))

Kouak 03/01/2019 à 10:23

Salut !
@EL
Vous êtes cités sur "20 minutes"...
A priori certains se demandent si cet épisode dit "interactif" n'est pas une combine de plus pour "encore" récupérer plus de données personnelles.
Mais bon, n'ayant pas vu l'épisode , je ne peux me prononcer objectivement.
Lien :

https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2406539-20190102-bandersnatch-coup-genie-coup-marketing-episode-interactif-black-mirror-divise

&ézsqw 30/12/2018 à 16:01

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gripsou 30/12/2018 à 00:22

Comme a dit Bad Taste
"Cependant, c'est loin d'être parfait. Il peut y avoir un côté répétitif rébarbatif"

C'est exactement mon sentiment. J'ai été vite gavé. Déjà que l'histoire en elle-même, chiante au possible. Alors les options peu palpitantes ouais / ouais carrément - Sérieux ? Les céréales, le coup de pied / la prise de karaté. Y a des moments où le "webstateur" est trop sollicité.

Oui pour la prise de risque, le concept. Mais le reste est à revoir (surtout le nombre d'options).

Tuorp 29/12/2018 à 22:57

@Picco : "J'ai regardé tout les rush possibles (plus de 5h) (...) On a qu'une vie bordel! Déjà que c'est long de terminer un jeu, si maintenant même les série se mettent à avoir plusieurs fin possible ça ne va pas aller..."
Je n'ai fait que suivre l'épisode et ça ne m'a pris que 1h30... tu dois avoir plus le temps que tu ne le penses car tu viens de te gâcher l'expérience et 5 heures de ton précieux temps.

bof 29/12/2018 à 14:26

J'aime Black Mirror, j'aime la SF, j'aime le jeu vidéo, j'aime les 80's... mais je n'ai pas (vraiment) aimé cet épisode. Plutôt plat, longuet et répétitif, avec un côté méta lourdingue et loin d'être subtil.

Bref, vivement la prochaine saison.

Picco 29/12/2018 à 01:14

J'ai regardé tout les rush possibles (plus de 5h), comme ça je suis rassasié. OUI je déteste le principe du choix dans une oeuvre artistique, je veux être transporté de A à Z par une intention autre que la mienne. Des choix on en a assez à faire dans la vie, pas besoin d'avoir le stresse aussi de louper des choses dans une oeuvre sensé faite pour se divertir.

Bref je voulais surtout voir si le jeu à la fin pouvait avoir un remake qui marche vraiment, mais non. Du coup déçu car on vois quand même les limites de ce format, comme tout bon jeu RPG qui se respect.

On a qu'une vie bordel! Déjà que c'est long de terminer un jeu, si maintenant même les série se mettent à avoir plusieurs fin possible ça ne va pas aller...

Bubble Ghost 28/12/2018 à 23:39

Le seul épisode de Black Mirror que l'on ne retrouvera jamais en entier sur les site de warez :D

Bad Taste 28/12/2018 à 21:05

En effet, l'expérience dure environ 1h30, si on décide de "choisir" de revenir sur des choix faits précedemment.
Et on n'a presque pas le choix (paradoxe) de choisir une autre voie, tellement on est curieux de voir comment l'histoire évolue si on avait fait d'autres choix.

J'ai beaucoup pensé à Matrix et 1984, évidemment. Et cet épisode est un superbe hommage aux Livres dont vous êtes le héros, que j'ai dévoré dans les années 80/90.

Cependant, c'est loin d'être parfait. Il peut y avoir un côté répétitif rébarbatif (heureusement tourné en dérision à plusieurs reprises, dont une qui m'a bien fait marrer). Plusieurs fins se ressemblent beaucoup, peu importe les choix que l'on fait. Et il y a un côté frustrant parfois, avec une envie de souffler "Tout ça pour ça". Mais ça, c'est uniquement si on ne prend pas le temps de fouiller parmi tous les choix possibles, et qu'on s'arrête tôt dans le programme. Je pense qu'il faut volontairement se perdre dans ce gros bordel jouissif, et ne pas s'arrêter au premier générique de fin qu'on nous propose.

J'adore particulièrement le détail totalement méta qui en fera marrer plus d'un, auquel vous faites allusion dans votre critique, sans entrer dans le détail. Ça m'a fait énormément rire, surtout la séquence qui suit chez la psy, complètement pétée du casque.

D'ailleurs, en parlant de la psy, si quelqu'un cherche son numéro, c'est le 20541 (merci Reddit). Je vais aller réessayer de ce pas.

Alexandre Janowiak - Rédaction 28/12/2018 à 16:45

Salut @marmelin,

pour avoir navigué pendant bien 2h30-3h, pour changer de scénario, recommencer... il est possible que l'expérience dure 20-30 minutes comme 1h avant d'avoir une fin.

En fonction de vos choix, elle durera maximum 1h30 je pense vu que c'est le temps indiqué par Netflix comme le dit d'ailleurs @Rep. Après elle pourra durer bien plus si vous décidez d'explorer en profondeur les multiples trames.

A bientôt !

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