Aquaman : critique à marée montante

Mise à jour : 18/12/2018 22:33 - Créé : 18 décembre 2018 - Geoffrey Crété

Aperçu dans Batman v Superman : L'Aube de la justice, au premier rang dans Justice League, Aquaman a droit à sa première aventure solo. Jason Momoa rempile donc, dirigé par James Wan (Fast & Furious 7Conjuring) et épaulé par Amber HeardPatrick WilsonNicole KidmanDolph Lundgren et Willem Dafoe. Avec un gros pari pour ce blockbuster estimé à 160-200 millions de dollars, qui doit redresser la barre après le désastre Justice League, et avant Shazam!Joker et Wonder Woman 1984. Mission accomplie pour Aquaman ?

affiche finale
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MARÉE HAUTE

Toi qui pénètre dans le monde d'Aquaman, prépare-toi. Car ici, tout est grandiloquent et gargantuesque. Il y a des océans sans fin et des déserts immenses, des villages sur Terre et des royaumes sous la mer, des soldats en armure et des hippocampes guerriers, des dinosaures oubliés et des monstres titanesques. Des raz-de-marée et des portails magiques, des princesses aux pouvoirs spéciaux et des princes énervés. Des animaux mignons et des bestioles sorties des cauchemars.

Aquaman, c'est une épopée hallucinée, qui déborde tous les côtés, pour le meilleur comme pour le pire. Ça ne ressemble à rien d'autre dans l'univers étendu DC, lancé par Man of Steel en 2013, et à presque rien au rayon blockbuster. Artisan très respecté, lancé avec Saw et qui a gagné en ampleur et maîtrise au fil des films, James Wan opère sur DC comme sur la saga Fast & Furious lorsqu'il a signé le septième épisode : il injecte une dose de folie débridée et baroque, hautement instable mais potentiellement exaltante. 

Le résultat avec Aquaman est à double tranchant. Le film invoque Star WarsAvatarAbyssIndiana JonesLe Seigneur des Anneaux et Jules Verne, rappelle la folle démesure d'un Jupiter : le destin de l'univers, et se place plus que la plupart des films de super-héros dans la lignée de l'imagerie des comics. Quitte à ressembler à un jeu vidéo. Aquaman, c'est donc un tourbillon multicolore, curieux et exténuant, capable aussi bien d'exaspérer qu'émerveiller.

 

photo, Jason MomoaJason Momoa en Aquaman, la troisième est la bonne ?

 

LA PISTE AUX ÉTOILES DE MER

En près de 2h20, Aquaman va très loin. Trop pour une partie du public, c'est certain. L'aventure d'Arthur et Mera se déroule sur Terre et sous les mers, les mène d'un temple caché dans le Sahara à un royaume cauchemardesque dans la fosse des Mariannes, et les confronte à quantité d'ennemis plus ou moins ridicules, jusqu'à un climax sous forme de gigantesque bataille entre Pacific Rim et Sauvez Willy.

Comme s'il s'était dit qu'il n'aurait probablement plus jamais cette occasion, avec un tel budget et un tel super-héros, James Wan pousse tous les curseurs au maximum. Quitte à saturer les yeux et les neurones avec une telle explosion de couleurs, de lumières, de mouvements et d'univers, qui se superposent et s'accumulent au point de ne jamais vraiment avoir le temps d'exister et respirer.

 

photo, Jason Momoa, Amber HeardAccrochez-vous à votre siège

 

Mais l'ambition est aussi claire que folle, et à l'écran, c'est hallucinatoire tant James Wan va loin. Les fonds verts et incrustations sont devenus un problème majeur pour bien des blockbusters, qui tentent de les masquer au mieux malgré une production industrielle ? Wan intègre d'office cette donnée, et lisse tout le film autour des effets parfois approximatifs. De quoi les noyer dans une mélasse assumée, plus harmonieuse dans l'extrême.

Le film parle d'un super-héros capable de parler sous l'eau et communiquer avec les animaux sous-marins ? Il le montrera sauter au milieu de dauphins, utiliser la gueule d'une baleine comme refuge, ou mener un armada de requins et raies.

Les héros visitent le peuple des Trench, connus pour être sauvages et sans pitié ? Ils plongeront dans un enfer aquatique terrifiant, qui lorgne clairement vers le film d'horreur. Avant de découvrir une partie du monde complètement folle, qui repousse encore les limites de l'univers du film.

Des costumes aux coiffures, des vaisseaux aux armures, Aquaman ressemble à un film kamikaze, qui se contrefiche du bon goût et n'a peur de rien. C'est certes un pari risqué, qui risque clairement de repousser beaucoup de spectateurs, mais dans le paysage actuel, c'est comme une bulle d'air. Car ici, il n'y a pas de bureaux du gouvernement, de rues de métropole américaine, de parking sombre ou de planète générés par ordinateur. Il y a bien plus, et probablement bien pire. Mais c'est beaucoup plus drôle.

 

photo, Amber Heard Mention spéciale à la robe tentacules-méduses de Mera

 

ENTRE DEUX EAUX 

Ce trop-plein aux airs de pot pourri va régulièrement trop loin, ou manque sa cible. L'impression d'assister à un enchaînement mécanique de scènes utilitaires, où une discussion formatée est interrompue par une explosion, est vite ridicule. Tout semble traité en accéléré et dès qu'il s'agit des personnages, le film avance par à-coups, incapable de les laisser respirer.

La relation entre Arthur et Mera, soi-disant inspirée par À la poursuite du diamant vert de Robert Zemeckis, est particulièrement ratée. L'écriture est pataude, d'une paresse souvent spectaculaire, avec des dialogues qui ne sont pétillants et charmants que dans l'esprit dérangé de producteurs et scénaristes à la cinéphilie atrophiée.

 

photo, Patrick WilsonPatrick Wilson s'en sort miraculeusement bien, malgré l'écriture

 

Probablement talentueux dans d'autres circonstances, Jason Momoa et Amber Heard ne réhaussent jamais les scènes, et oscillent entre une légèreté appuyée et un premier degré hilarant lorsqu'une phrase parfaitement débile est prononcée dans un mouvement de cheveux et de hanche savoureux. 

L'humour est d'ailleurs l'un des gros ratés du film, tant Aquaman n'est jamais drôle. L'intention est là, mais trimballer ce métalleux mouillé, tatoué et musclé à droite à gauche, en lui donnant des répliques sorties d'une autre décennie ("Permission to come aboard"), ne suffit pas. Ce n'est certainement pas pour rien si Arthur et Mera sont à peu près les seuls porteurs de cette légèreté, tandis que tous les autres semblent jouer dans du Shakespeare : la drôlerie n'a rien à faire ici, et James Wan n'a pas l'air d'y croire.

 

photo, Jason Momoa, Amber Heard Game of Trident

 

ÉBULLITION

Sans surprise, le film joue sur plusieurs tableaux, avec des grands écarts parfois aberrants. La musique de Rupert Gregson-Williams offre quelques beaux moments (dont une entrée dans Atlantis aux accents de Tron), le compositeur Joseph Bishara (AnnabelleConjuring et Insidious) apporte sa touche horrifique à la superbe scène des Trench (qui confirme la forte influence de Geoff Johns), mais ailleurs, l'utilisation d'un remix de Depeche Mode ou de Pitbull relève de l'infamie.

L'histoire est en pilotage automatique avec des dialogues surexplicatifs digne d'un jeu vidéo, et tout ou presque aurait mérité plus de temps à l'écran (au hasard, les dinosaures). Black Manta, lui, pourrait même être retiré du film sans réellement endommager l'intrigue. La caméra de James Wan est heureusement virevoltante, et cadre l'action avec un découpage clair et précis - choses devenues trop rares dans la galaxie des super-héros. Il offre ainsi une poignée de scènes très ludiques, avec parfois une brutalité bienvenue, et où il rappelle son appétit pour les mouvements amples et aériens.

 

photoBlack Hole de scénario

 

Bien des moments laissent le terrible choix au spectateur de rire ou d'embrasser ce blockbuster outrancier. Mais James Wan assume tellement cette folie que l'aventure est souvent charmante, avec ses pieuvres percutionnistes, ses lacs sous-marins de lave ou ses délires Lovecraftiens. Quand il filme le baiser des deux héros, c'est littéralement sur fond de gigantesque feu d'artifice, dans un travelling à la De Palma qui semble gentiment se moquer du cahier des charges hollywoodiens.

Le signe que derrière cette superproduction, il y a bien un réalisateur. Pas en pleine possession de ses moyens, vu les enjeux de studio, mais bien plus présent que dans quantité de films du genre.

 

affiche finale

Résumé

Aquaman est le film de la surenchère, où James Wan semble sortir tous ses jouets pour les empiler dans un spectacle qui déborde de tous les côtés. Dans le lot, il y a des idées, des images et des ambitions exaltantes, qui en font un film fou. Il y a aussi de quoi se dire qu'Hollywood déraille complètement et que la saturation est réelle.

commentaires

Dutch Schaefer 12/01/2019 à 13:49

Belle surprise que cet AQUAMAN!
Gros kiff perso!
Mais les mecs faut se calmer la nouille... tout cela ne reste que du DIVERTISSEMENT!
Avengers, Captain America, Man of Steel, Suicide Squad... tout cela va dans le même panier!
Et en toute franchise, ce Aquaman s'assume totalement pour ce qu'il est! Et en cela c'est déjà énorme! Il ne se prend pas pour le "Parrain"!

Fabe 06/01/2019 à 16:45

Ce film est une catastrophe sur tous les niveaux, et je suis plutôt bon public avec les films tirés de comics... j'ai du courir voir Spiderman pour me laver les yeux, nous sommes aux antipodes de l'adaptation cine... Bref pour moi c'est pas plus d'une etoile... il ne faut pas encourager ce cinema la

Marc 27/12/2018 à 17:57

Je viens de sortir de la salle , un grand Nanar Aquatique !!!! C'est la première impression en voyant ce film. Malgré des effets numériques a te décoller les rétines.. J'ai pas accroché une seconde aux personnages !!! Je me suis endormie la dernière demi heure je failli quitter la salle.
Que dire ! Un NANAR avec des moyens et rien d'autres.

Franz 23/12/2018 à 17:07

Oui grâce au public pas à vous, bon ben vous êtes mi connecté mi déconnecté alors,de la réalité, non je plaisante, bref vous avez mis une bonne note, et ça me fait plaisir voila, c'est tout, on va pas débattre, :)

Geoffrey Crété - Rédaction 20/12/2018 à 17:17

@Franz

Etrange de considérer que si quelqu'un descend Aquaman, ou a descendu un précédent film DC, ça signifie qu'il est déconnecté de la réalité (quelle réalité ?), raconte des connerie, ne cherche pas à comprendre...

Par ailleurs, faudra nous expliquer dans quelle dimension la presse a pouvoir de vie ou de mort sur les films. Il n'y a qu'à regarder un Venom, torpillé par la critique, mais qui a attiré masse de monde. Le succès est réel, la suite est lancée... grâce au public.
Et chaque année, des tas de films d'auteur sont soutenus massivement par la presse, et boudés par le public. Donc bon, sacré pouvoir...
L'équation cinéma est simple : il faut que le public y aille. Si la presse peut parfois pousser sur le devant de la scène de "petits films", elle n'a pas la capacité de détruire des blockbusters, pour la simple et bonne raison que tout le monde ne lit pas les critiques (loin de là), et encore moins de monde s'y fie dès qu'il s'agit d'un film à grand spectacle.

Batman v Superman et Wonder Woman en sont de bons exemples. Le premier a été atomisé par la presse, et a démarré du tonnerre aux USA. Le deuxième a été grandement soutenu par la presse, mais a moins bien démarré. En revanche, BvS s'est écroulé plus vite au fil des semaines, tandis que WW s'est maintenu. Résultat : WW a fait mieux que BvS aux USA. Preuve que le public est bien assez grand pour faire ce qu'il veut quand un film sort... et pour en dire du bien et faire marcher le bouche-à-oreille après.

On ne sous-estime pas le public au point de croire que, déjà, il lit tant que ça les critiques, et qu'en plus, il choisit automatiquement sur cette base ce qu'il ira voir. D'ailleurs, la plupart du temps, la presse est divisée, et il y a des critiques positives et négatives. Donc il est tout à fait possible de trouver une raison d'aller en salles, même si on se base sur la presse.

Accuser aveuglément les "imbéciles" de tous les côtés, sans même blâmer le studio qui a le pouvoir de vie ou de mort sur les films, c'est un brin simpliste et stérile.

Si vous considérez que la critique a pour but de vous dire quoi penser et voir, c'est votre choix. Ici, on répète continuellement que la critique n'est absolument pas là pour ça, mais pour proposer un avis argumenté, d'éventuelles clés de lecture ou pistes de réflexion, afin de réfléchir ensemble un film et le cinéma. Discuter et échanger.
Il n'y a pas de police de la cinéphilie ici, ni personne pour dire qu'untel serait imbécile ou autre.

Bref, cher Franz, pas sûr de comprendre d'où vient votre colère. Vous pouvez être déçu que Justice League ait été abîmé en post-prod (nous aussi), mais n'oublions pas que le studio l'a décidé ; que si un studio écoutait la critique, ça se saurait ; et que si c'était aussi simple que "la critique peut détruire un film" et "le public suit la critique", a priori ça se saurait.

Simon Riaux - Rédaction 20/12/2018 à 12:24

@Franz

"Les journalistes déconnectés de la réalité".

Pour le coup, ça c'est un commentaire qui semble parvenir d'une dimension assez lointaine.

Franz 20/12/2018 à 12:08

Geoffrey Crété - Rédaction Oui mais mon chère Geaoffrey, à cause des critiques dé la plupart des journalistes déconnecté de la réalité qui vont raconter que des conneries sur le film et le descendre sans chercher à comprendre parce que c'est ça et rien d'autre, (et qu'on ne vienne pas m'emmerder avec je ne sais quel "théorie du complot") ça mets en danger la suite, et peut être qu'il n'y aura plus de film, ça avait bien commencé avec man of steel et batman v superman, et il a suffit que quelque imbéciles, que ce soit journalistes mais c'est un pléonasme et quelques imbéciles du public qui trouvait ça trop sombre, et hop l'univers DC à été moins bien, certes sur batman v superman il valait mieux laisser la version 100% Snyder ok, mais même la version cinéma n'était pas si mal.

Vous même avez aimé, bref. Mais comme toujours il y a un grand décalage entre la presse, et le public, donc le plus important c'est ce qu'on a pensé du film oui, et le public pour la plupart l'ont aimés, bien sûr il y aura toujours des gens pour moins aimé ou pas du tout c'est normal, mais quand ça devient descendre tout les films dès leur sortit peu importe la façon dont ils sont fait ça tiens d'une grande imbécillité...
je trouve plutôt que DC et Marvel sont à égalité plus ou moins, Marvel aussi on des films dont les gens en on trouvés certain mauvais, certain était aussi en dé&calage presse/public mais globalement les deux sont plutôt autant apprécié auprès du public, et en effet le but et de faire sa propre idée, et donc voila pourquoi il ne faut pas écouter la presse,
car si presque toute les presses peuvent trouver un film très mauvais le public peut le trouver génial et s'en foutent donc de "départ d'idée fait grâce à la presse", comme il peut y avoir le contraire un film qui est adoré par la presse mais peut être détester par le public.

C'est comme pur justice league, vous dites chacun devrait allez en salle faire son propre avis oui mais à cause des mauvaise critique chacun n'est pas allez en salle et n'a pas fait son propre avis et du coup pas assez au "box office",
donc oui j'irais voir après ce que je veux dire c'est que je suis heureux pour DC moi qui suis fan que vous ayez mis une note meilleur que pour Suicid Squad et Justice League, (dont pour une fois je suis d'accord avec vous sur suicid squad pour sa mauvaise note) après je verrais si je suis d'accord avec toute les autres mauvaises critiques pour aquaman, quand à la note que vous avez mis n'est pas un reproche puisque c'est plutôt une assez bonne note.

Alan Smithee 20/12/2018 à 09:26

Les gars ce film c'est l'un des films les plus YOLO que j'ai jamais vu ça te fait passer les films Transformers et Valérian pour des œuvres <<raisonnables>>. Je suis pas sur de savoir si j'ai aimé: d'un coté je me suis pas ennuyé/fait chié une seule seconde et le film a des scènes d'actions vraiment bien filmés (la bataille finale est vraiment démesuré) et d'un autre coté le film est cliché, les personnages sont pas toujours réussis, les dialogues sont pas bonset ne servent qu'a faire de l'exposition et esthétiquement c'est vraiment kitsch donc selon vos goûts ça pourrait être de mauvais goût (mais d'un autre coté le film a l'air conscient de l'être et s'en amuse un peu comme Flash Gordon).

Geoffrey Crété - Rédaction 19/12/2018 à 14:56

@Franz

Pas sûr de comprendre le "problème" dont vous parlez. Si vous vous référez à une note moyenne sur un certain gros site, qui pourrait être pas très jolie si une partie de la presse n'aime pas Aquaman : c'est le principe même d'une moyenne.
Au lecteur de ne pas se contenter de ça, chercher plus loin et moins facile, éventuellement lire les critiques selon les médias qu'il aime, ou encore mieux : ne pas considérer la critique comme quelque chose qui dit quoi voir/ne pas voir. Mais comme d'éventuelles pistes de lecture et réflexion, dans le cadre d'un avis argumenté qui peut ouvrir des débats et discussions.

On le répète constamment : ici, on n'écrit pas des critiques pour dire au lecteur quoi penser ou comment penser. On écrit pour discuter cinéma, échanger entre passionnés, écouter et croiser les opinions. Chacun devrait aller en salles se faire son propre avis, sans considérer que celui qui pense différemment a tort ou a un problème.

Donc allez voir le film, et ce sera sûrement plus simple pour savoir si vous trouvez notre note juste, par exemple.

Franz 19/12/2018 à 14:50

Le problème après c'est la note global, il suffit que d'autre presse donne plus de note moins bonne, et du coup c'est la majorité qui l'emporte et à la fin la moyenne donne ce qu'elle donne, mais la presse la plupart faut pas les écouter, au moins vous avez donner plutôt une bonne note et c'est bien je n'ai pas encore vu le film mais je reste positif

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