Green Book : Sur les routes du Sud - critique KFC

Mise à jour : 23/01/2019 14:03 - Créé : 23 janvier 2019 - Lino Cassinat
Lino Cassinat | 23 janvier 2019 - MAJ : 23/01/2019 14:03

Comme toute compétition, les Oscars créent parfois l'intérêt en donnant leur chance à des concurrents que personne n'avait vraiment vu venir. L'an dernier on voyait par exemple Mudbound et L'Affaire Roman J. s'incruster au dernier moment dans certaines catégories clés. Cette année, d'après le tout-Internet, la surprise semblerait venir de Green Book : Sur les routes du sud, deuxième film de Peter Farrelly sans son frère (avec qui il a signé Mary à tout prix notamment). Et autant le dire, à part un Oscar pour Viggo Mortensen pour la forme et un Gérard à KFC pour le pire placement de produit, on voit mal ce que ce biopic quelconque pourrait apporter de plus.

photo, Mahershala Ali, Viggo Mortensen
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SUR LA ROUTE DES LASSITUDES

En 1962, Tony Lip (Viggo Mortensen) est le bourru-bourrin vaguement raciste et videur d'un club, mis au chômage technique quelques temps. Pour combler le vide pécunier, il accepte de servir de chauffeur-garde du corps à Don Shirley (Mahershala Ali), pianiste noir sophistiqué-raffiné qui prévoit courageusement de faire une tournée dans les états du Sud encore très marqués par la ségrégation. L'occasion parfaite pour deux personnalités antagonistes (jusque dans leurs corps, entre le massif blanc et le fluet noir) de nouer une amitié inattendue grâce aux vertus de la tolérance, de Noël, et du poulet frit.

 

photo, Mahershala Ali, Viggo MortensenViggo Mortensen et Mahershala Ali

 

Si l'on est un tantinet ironique, c'est que Green Book : Sur les routes du sud ne fait vraiment pas grand chose pour sortir son biopic des poncifs un poil lénifiants qui l'appellent à cor et à cri. Heureusement, grâce à un savoir-faire depuis longtemps acquis par Peter Farrelly en presque 25 ans de carrière, et une prestation ogresque vivifiante de Viggo Mortensen, le film fonctionne et se suit sans douleur, mais ne suscite pas non plus l'intérêt au delà d'une séquence inaugurale réussie.

Malgré le charme du chauffeur, les routes du sud sont trop bien balisées, le véhicule trop respectueux du code de la route, et l'itinéraire trop pépère.

 

photo, Mahershala Ali, Viggo MortensenOn est pas bien là ?

 

WINNER WINNER CHICKEN DINNER

Mais en réalité, tant mieux, puisque la seule sortie de route remarquable de Green Book : Sur les routes du sud donne lieu à une séquence assez extra-terrestre au KFC du coin, dans laquelle la dégustation des fameux pilons de poulets sera littéralement le point de départ du rapprochement entre nos deux personnages que tout oppose.

Citée, visualisée, clairement identifiée et même source de blagounettes, la marque est tellement encombrante dans cette séquence qu'on s'attend presque à voir le colonel Sanders lui-même réconcilier les peuples, fendre l'Alabama pour permettre la traversée sans encombre de nos deux pélerins et graver 10 nouveaux commandements. On propose d'appeler ça les Buckets de la Loi.

 

photoHa ha ha aaaaah.... le poulet frit.

 

Un placement de produit particulièrement corrosif pour les yeux, qui pourtant n'en est pas moins signifiant et contient en son sein le principal problème de Green Book : Sur les routes du sud. Cette scène sert de déclencheur à une dynamique vue et revue qui structurera tout le film dans son ensemble, à savoir un personnage aisé éduquant et formant un personnage populaire, tandis que ce dernier décoince et protège le premier.

Le rapport de domination raciale est en somme inversé grâce à un rapport de classe. Cette "solution" peu judicieuse et insatisfaisante laisse franchement perplexe, quelle que soit la couleur de peau du pauvre et du riche. Bref, Peter Farrelly ne propose rien qui n'ait déjà été fait ailleurs, et en mieux.

 

Affiche

Résumé

A la limite de la caricature, Green Book : Sur les routes du sud est tellement téléphoné qu'il doit probablement coûter 0,30 centimes d'euros la minute. Heureusement que c'est Viggo Mortensen à l'appareil, mais si vous n'êtes pas fan, mettez le mode avion.

commentaires

bob57
04/03/2019 à 10:20

C'est vrai que c'est assez cliché.. Et le film remplit le contrat du film à oscar. Excellente interprétation de Vigo, histoire vraie, question du racisme, de l'homophobie, des classes sociales, le tout un peu naïvement c'est vrai. Et pourtant j'ai adoré !! On est typiquement dans la comédie dramatique, mais clairement dans le haut du panier. La réalisation est impeccable, c'est beau à l'image, c'est drôle, c'est émouvant, et c'est dommage de pas en avoir parlé. Parce que visuellement, le film a des sacré qualités. Et franchement, c'est deux heures de bonheur. Bref je comprends votre critique, mais j'ai passé un excellent moment, et c'est un film qui a du sens, qui joue sur plusieurs tableau d'émotions. Je le recommande sans aucun doute.

Ben29
18/02/2019 à 00:03

Entièrement d'accord avec la critique...que de bons sentiments, toutes les séquences sont prévisibles...c'est lénifiant, sans aucune finesse... tout est appuyé, attendu.. le sujet est très grossièrement traité...bref à éviter!

Taralbana
16/02/2019 à 18:31

On dit pécuniaire et jamais pecunier...

Pluskat
14/02/2019 à 20:01

Pecunier n existe pas....
Le terme correct est pécuniaire !

Opale
11/02/2019 à 12:46

Vu hier soir, un petit film vraiment sympathique, caricatural dans son propos, c'est vrai et gentiment balisé, mais, mais... ça fait du bien parfois! Et Aragorn est vraiment énorme (dans tous les sens du terme!)...

Souleater34vu
10/02/2019 à 18:00

Vu la critique merdique de ce superbe film, ça ne m'étonnerais pas que ce pisse-vinaigre de critique encense Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu!..

Jojo
03/02/2019 à 10:28

Quelle mauvaise critique qui résume 1h30 de film humaniste à une séquence de poulets frits. A se demander si le critique a vraiment vu le film. Il n’y a qu’en France qu’on peut lire ça. Un film subtil, humaniste, engagé, qui ne tombe pas dans la fable du raciste blanc changeant d’avis, bien au contraire.

Matt
30/01/2019 à 11:32

Clairement un film réalisé classiquement et qui fait pensé qu'il participera aux oscars.
Reste les décors, les costumes, les plans léchés des 80's nos deux comédiens principaux et la BO du tonnerre de dieux entre classique et jazz.
Dommage que le film n'est pas appuyé, par ses thématiques, certaines séquences trop courtes et vraiment intéressantes : l'arrêt devant le champs de coton travaillés par les paysans noirs et la scène de la douche où Mahershala Ali est menotté.

saiyuk
24/01/2019 à 12:40

beaucoup aimé Intouchables pour ma part

Sophie
23/01/2019 à 14:17

hmm, ça ne peux pas être pire qu'Intouchables....

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