Mowgli : critique qui ne se satisfait pas du nécessaire

Simon Riaux | 2 décembre 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 2 décembre 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Programmé initialement pour une sortie en 2016, le film d'Andy Serkis, de reports en expérimentations technologiques, se sera fait devancer par Le Livre de la Jungle de Disney, succès planétaire, oblitérant instantanément la possibilité d'une sortie selon l'agenda initial. Warner aura timidement soutenu le projet jusqu'au mois de juillet 2018, date à laquelle le film est revendu à Netflix,qui en fait sa plus grosse acquisition à date et le positionne comme uns de ses mets de choix à destination des fêtes.

TRANSE AVEC LES LOUPS

Destin cruel que celui de ce Mowgli, qui sera inévitablement comparé à son concurrent et champion du box-office, sans pouvoir être visionné dans les conditions qui présidèrent à sa fabrication (sur grand écran et en 3D). Situation d'autant plus injuste que la proposition d'Andy Serkis n'avait pas pour but de capitaliser sur le classique de Disney, mais bien de proposer une adaptation sensible et fidèle des écrits de Rudyard Kipling. C'est d'ailleurs ce choix qui permet instantanément au récit de se distinguer du tout venant de la production contemporaine.

 

photo Rohan Chand et Naomie Harris

 

Dès son ouverture (qui contient malheureusement les rares plans techniquement inaboutis du film), Mowgli installe un univers violent et cruel, dont les principes premiers sont la quête du pouvoir et la domination du faible. Les humains comme les loups, Shere Khan comme Kaa : tous se confrontent au gré d'affrontements ritualisés et immuables, que seule l'existence de Mowgli, petit d'homme convaincu d'être un loup, peut troubler.

Loin de tout exotisme facile ou de tout émerveillement sur commande, le conte qui se déploie ici est celui d'une nature sauvage, et de la beauté, souvent funeste, de ses inévitables déréglements.

 

photo Andy Serkis

 

En découle une narration volontiers adulte, pour ne pas dire violente. Autant de conflits et de fourrures labourées de dents, de griffes, dont Andy Serkis fait les piliers de sa mise en scène. On ne compte plus les séquences reposant sur un découpage extrêmemement immersif, ou tout simplement des idées dont la poésie étreint instantanément le spectateur.

Bien sûr, le cinéaste maîtrise (on y reviendra) la motion capture comme personnne, mais au-delà de cet accomplissement technologique, son sens de la métaphore et du montage impressionnent régulièrement. On pense notamment à une des premières confrontations entre le tigre mangeur d'homme et Mowgli, alors que le prédateur, rinçant son pelage dégoûtant de sang, découvre dans l'eau l'image/reflet de cet humain dont la chair l'obsède.

 

photo Benedict Cumberbatch

 

COMME DES BÊTES

Au-delà du talent de conteur de Serkis, c'est la direction artistique qu'il a imposée qui fait la grande réussite de son film. Refusant en bloc le photo-réalisme après lequel courent quantité de productions actuelles, il use au contraire de la motion capture pour hybrider totalement les faciès animaliers et leurs interprètes humains.

Un choix cohérent quand on connaît la philosophie de l'oeuvre originale, mais surtout une orientation qui confère au métrage un style unique et totalement inclassable. Ainsi, reconnaître les traits d'un Peter Mullan à travers ceux d'un loup vieillissant, ou le veul panache d'un Benedict Cumberbatch derrière les babines de Shere-Kahnn, s'avèrent aussi sidérant qu'émouvant.

 

photo Christian Bale

 

Fort de ce parti pris esthétique parfois radical (Baloo et sa tronche de vétéran fini à la liqueur de poudre à canon, risquent d'en étonner plus d'un), Serkis peut se focaliser sur un élément fondamental, à savoir le jeu de ses comédiens. Bien plus que ses concurrents désireux d'emballer quantité de morceaux de bravoure, la caméra s'inquiète ici constamment de capturer l'émotion transmise par ses interprètes.

Sentir, au-delà la débauche d'effets visuels, la dimension tragique et insoluble des conflits qui déchirent Bagheera (Christian Bale), est pour beaucoup dans l'impact émotionnel de l'ensemble.

 

photo, Rohan Chand Rohan Chand

 

Malheureusement, le casting pléthorique réuni ici joue parfois un peu contre Mowgli lui-même. En effet, Rohan Chand, s'il n'est pas mauvais, peine à s'imposer face à la déferlante de charisme qui s'abat perpétuellement sur ses jeunes épaules. Et si son jeu est par endroit encore incertain, le jeune homme ne manque pas pour autant de présence physique, ce qui laisse à penser que Serkis aurait peut-être dû accepter de jouer un tantinet plus avant la carte du grand spectacle, et offrir au métrage une grande séquence épique de plus. On pense notamment à l'arrivée de Kaa, spectaculaire en diable mais bien trop brève, qui illustre bien les qualités immenses, mais aussi les quelques limites de ce Mowgli.

 

Affiche teaser

Résumé

Si son acteur principal est encore un peu incertain et s'il manque au film une grande scène épique, Mowgli n'en est pas moins une fantastique adaptation du texte de Kipling, qui déborde de style et d'idées de mise en scène.

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commentaires
LUKASHOUB2806
15/07/2021 à 03:04

ORIBLE .AFREUX. INIOBLE .DEGOUTAN. ET REPUNIENT. TOUS BONNEMANT ONTEU ET J AN PASS. EN GROS CHOQUANT.

Ronnie
17/12/2018 à 10:41

Vu ce week end le film est vraiment bien et mieux que la version disney, bien ficelé et qui change de la version "original" qu'on connait tous. Bagheera est vraiment bien exploité, Baloo étonne un peu on dirait le clodo de la foret (mais ça colle avec l'image du film)
Les seuls points noirs : Le roi Louis, ou est il ? il y avait moyen de bien l'exploiter au vu du statut des singes, la scène avec les singes trop vite expédié à mon gout.
Kaa qui aurait pu avoir une plus grande place dans le film également;
Et il manque une scène épique comme dans le dessin animé avec Baloo et Bagheera VS Shere-Kahnn..
Mais Sinon j'ai adoré le film, je me suis retrouvé à sourir comme un gamin en revoyant des scènes/personnages qui me rappelaient mon enfance :)

KoXoK
07/12/2018 à 17:40

Je viens de voir le film, et même si je suis un peu déçu parce que le film ne va pas aussi loin que je l'aurai voulu, il réussit tout ce qu'il entreprend. Il est supérieur au film de 2016, alors que ce dernier a clairement repompée les bonnes/nouvelles idées de "Mowgli".
Il est cependant navrant que la critique ne voit pas ce qu'il y a de bon dans cette fable.

Moi
04/12/2018 à 21:37

Que ce débat est ennuyeux...

dams50
03/12/2018 à 15:04

Merci pour cet article qui m'a vraiment donné envie de le voir.
Juste parcequ'on parle d'une nouvelle de Kipling, et de cinéma, on pourra revoir le génial "L'homme qui voulut être roi".

Le Waw
03/12/2018 à 12:34

Et bé c'est la fête ici encore...

@Simon Riaux : J'ai envoyé un truc sur ta boite mail. Mais ça n'a rien a voir. ;)

Simon Riaux - Rédaction
03/12/2018 à 11:56

@Pseudo81

Ouvrir un dictionnaire et se renseigner peut être salutaire.

Les choix esthétiques de Serkis, c'est à peu près le seul truc que tout le monde salue, y compris la critique américaine, globalement négative. Donc bon, pour le contre-pied, vous repasserez.

Ensuite, la fameuse vallée de l'étrange, là aussi on est dans le contresens, puisqu'il s'agit de l'impression ressentie lorsqu'une imitation rate son but. Or, on est ici dans une proposition qui ne vise jamais le photo-réalisme (sinon celui de quelques textures, comme les poils ou les fourrures).

Vous pouvez trouver ça bizarre, ou même raté. mais prétendre que c'est techniquement déficient, c'est inexact, ou pas assez réaliste, c'est un contresens.

Quant à commenter les interviews promos d'un réalisateur en fonction de ce que l'on en "ressent", c'est assez ridicule et ça ne permet certainement pas de dire grand chose d'un film.

Pseudo81
03/12/2018 à 11:48

Sauf que justement le manque de réalisme enlève de la crédibilité, Gollum aurait put être tellement mal fait qui te sort du film... Je parle de réalisme dans la diégèse du film, pas forcément dans notre univers a nous, les créatures de Mowgli plus proche de la vallée dérangeante que d'une simple volonté artistique.
Mais je te vois tourner en rond, joué sur les mots, tu semble un peu perdu et je vais m'arrêter là...
Car dans les commentaires de Andy Serkis on sent surtout un homme qui vois un projet ce casser la gueule, la Warner l’abandonné, un rendue chez Disney largement supérieur, un budget qui s'allonge, une date de sortie qui s'éloigne et des effets visuelles loins de ces espérances.. Mais bon, si toi tu y vois un côté artistique pour mousser ton égo et prendre le contre-pieds de tout le monde, fait comme tu veux...

Simon Riaux - Rédaction
03/12/2018 à 11:34

@Pseudo81

Il dit précisément qu'il ne veut pas de rendu réaliste dans le passage cité. Il parle de transmettre des traits d'humains sur des animaux. Ce qui n'a aucun rapport avec le réalisme. Juste aucun.

Ah et Gollum n'est évidemment pas réaliste. Une créature virtuelle, basée sur quelque chose qui n'existe pas, n'est pas (et ne peut être) réaliste. En revanche, elle peut être crédible.

Et c'est l'enjeu de Mowgli, comme le dit Serkis : donner à des animaux des traits humains, et y faire croire. Les rendre "crédibles". C'est l'exact contraire du réalisme.

Pseudo81
03/12/2018 à 11:29

"Nous sommes dans une longue période de post-production, et si c'est très difficile de transmettre le travail d'un acteur sur un singe, c'est potentiellement plus dur de retransmettre la performance d'un acteur sur une panthère, un serpent, un tigre ou un ours, et avoir le même rendu crédible que nous avons atteint [sur les films Planète des singes]."
D'après ce que disait Andy Serkis en 2017 il voulait bien des animaux réaliste, donc ton résonnement de partie pris prend l'eau dommage ^^. Au final c'est juste un ratage et pas une volonté de faire différemment.

Gollum pour l'époque est super réaliste et tout le monde la acclamé pour ce rôle, je ne comprend pas du tout ta remarque de cour de récrée ???

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