A Star is Born : critique beurrée comme une tartine

Simon Riaux | 2 octobre 2018 - MAJ : 02/10/2018 10:23
Simon Riaux | 2 octobre 2018 - MAJ : 02/10/2018 10:23

Après avoir décliné le rôle une première fois en 2011, Bradley Cooper a finalement décidé de prendre les commandes de ce nouveau remake de A Star is Born, puisqu’il le réalise, scénarise et produit, en plus de l’interpréter aux côtés de Lady Gaga. Après les versions de George Cukor puis de Frank Pierson, comment l’artiste se tire-t-il de cette entreprise tous risques ?

ROCK’N LOVE

Inutile ici de revenir de manière exhaustive sur les nombreux pièges que constitue le projet de raconter une nouvelle fois un récit devenu un classique, à fortiori de la part d’un primo-réalisateur. Pourtant, et ce dès les premières minutes de A Star is Born, force est de constater que l’artiste est en pleine possession de ses moyens de réalisateur.

En témoigne la présentation d’Ally (Lady Gaga), qui en quelques secondes, alterne entre humour, délicatesse, trivialité, avant d’iconiser la jeune femme en un plan impeccable de symétrie, qui transforme soudain l’espace blafard de toilettes anonymes en coulisses cliniques. Cooper sent toujours comment capter l’énergie de ses comédiens, et tout au long de la première heure du film il enchaîne morceaux de bravoure et trouvailles émotionnelles toujours justes.

 

photo, Lady Gaga, Bradley Cooper Une séquence en apesanteur

 

Lui-même investi à fond dans son rôle de rockeur au bout du rouleau, il sait profiter du charisme invraisemblable de Lady Gaga, de cette madone volcanique mais toujours vulnérable, afin d’imposer un duo parfaitement inédit, à la dynamique instantanément cinégénique. Le couple s’avère régulièrement désarmant, grâce à une alchimie qui déborde de chaque photogramme, un filmage simple mais toujours scotché à leurs regards, leurs sursauts et les flux d’énergie échangés.

Et si Cooper, entouré de Lady Gaga et Sam Elliott parvient à dicter le tempo au cœur du spectateur avec tant d’aisance c’est aussi grâce à la sidérante photo de Matthew Libatique. Aussi à l’aise du côté d’Iron Man que chez Darren Aronofsky, il nous embarque, de néons électriques en peaux parcheminées par la picole et les projecteurs, au gré d’une tournée de concerts dont on se surprend à rêver qu’elle ne s’interrompe jamais.

 

photo, Bradley Cooper Sam Elliott et Bradley Cooper, deux frangins émouvants

 

GUEULE DE BOIS

Malheureusement, ces qualités évidentes se désagrègent progressivement durant la deuxième partie du récit. La faute revient tout d’abord à un évident problème de scénario. En choisissant de faire de son héros, dès l’ouverture de A Star is Born, un poivrot en voie de madérisation, le récit se prive de représenter une véritable évolution du mal qui le ronge. Condamné à la surenchère, le scénario nous perd totalement à l’occasion d’une séquence pivot, en pleine cérémonie des Grammys, où se confondent grotesque et pathétique.

Autre problème majeur : la partie chantée du métrage, d’autant plus importante que quantité de morceaux sont interprétés in extenso, est d’une embarrassante faiblesse. Passée la déflagration du formidable Shallow, qui réunit le temps d’une ballade surpuissante Cooper et Gaga, aucune chanson ne marque les oreilles, et plusieurs les agressent.

 

photo, Lady Gaga, Bradley Cooper Un duo de cinéma absolument magnétique

 

Pire, A Star is Born abandonne progressivement toutes les passionnantes pistes qu’il ouvre dans sa première moitié, comme si le film ne savait finalement pas ce qu’il veut raconter. Les carrières croisées de Ally et Jack ? Réglées en deux répliques. Le rouleau compresseur qui transforme l’inclassable Ally en starlette plastifiée ? Entraperçu le temps d’un morceau. La fratrie tourmentée entre Cooper et Elliott ? Conclue autour de deux bouts de dialogues échangés en voiture. Autant de pistes jamais abouties, malgré une narration délayée pendant plus de 130 minutes.

Et alors que tout cela s’achève le temps d’un morceau plus rigide qu’un rêve de la Castafiore un lendemain de cuite au Seven Up, on regrette d’autant plus la liberté du début de l’aventure. Lorsque le cinéaste Cooper faisait s’entrechoquer avec une belle humanité un rockeur sur le point de s’écrouler et une femme incandescente, chantant du Piaf dans un club de drag queens, le temps d'une séquence de rencontre inoubliable.

 

Affiche française

Résumé

Dommage que le scénario s'écroule après une première heure fantastique, tant les interprètes et la passion émanant de l'ensemble méritaient mieux.

commentaires

Raoul
04/02/2019 à 09:51

Je suis d'accord, la première partie est top, ensuite le film perd tout intérêt. L'ascension de Ally est d'une rapidité fulgurante, et après quoi? Ah bah on va montrer le chemin inverse de Jack pour l'heure trente qu'il reste.

Cavadour
07/10/2018 à 01:16

Encore un de ces critiques blabla qui étale sa science - parsemée d'erreurs factuelles - tout en passant à côté du sujet. Ce n'est pas l'histoire d'une rédemption que raconte ce film, mais bien d'une chute : celle de ses deux protagonistes. Si la descente aux enfers de Jack est évidente, celle d'Ally l'est moins, puisque elle se déroule en pleine lumière. En fait comme dit dans le film, la chenille devient papillon. Mais c'est pour mieux finir dans le filet du système qui en fait une insipide artiste pop qui finit par pousser la chansonnette en veuve éplorée devant un public invisible. La seconde partie du film - que vous percevez comme ratée - et sa fin précipitée prennent alors tout leur sens. Quand à la partie chantée qui est d'une "embarrassante faiblesse", ce point de vue négatif n'engage que vous heureusement...

Momo Imzouren
06/10/2018 à 23:51

Très bon film, je me suis laisser prendre et la fin est touchant

corleone
04/10/2018 à 13:54

clint eastwood est à la production .... ecran large vousn'avez aucune info du nouveau film de clint eastwood la mule? pourtant le film est cencé sortir en decembre en france... bizarre la communication sur ce film

Boy
04/10/2018 à 04:23

‪Mon Avis ? Le Film @starisbornmovie se Résume à 3 Chansons et 3 Moments Forts : « La Vie en Rose » + « Shallow » et Mon Coup de Coeur : « l’LL NEVER LOVE AGAIN » qui Fait Très : @MariahCarey Comme Chanson ! La Fin est Prévisible ... Mais Chapeau @ladygaga ! Ça Sent L’OSCAR .

Peut encore faire pire
03/10/2018 à 02:06

Encore une belle daube comme sais nous faire les USA et tout le monde applaudit !

Drocmerej
03/10/2018 à 01:54

Merci pour votre critique. Je suis juste un peu fatigué d'avoir à redouter dans chacun de vos articles la ou les phrases comparatives (ici celle sur la Castafiore) qui j'espère font rire certains. Mais est-ce d'être dans votre contrat ??? Bye

eric
02/10/2018 à 15:06

Je kiff la gratte , Bradley Cooper allez j y go !
Absolument pas lay gaga ... Mais vu la critique let's go

slaine
02/10/2018 à 14:00

@ Andarioch

Excellent le parallèle avec Edika..

Decoy
02/10/2018 à 11:20

Elle se ressemble un peu.

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