Ocean’s Eight : critique zéro pointé

Mise à jour : 10/06/2018 13:56 - Créé : 8 juin 2018 - Geoffrey Crété

Il y a eu Ocean's ElevenOcean's Twelve et Ocean's Thirteen, tous réalisés par Steven Soderbergh, avec George ClooneyBrad PittMatt Damon et d'autres acteurs de premiers plans. Plus de dix ans après la fin de la trilogie, il y a désormais Ocean’s Eight avec Sandra BullockCate BlanchettAnne HathawaySarah PaulsonHelena Bonham CarterMindy Kaling ou encore Rihanna. Un film dérivé, qui aurait mieux fait d'être laissé à la dérive plutôt qu'en salles.

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OCEAN'S ZERO

Ocean's Eleven avait brillé pour deux raisons. La première était la présence d'une armée de stars (George ClooneyBrad PittMatt DamonJulia Roberts). La deuxième, plus importante, était Steven Soderbergh, qui avait transformé ce pur film de studio opportuniste en exercice de style ultra-léché et mû par l'amour du cinéma, seule force capable de réhausser un scénario de film de casse classique.

Le réalisateur de Traffic avait poussé l'exercice plus loin encore dans Ocean's Twelvedéconstruction vergineuse qui exposait clairement son regard désabusé et moqueur sur le job. Plus dans les clous, et donc bien moins remarquable, Ocean's Thirteen avait enterré tout ce beau monde. Du moins jusqu'à ce que le studio décide de raviver ce qu'il considère être une marque, avec une toute nouvelle équipe et une note d'intention aussi famélique qu'opportuniste : rassembler un casting d'actrices, coller Ocean's dans le titre avec un prétexte parfaitement inutile (la sœur de Danny Ocean est de la partie), et recommencer.

Exit Clooney, Pitt et Damon, bienvenue à Sandra BullockCate BlanchettAnne HathawaySarah PaulsonHelena Bonham CarterMindy Kaling, Awkwafina et Rihanna. Inutile de chercher le contexte, la raison, la passion : il y aura un casse (de bijoux, puisqu'on parle de femmes), du glamour (bis), de l'humour (en théorie), du petit twist (en théorie). Et surtout, de la désolation face à un machin absolument dénué d'intérêt, platement exécuté, et d'une vacuité spectaculaire à tous les niveaux.

 

CastingL'entrain du film en une image

 

COPIE CARBONNE 

Dès la première scène, Ocean’s Eight sent le renfermé. Debbie Ocean (Sandra Bullock), face caméra, subit un petit interrogatoire en vue de sa libération de prison, avant de sortir respirer l'air pur. Exactement comme le début d'Ocean's Eleven. Sauf que Gary Ross, réalisateur du premier (et plus fade) Hunger Games, n'est pas Steven Soderbergh : l'intro n'a aucune patte, aucun style, aucune énergie. Comme le film.

Soderbergh imprimait le cool à tous les niveaux, des dialogues ironiques à la musique charmante, en passant par une photographie soignée qui donnait une identité aux décors. Ici, ça parle trop, dans des décors trop impersonnels, et ça marche trop vite, comme dans un défilé de mode sur le béton, nettoyé pour accueillir les stars et leur donner un fond prêt à accueillir un shooting.

Maquillages, coiffures, vêtements, lumière, montage : il n'y a aucun style dans les premiers instants de ce spin-off, si ce n'est celui d'une entreprise chic et toc à laquelle personne ne semble croire, devant et derrière la caméra. Difficile de comprendre ce qui a pu motiver une actrice comme Cate Blanchett à accepter un rôle si oubliable, qui n'a à peu près rien à faire pendant le film hormis prendre le relais de Brad Pitt (il mangeait tout le temps quand elle mâche du chewing gum, et elle confronte Debbie à ses mensonges). Ocean’s Eight ne prend d'ailleurs même pas la peine de s'amuser avec cette galerie de personnages, et se contente d'aligner les clichés avec des présentations aussi sommaires que leur psychologie (une bijoutière indienne avec une maman chiante, une star de cinéma pimbêche, une Asiatique pickpocket, une hackeuse avec des dreads, une créatrice de mode loufoque évidemment incarnée par Helena Bonham Carter).

 

photo, Cate Blanchett, Sandra Bullock Hey Cate, ça te dirait un joli chèque et la frange de Pollux ?

 

SHIT RIGHT LIKE A DIAMOND

Non seulement le film ne cache même pas le copier-coller du premier opus (au lieu de l'amour d'une femme à récupérer pendant le plan, il y a une vengeance contre un méchant homme), mais il se pavane en plus dans le met gala, grande messe de la mode blindée de stars qui fait ici office de miroir parfait de la connerie de l'entreprise.

Si encore l'évidente mise en abyme (des stars jouant des voleuses qui évoluent parmi des stars) avait été traitée, dans l'esprit de la rencontre entre le vrai Bruce Willis et la fausse Julia Roberts dans Ocean's Twelve ; mais non, le bal des paillettes et sourires détartrés ne sert ici que de gentille toile de fond, et l'idée originale du casse qui se résume à une histoire de collier, de vomi et de chiottes en sous-sol. Il faut voir avec quel paresse le scénario déballe une pseudo-surprise dans sa conclusion, gardée dans la manche sans aucune autre raison que celle de pouvoir la brandir à la fin, pour donner un peu de matière à ce triste vol qui ferait passer l'affaire des bijoux de la castafiore pour un James Bond. 

 

photo, Awkwafina, Sarah Paulson, Cate Blanchett, Sandra Bullock, RihannaLecture des premières critiques (et du box-office ?)

 

LE RÂLE DES ACTRICES

On aurait pu espérer que les actrices mènent la danse et s'en donnent à cœur joie pour occuper le terrain, laissé vide par un scénario d'une connerie ahurissante. Là encore, déception absolue. D'ordinaire parfaite de roublardise dans les comédies, Sandra Bullock est ici éteinte sous un maquillage de Mercedes volée. Son rôle, lors du casse, de belle plante coincée entre une flute de champagne et une perruque, illustre bien la chose.

Derrière elle, au-delà d'une Cate Blanchett qui devra se contenter de trimballer sa frange et gagner un costume d'Abba à la fin, c'est pire encore. En plus d'avoir zéro psychologie, nuance ou arc narratif, les personnages oscillent entre la bouffonerie et la narcolepsie, la faute à des dialogues absolument dévitalisés et un sens du timing comique aux abonnés absents. C'est bien simple : celui qui parviendra à décrocher un rire, voire un franc sourire, devrait avoir droit à une médaille.

 

photo, Anne Hathaway, Helena Bonham CarterOccasion manquée pour Anne Hathaway 

 

La seule qui aurait pu s'en sortir est Anne Hathaway, dans le rôle d'une star de cinéma censée être grotesque et satirique. Censée, car la caricature est si molle que l'actrice s'accroche comme elle peut à trois ou quatre pauvres répliques. Dans une autre version du film, plus vive et maligne, nul doute aurait-elle eu un boulevard pour incarner une pouffe hollywoodienne de haut vol.

Dans cette version, Ocean’s Eight se serait amusé avec le décor du met gala, aurait offert des personnages savoureux à ces talentueuses actrices, et aurait tenté de tordre un peu les codes du genre plutôt que les appliquer comme un mauvais élève. Peut-être même que les clins d'œil aux films précédents auraient été moins stupides et inutiles que ce "C'est ton frère ?", balancé par un personnage sans aucune logique ni payoff. Mais peut-être que dans ce monde parallèle, personne n'aurait validé ce projet sous cette forme, épargnant ainsi un morceau douloureux pour tout le monde.

 

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Résumé

Pas une once d'imagination, d'esprit et de cinéma dans ce produit dérivé gênant et transparent. Ou comment gâcher le talent d'excellentes actrices et donner des arguments aux rageux face à ce Ocean's Eleven au féminin.

commentaires

Al Coredo 17/06/2018 à 20:45

Excellente critique du film que j'aurais dû lire avant d'aller au cinéma et de perdre mon argent. Je partage à 200% cette analyse qui brosse avec justesse, rigueur et sagacité le portrait d'un film qui n'en est pas un. Merci d'avoir exprimé avec autant de talent la colère des amoureux du vrai cinéma

Dutch Schaefer 16/06/2018 à 11:45

Bon désolé, j'ai vu le film vendredi après midi et...
Je le trouve bien plus sympathique que le nullissime second opus et un cran au dessus du troisième!
Il faut remettre les choses dans leur cadre! Cette saga est un divertissement entre policier et comédie!
Sincèrement je trouve que le job de ce 8 est plus qu'accomplit!
Petite préférence pour Anne Hathaway, et Helena Bonham Carter! Et pourtant je suis un gros fan de Miss Sandra!
Je crois que ce qui déstabilise le plus grand nombre, c'est le fait que ça soit une bande de nenettes. On n'a plus les sourires Ultrabrite de Georges Braddy et ses potos! Mais des nanas qui ne rigolent pratiquement pas!
Bref, le film est UN DIVERTISSEMENT du samedi (comme les trois précédents!) et dans cette catégorie: Pari réussit!

Sang façon 14/06/2018 à 14:01

De base, j’aime beaucoup la série des ocean’s. J’ai donc foncé pour voir le film dans les salles car j’étais intrigué par ce reboot. Mais cette joie a été de courte durée:

Les +:
- il suit le code des précédents films de la saga
- je trouve sa bien d’avoir un casting féminin pour changer
- des actrices que j’apprecie et la présence de Rihanna

Les -:
- le film suit les codes, pose les bases mais il s’arrete là. C’est un peu comme avoir la voiture mais sans le’ permis. Ben tu restes sur place en fait.
- il est trop « lisse », les personnages n’ont pas de profondeur
- une histoire trop superficielle, ils ont juste suivi les codes
- j’ai parfois eu le sentiment qu’il y avait plus de bling bling et d’exageration que de l’histoire
- pas assez osé
- ne fait pas davantage le lien avec les anciens films et sa renforce vraiment ce côté « manque de profondeur »
- trop stéréotypé
- et par dessus tout: un film de braquage sans un véritable méchant, un véritable défi. Le casse a eu l’air d’être aussi difficile que d’acheter une baguette de pain chez le boulanger ou d’allumer sa télé.
- et aucune action: remarque, c’est logique: elles n’ont rencontrés aucune difficulté ..

En résumé:
Dommage. Ce film avait du potentiel mais peu de prise de risque, peu de relief et aucune profondeur. Ils ont pas osé aller plus loin et c’est dommage.

PS: c’est pas un film humoristique mais j’ai entendu personne rire dans la salle du début à la fin

Geoffrey Crété - Rédaction 14/06/2018 à 13:03

@Ecran large complètement à côté de la plaque

Et on vous fera remarquer que la seule personne qui "grinche", c'est vous. De notre côté, comme d'hab, aucun problème avec l'idée qu'on puisse avoir un avis différent du nôtre. Au contraire. Expliquer en quoi on trouve ce film médiocre, n'est pas "grincher". C'est écrire une critique.

Comme on le répète inlassablement : chacun devrait aller en salles se faire son propre avis, et être capable ensuite d'échanger sans avoir besoin de sortir une quelconque carte (pisse-froid, hater, bon public, mauvais cinéphile...) pour déterminer qui aurait "raison" ou "tort".

Simon Riaux - Rédaction 14/06/2018 à 12:56

@Ecran large complètement à côté de la plaque

Si le film vous a plu... Bah tant mieux !
Mais à priori, on est très, très loin d'être les seuls à ne pas être fans de ce film hein...

Ecran large complètement à côté de la plaque 14/06/2018 à 11:52

Le zero pointé c'est la note que je vous attribue pour votre critique detestable et non dénuée de machisme comme l' a souligné une internaute C'est vrai qu' au depart j 'allais voir le film ELEVEN 8 "rien que pour SANDRA BULLOCK que j' aime c'est une actrice accomplie que sait se faire désirer Je n'avais rien lu du scenario mais j'avais aimé certains episodes précédent de Eleven avec CLOONEY et BRAD PITT Je suis sorti ravi enchanté de ce film où il n'y a pas un temps mort ,quand le rythme est là , tout va , aux reparties droles ,percutantes sans vulgarité (non "la scène des toilettes n' a rien de vulgaire et elle est essentielle pour faire rebondir l'intrigue quand à la satyre amicale de VOGUE de ANNA WINTOUR ou de Vivienne Wetswood par Helena BONHAM c'est tres drole Je ne parle pas du ravissement à revoir l' heroine de AMERICAN HORROR STORY en entrep^ts addict L abbatage de Bullock et de Blanchet tres complice est fabuleux quelle complicité Drole nerveux vif et enjoué et feministe dans le bon sens du terme ,16/20 ne vous en deplaise monsieur le grincheux

Ness pas 13/06/2018 à 16:54

On sent bien que cette critique a été écrite par un macho de première...

Hank Hulé 13/06/2018 à 16:19

un film mou du cul, tièdasse et sans saveur.

iPodz 13/06/2018 à 08:35

Ça dézingue Ocean's Soderbergh et encense Hunger Games... EH OH, on parle de cinéma là !!!
Allez j'change de crèmerie !!!

serval 10/06/2018 à 13:52

Les Ocean's ne sont pas des films de braquage...

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