Ready Player One sur Netflix : critique rétro-futuro-ludique

Simon Riaux | 1 juin 2021 - MAJ : 01/06/2021 12:33
Simon Riaux | 1 juin 2021 - MAJ : 01/06/2021 12:33

Depuis Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, unanimement vomi par le public et la presse, suivi d’un Tintin accueilli dans une regrettable indifférence, Steven Spielberg n’avait pas embrassé à bras le corps le cinéma d’aventure. Maître encore incontesté du grand huit hollywoodien, son retour aux affaires ludiques était scruté avec d’autant plus d’impatience qu’à l’occasion de Ready Player One, il s’intéresse au jeu vidéo et à la virtualité.

WAR ON EVERYONE

La communauté des joueurs et les univers qu’ils explorent ou ressassent forment depuis les années 90 un véritable champ d’honneur où Hollywood se sera systématiquement cassé les dents, à coup d’adaptations opportunistes de licences, de tapinage éhonté en direction de produits culturels dont l’industrie ignore tout. Par conséquent, voir Steven Spielberg, gamer devant l’éternel, parmi les architectes majeurs de la geekerie contemporaine, ausculter tout un pan de la culture populaire via le medium vidéoludique était une promesse fantasmatique presque intenable.

 

Photo Tye SheridanTye Sheridan se connecte à l'OASIS

 

Le metteur en scène en est d’ailleurs bien conscient, et ne cherche jamais « l’idée révolutionnaire », ou la disruption technologique. Ready Player One se veut plutôt une œuvre somme (et quelle somme !), un condensé d’idées déjà muries par le cinéaste et les meilleurs de ses prédécesseurs. La grammaire du film pioche donc entre l’énergie cinétique des Aventures de Tintin, le Speed Racer des soeurs Wachowski et la conscience de classe des westerns fordiens. La caméra préfère ainsi trouver le point de jonction entre l'âge d'or hollywoodien et la frénésie d'un Hardcore Henry, plutôt que de rêver une trouvaille quelconque.

Ce mélange aboutit à des séquences logiquement plus virtuoses que novatrices, où Steven Spielberg s’amuse énormément avec la caméra, n’oubliant pas que le jeu vidéo n’est finalement que l’aboutissement du concept de plan-séquence. Course urbaine rythmée par un T-Rex et King Kong ou charge guerrière emmenée par tous les héros vidéoludiques des trente dernières années, le réalisateur ordonne une armada de références transformées en pluie de saynètes ultra-spectaculaires, mais le cœur de son film est ailleurs.

 

Photo Tye SheridanLe héros Spielberguien dans toute sa splendeur ?

 

FAN TOYS

Plutôt que de proposer une goulée de nostalgie, ou un trampoline rêveur pour trentenaires avachis, Steven Spielberg adresse ici un manifeste esthétique et politique d’une rare virulence. Sa représentation du divertissement de masse est d’une noirceur étouffante. En 2045, des hordes de fans décérébrés revivent à l’infini des époques fantasmées et singent des héros dont ils ignorent les causes, engraissant des corporations cyniques, qui leur vendent des songes aseptisés pour les détourner tant de la misère du réel que de la médiocrité de leurs existences.

Spielberg entend s’adresser directement à ces lumpen-spectateurs, leur donner la dose de références et d’hommages qu’ils attendent pour mieux – littéralement - les pulvériser une fois réunis à l’écran. C’est d’ailleurs le passionnant parcours de Wade (Tye Sheridan), joueur bovin obsédé par le créateur de l’OASIS, qui sera amené à comprendre les répercussions dans la réalité de ses affects de joueur, tout en changeant de perspective sur la création qu'il adule.

Le temps d'un dialogue hilarant entre le protagoniste et l'industriel qui veut le rallier à sa cause, Spielberg rappelle que son Ready Player One n'est pas une déclaration d'amour aux années 80, tant il moque les icônes de cette période, et rappelle combien Hollywood les a dévoyées pour mieux appâter le spectateur complaisant.

 

PhotoQuand la pop culture part en guerre

 

Plutôt que d’appréhender les artistes comme autant de totems ou fiches Wikipedia comme un sordide bingo à explorer, le conteur tente de rappeler leur dimension essentiellement organique. Curiosité et découverte sont les moteurs de Ready Player One, les seuls antidotes qu’il propose au désenchantement du monde.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si lors d’un surréaliste hommage à l’un des cinéastes qui compta le plus dans sa carrière, Steven Spielberg adopte le point de vue du néophyte, quand la plupart de ses héros jonglent aisément avec les clins d’oeil qui surabondent. Il n’a que faire de l’enfilage de perles, de l’élitisme culturel paré de collectionnite obsessionnelle, stigmates à ses yeux de la médiocrité de l'époque.

 

Photo Olivia Cooke, Win Morisaki, Philip ZhaoUn bien beau gang

 

LA PROMENADE DU RÊVEUR SOLITAIRE

S’il pousse ainsi à une redécouverte « pure » du cinéma, du jeu vidéo et de leurs zones de frictions, c’est que l’artiste se préoccupe ici de son héritage. Plus encore qu’une homérique équipée technoïde, le métrage se veut un questionnement profond et angoissé sur le lien que Steven Spielberg tenta de tisser avec ses contemporains, ce qu’il en restera et son incapacité à être véritablement compris.

Derrière la figure quasi-autiste du génial Dave Halliday se cache bien sûr un Steven Spielberg démiurge, inquiet que son art ne l’ait condamné à être imprimé sur des t-shirts plutôt que dans des cœurs. Steven Spielberg était déjà le géant troublé du BGG : Le Bon Gros Géant, recyclant les rêves en fiction de son cru, il est ici un spectre bienveillant et incompris.

 

PhotoUn Géant de fer qui va être mis à contribution...

 

« Êtes-vous un avatar ? », lui demande Wade, conscient que se joue dans la présence de ce fantôme désolé un enjeu fondamental, « Thanks for playing my game » lui répond l’auteur, sibyllin. Le metteur en scène est-il cet angelot décati, incapable de se lier à ceux qu'il aime, ou son vieil ami, désolé d'avoir perdu le seul être qui le comprenait ?

Ce même trouble existentiel anime Art3mis, qui veut combattre l’OASIS mais en use pour masquer une marque de naissance haïe, ou encore Aech, incarnation parfaite des questionnements genrés de son époque. Ces héros vénèrent des époques et des symboles qu'ils n'ont pas connus, c'est pourquoi Ready Player One les voue à un holocauste salvateur (littéralement et étymologiquement), afin de ressusciter l'appétit indispensable à toute vie culturelle. 

À l’heure où majors et studios se tirent la bourre pour raffiner les produits les plus inodores et incolores possibles, Steven Spielberg revient avec non pas son chef d’œuvre, mais bien le rappel, spectaculaire et salutaire, de ce qui constitue une œuvre et son cœur palpitant.

 

Photo

Résumé

Véritable coup de boule asséné à l'industrie de la nostalgie, Ready Player One est un Terminator venu défibriller les cinéphiles anesthétisés par des années de références aseptisées et de culture geek dégénérée.

Autre avis Geoffrey Crété
Grosse impression que Spielberg est passé à côté de son sujet et son film, passionnants sur le papier, mais étonnamment simple et dénué d'énergie et vibrations à l'écran. Ready Player One manque d'un souffle, d'un cœur, et d'un grain de folie qui en auraient fait un grand film d'aventure générationnel.
Autre avis Alexandre Janowiak
Ready Player One manque parfois de rythme et a plusieurs défauts notamment la direction artistique assez faiblarde de Columbus. Mais à côté, c'est une réussite majeure techniquement et visuellement, Spielberg offrant un trip hallucinant dans cet OASIS dinguo et emplie de nostalgie.
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Lecteurs

(3.5)

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commentaires
Bob
02/06/2021 à 14:06

Ce film m’a collé un sourire sur la tronche dès la première scène !

Cette fessée qu’il colle à la "culture geek dégénérée" et ses dévots fanatiques tout en livrant un divertissement virtuose de vieille icône qui se rêve toujours sale gosse impertinent est jubilatoire.


02/06/2021 à 09:15

Ce que j’apprécie, entre autre, chez Spielberg, c’est sa capacité à injecter une noirceur dévastatrice, presque subliminale, derrière le rideau impeccable du divertissement

Benasi
02/06/2021 à 07:16

Ce film est un crachat à la gueule de tous les amateurs de pop-culture, geeks et autres.

Kyle Reese
01/06/2021 à 22:54

Très partagé sur ce film je suis. D’un côté toute ces références me parlent évidement, la mise en scène est brillante, Spielberg s’éclate. Mais ça rester au final assez creux. Je trouve que l..équilibre entre les enjeux dramatiques et le fun n’est pas totalement réussi et rend le film trop léger et quelques part vain, Je m’explique, il y a du fun façon production Amblin à destination des vieux et nouveaux geeks, l’univers du jeu en lui même, et il y a du drame de SF assez dur plutôt sérieux façon Minority Report et autres quand on se trouve dans la vrai vie. Du coup le film essaye de marquer des points sur les 2 tableaux et c’est le côté réaliste qui en pâti je trouve pour moi. La mort de la tante du héros avec les dommages collatéraux est vite expédiée et sans trop de conséquences. La société qui peut asservir les gens comme ils le veulent en rachetant leur dette est une excellente idée qui fait froid dans le dos, ce monde réel est bien moche et dur mais on ne le ressent pas suffisamment je trouve. Le méchant qui finalement se laisse attendrir à la fin laisse un arrière goût bizarre. Je sais pas mais je trouve que le film pour avoir une porté plus forte aurai du être plus grave. Là on ne sent jamais le danger pour les héros. Le film est entre 2 eaux, la faute sûrement du fait que le public visé est large alors que pourtant la scène de reconstitution de Shining doit être assez dure pour le jeune public. Je ne sais pas à quel public est destiné le livre mais sans doute plus à des adultes ayant joué à toutes ces références et vu ses vieux films ou série qu’à des ados. D’ailleurs est-ce que l’age des persos dans le livre et ceux d’un films sont identiques ? Je les trouve peut être un peu jeune ces héros. Bref voilà pour mon ressenti. Mais le film est très plaisant à regarder grâce à la mise en scène hyper fluide et parfois virtuose de Spielberg, même si le rendu de cette univers me semble parfois un peu trop uniforme.
Après il y a toujours un truc qui gêne, la possibilité de voler dans cet univers alors que l’équipement VR avec sa combi ne le permet pas. Le héros obtient un harnais de suspension seulement vers la fin. Un détail mais quand même c’est pas comme si le cortex était branché directement dans la matrice.

Chris11
01/06/2021 à 20:56

Un film plutôt sympa mais avec les défauts rédhibitoires des Spielberg habituels, notamment sur les personnages hyper caricaturaux et archétypés : le héros sans peur et futé, la copine qui se cache mais qui comme par hasard est hyper mignonne, la side kick black qui se la joue molosse (parce que bon, tu vas pas être ladite copine, faut pas déconner non plus), le 4e larron asiat pour compléter tous les quotas, le méchant très très méchant, et la morale niaiseuse réac habituelle.
Un jour peut-être, Cameron et Spielberg se diront que développer des personnages intéressants plutôt que les écrire sur un coin de table au flunch, ça peut valoir le coup dans un film.

alulu
01/06/2021 à 20:48

Un Spielberg mineur, un de plus.

Garamante
01/06/2021 à 18:39

Moi je n'ai pas du tout aimé: le livre est 100x mieux. Non pas parce que c'est un monument littéraire: il ne l'est pas (en fait Ernest Kline est même plutôt un mauvais écrivain, je trouve voir son autre ouvrage: Armada) le style est assez quelconque. L'auteur à juste trouvé son moment de grâce avec ce livre et ce sera sans doute le dernier.
Non, ce que le livre parvient à décrire et que le film loupe complètement: c'est l'immersion dans un univers virtuel global de jeu. Le livre fourmille d'idées géniales et de concepts super novateurs (le créateur d'Occulus en avait fait son livre de chevet; le jeu Dual Universe s'en inspire ouvertement). Alors non, ce n'est pas de la littérature c'est la description d'un univers de jeu virtuel avec les mécanismes à la base de son fonctionnement. Certes c'est bourré de références et pour peu que ce ne soit pas votre époque (et que vous ne soyez pas geek) ça risque de vous passer au-dessus de la tête.

Le film lui, est un film d'animation pur et simple et très classique.
Le challenge était de retranscrire l'immersion dans un jeu vidéo.

Le film se concentre bien plus sur une intrigue plus classique et ne cherche nullement à explorer ce qui a excité l'imaginaire des lecteurs (bien plus que les références): le concept d'un univers virtuel global (l'équivalent d'un internet) autour duquel toute la société, l'économie, la culture, l'éducation etc. vient se fondre.

Daddy Rich
01/06/2021 à 18:28

Je ne sais pas si je suis le seul (visiblement non...) mais ce film ne m'a pas mais pas du tout embarqué lors de sa projo en salle!
Revu en vidéo, et je le trouve encore plus nul qu'au cinéma!
On cherche à astiquer l'âme des 80's en claquant des références toutes les 2 secondes dans l'image!
On retrouve une "patte".... Mais ça ne fait pas un film!
Spielberg n'a plus rien à raconter et surtout à innover avec ce genre de produit!

greg67
01/06/2021 à 16:23

J'ai vraiment apprécié ce film. On passe un bon moment avec des clins d'oeils bien placés à la culture populaire des années 80-2000.
Je ne comprend pas comment on peut le détester, je n'ai rien trouvé à redire même s'il n'est pas conçu pour marquer toute une génération. Mais ces films là sont rares...

Boddicker
01/06/2021 à 13:35

Perso j'ai trouvé ça très très mauvais, et je suis un gamer de 50 ans...
Je ne comprend pas les bonnes critiques.

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