Vers la lumière : Critique à la merveille

Créé : 10 janvier 2018 - Chris Huby

La réalisatrice japonaise filme la rencontre d'une audio-descriptrice avec un photographe qui perd la vue. Pourtant habituée du festival de Cannes, et ayant remporté déjà pas mal de prix, Naomi Kawase commence à se faire connaître par le grand public suite au succès des Délices de Tokyo. 

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UNE RENCONTRE

Vers la lumière suit la logique entamée depuis longtemps par la metteur scène : il s'agît ici encore d'une rencontre entre deux êtres marginalisés. La jeune femme termine un travail d'audio-description pour malvoyants. Sa vie se nourrit au quotidien d'un imaginaire riche et d'un immense sens de la curiosité sur les petites choses et détails. Sa mère vieillissante vit dans une montagne loin des tumultes de la ville, tandis que son père a depuis longtemps disparu. De ce dernier, il ne lui reste que les souvenirs d'une belle enfance ensoleillée, juchée sur le sommet de collines rassurantes.
 
Le héros masculin quant à lui est défini par une amblyopie, une maladie rare atteignant la vue, qui a fini par l'handicaper définitivement non seulement dans son activité mais aussi dans son intimité. Maudit par cette infirmité, il se retrouve seul. Rempli de regrets quant aux personnes et objets qu'il ne verra bientôt plus, il est presque au bout du rouleau. Son ex-femme s'est par ailleurs déjà remariée, le laissant seul dans son problème.

 

Photo Vers la lumière

Ayame Misaki et Masatoshi Nagase

 

TÉNÈBRES LUMINEUSES 

Le symbolisme de Naomi Kawase relativement présent dans son cinéma éclate ici au grand jour. Ce qui relie les deux personnages est donc cette lumière omniprésente que le soleil projette au travers de leurs souvenirs. La petite fille admirait les couchers de soleil avec son père tandis que le photographe sublimait ses prises de vue en immortalisant certains paysages au crépuscule. La jeune femme finit par remarquer son travail en parcourant son livre de photos. Leur rencontre se fait autour d'un film qui est en pleine production et dont le héros martèle que tout finit par s'échapper et que l'on a du mal à s'en remettre. 

 

Photo Vers la lumière

 
Le noir définitif que le photographe va finir par vivre se représente comme un tout englobant, la fin des instants de vie, y compris des souvenirs. Il en a peur. Plus le métrage avance, plus il perd la vue. Ce passage inéluctable s'oppose à l'envie des deux héros de retrouver le soleil du bonheur, celui qui a fourni une part nourricière de leur existence.
 
Le shéma du héros se veut dès lors fortement mélancolique et dessine une sombre amertume apparue à la suite de sa séparation. Quelque chose s'est brisé en lui et il ne voit plus rien comme avant. N'arrivant pas à se remettre, le monde tel qu'il l'aimait finit logiquement par disparaître. Il lui faudra l'attention de la jeune femme pour commencer à ressentir à nouveau une présence ensoleillée et une solution. 

 

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LE SOLEIL DE MA VIE 

Le film est d'une grande sensibilité et d'une belle facture formelle. Kawase continue à oeuvrer dans un sens poétique, c'est une réalisatrice proche de la nature et qui s'obstine à y méler ses personnages qui ne s'en sont jamais vraiment détachés. La tradition japonaise naturaliste que Kawase reprend à son compte dans ses films est tout autant une philosophie qui s'installe durablement dans son oeuvre.
 
De fait, quels que soient les drames qui se jouent sur cette Terre, nous revenons toujours à la nature primitive, aussi mystérieuse soit-elle, puisqu'elle continue de nous parler au travers de notre expérience et de nous nourrir. Ayame Misaki et Masatoshi Nagase soutiennent cette idée de fond de manière irréprochable, le ton est juste et ils sont parfaitement aidés par des choix de cadre intelligents qui mettent les traits de caractères en avant. Au-delà d'un film, il s'agît d'une vraie peinture, fabriquée toute en douceur.

 

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Résumé

Un film d'une grande beauté et qu'il ne faut pas manquer. La réalisatrice japonaise livre ici l'un de ses meilleurs longs métrages, alliant à la fois simplicité et grande poésie.   

commentaires

Ses 10/01/2018 à 23:53

J'adore cette réalisatrice mais désolé gros ratage gênant...

Ded 10/01/2018 à 17:17

Merci de nous avoir livré ce papier inspiré. Le cinéma de NK, touchant de grâce et pétrit d'humanité, me fascine et m’émerveille depuis que j'ai découvert le bouleversant "La forêt de Mogari". Je n'en rate aucun de cette artiste sensible et délicate que "L'art et essai", dont je hante les salles, programme. Je souhaite vivement que beaucoup d'autres suivent votre sage conseil avisé...

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